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Full text of "Gazette du bon ton : arts, modes & frivolités"

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DU 



Bon Ton 



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Bon Ton 

ARTS, MODES 
FRIVOLITÉS 

LUCIEN VOGEL, Directeur. 
I92O 

1 orne II 









Jr ans 

^^7X ÉDITIONS LUCIEN VOGEL 

2,4, Rue du Mont-Thabor, 24 



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TABLE DES MATIERES 

DEUXIÈME SEMESTRE 
( Juillet à Décembre 1920 ) 



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TABLE DES ARTICLES 



AGE DU LAQUE (L') Henri DUVERNOIS. i65 

Dessins de CL. MARTIN. 

AH! MON BEAU CHATEAU . . . ' Emile HENRIOT. 169 

Dessins de Pierre BRISSAUD. 
AMUSEMENTS DE LA VIE PRIVÉE (Les) . . . Robert BURNAND . 290 

Dessins d'André MARTY. 

A PROPOS DE BOTTES. . ET DE GANTS. . . LOUIS-LÉON MARTIN. 2 8 9 

Dessins de SIMÉON. 

ARRIÈRE-SAISON Roger ALLARD. i 97 

Dessins de LABOUREUR. 

AVÈNEMENT DES AMAZONES MAYOTTE. 192 

Dessins de BENITO. 

BELLE CANNE (La) Eugène MARSAN. 3i 7 

Dessins de Bernard BOUTET DE MONVEL. 

BIARRITZ KÉAN. 22 , 

Dessins de Gustave BUCHET. 



CES CHÈRES VIEILLES CHOSES Denise VAN MOPPÈS. 2 o 9 

Dessins de Maurice VAN MOPPÈS. 

CHASSE AU RENARD (La) Roger BOUTET DE MONVEL. 3o 9 

Dessins de Jacques BRISSAUD. 

CHEZ LES MAITRES DE LA COUTURE 22 8 

Dessins d'André FOY. 

COMMENTAIRE POUR DES MODES VILLAGEOISES D'ITALIE 

trouvé dans JACQUES CASANOVA, CHEVALIER DE SEINGALT. 2i 7 
Dessins de Zoë BORELLI-ALACÉVICH. 

DE QUELQUES ATTRIBUTS MASCULINS. R. BOUTET DE MONVEL. 2 85 

Dessins de Bernard BOUTET DE MONVEL. 

DEUIL Roger BOUTET DE MONVEL. 2 /fi 

Dessins de Bernard BOUTET DE MONVEL. 

DIVAN DE VÉRONIQUE (Le) LOUIS -LÉON MARTIN. 189 

Dessins de Rotert POLACK. 

DJERSADOR D'ISP AH AL CÉLIO. i85 

Dessins de SIMÉON. 

EN PARTIE DOUBLE Hervé LAUWICK. 277 

Dessins de ZYG-BRUNNER. 

FOURRURE DÉGUISÉE (La) Marcel ASTRUC 2 33 

Dessins de Ch. MARTIN. 

FOURRURES. Emile HENRIOT. 201 

Dessins de SIMEON. 

GÉOGRAPHIE VESTIMENTAIRE Georges-Armand MASSON. 2 5 9 

Dessins de L'HOM. 

HÉRALDIQUE D'ANGLETERRE Jean de BONNEFON . 181 

Dessins de LORIOUX et CATTI. 

HISTOIRE DES FAVORIS (L') Capitaine Georges CECIL. 2 53 

Dessins de Ch. MARTIN. 

ILE TORQUATE (L') — DE LA COIFFURE DES TORQUATIENNES 

Dessins de Ch. MARTIN. PIERRE MAC-ORLAN. 2 o5 

ILE TORQUATE (L') — SPORTS PIERRE MAC-ORLAN. 2 97 

Dessins de Ch. MARTIN. 

IMPOSSIBLE HALLALI (L') P. L. i 77 

Dessins de EYRE DE LANUX. 

INSPIRATIONS ET REFLETS Marcel ASTRUC. =46 

Dessins de MARIO SIMON. 



OSt 



Pages 

LETTRES DE DEUX AMANTS, HABITANS UN VILLAGE AU PIED 
DES ALPES (A L'OCCASION DES SPORTS D'HIVER). 

Dessins de Marcelle PICHON. Gérard BAUËR . 281 

MARCHANDES D'ESPOIR (Les) SYLVIAC i 7 3 

Dessins de Ch. MARTIN. 

MÉTAMORPHOSES Marcel ASTRUC Si 3 

Dessins de BENITO. 

NÉO-HELLÉNISME Robert BURNAND i3 7 

Dessins de Pierre BRISSAUD. 

PETITS PORTS DE LA MÉDITERRANÉE Roger ALLARD. 3a i 

Dessins de SIMEON. 

PLUMAGES Nicolas BONNECHOSE. 2 65 

Dessins de BENITO. 

POUR BERCER VOTRE AMIE AYANT LE CŒUR EN PEINE. 

Dessins de Zoë BORELLI-ALACÉVICH. Eugène MARS AN . 249 

POUR CELLES QUI REGRETTENT . . . . Georges-Armand MASSON. 226 
Dessins de MAGGIE SALZEDO. 

PRONOSTICS Jean-Louis VAUDOYER. 261 

Dessins de MARIO SIMON. 

REGRETS SUPERFLUS (Les) ....... Georges-Armand MASSON . 3o5 

ROBE ÉGRATIGNÉE (La) Marcel DUMINY. 2x3 

Dessins de BENITO. 

VENTRES DORÉS (Les) Hervé LAUWICK. 3oi 

Dessins de Marcelle PICHON. 

VERSAILLES QUI DORT Marcel DUMINY. 2 7 3 

Dessins de LABOUREUR. 

VITE! UNEÉCHARPE.. Nicolas BONNECHOSE. a5 7 

Dessins de ZINOVIEW. 

VOYAGE AUTOUR DE MON ASSIETTE . Georges-Armand MASSON. 229 
Dessins de Jeanne DUBOUCHET. 



^©^ 



TABLE DES PLANCHES HORS-TEXTE 



N" Planches 

A L'OPÉRA — Pierre Brlôéaud ■ 10 77 

APPELEZ URBAIN DE L'AVENUE DU BOIS — Pierre Brlôéaud. 6 47 

BOURRASQUE — Slméon 7 4§ 

BROUILLARD — Pierre Brléàaud 7 53 

CHAPEAU EN PORCELAINE (Le) — Ch. Martin 7 49 

CIRCÉ — Bénllo 10 74 

COIFFURE ESPAGNOLE (La) — Drlan 8 62 

DERNIER CARROSSE (Le) — Bernard Boulet de Monvel 8 5 7 

DERNIÈRE LETTRE PERSANE (La) — Bénllo ,0 7 5 

DEUX SŒURS (Les) — Mario Simon 7 B4 

EFFET DE GLACE — Iacodef . . . . 10 78 

ENFIN ! QU'AVEZ-VOUS CHÈRE AMIE ?'.'.'. ou LES NERFS. 8 60 

Pierre Brlâéaud. 

EMBARRAS DE PARIS (Les) — André Marly 9 69 

FEMME A L'ÉVENTAIL (La) — Brian 9 67 

GROS TEMPS — Zinoview 6 42 

HÉSITATION — Ch. Martin . 10 7 5 

HEURE DU RENDEZ-VOUS (L) — Iacovlef 9 71 

HEURE DU THÉ (L') — Bénllo 7 5i 

HINDOUSTHAN — Ch. Martin 8 5 9 

' ' IL N'A PAS PLEURÉ " ou NOTRE DÉFENSEUR DE DEMAIN . 8 63 

Pierre Brléàaud. 

"JAMAIS PRÊTES" ou LE PREMIER ACTE SACRIFIÉ. ... 8 58 

Ch. Martin. 

JARDIN DE L'INFANTE (Le) — Ch. Martin 7 5 2 



N" Planches 

"MAITRE... EL RELICARIO ! " — Slméon 9 66 

MIROIR OVALE (Le) — Domerguc 8 61 

...MON ENFANT, MA SŒUR... — Marcelle Picbon. ..... 9 64 

MONSIEUR EST-IL RENTRÉ ? — Bénito 8 56 

MORTE D'AMOUR (La) - Ch. Martin 10 72 

NEIGES (Les) — Maurice Leroy o 55 

ON T'ATTEND! — Pierre Briééaud 6 44 

PARFUM DE LA ROSE (Le) — André Afarty 1G 7 6 

PAS DE SCOTTISH ESPAGNOLE (Le) — Drian 1G 79 

PROLOGUE OU LA COMÉDIE AU CHATEAU (Le) 6 40 

Pierre Br'uéaud. 

PROMENADE A MONTMARTRE (La) - Ch. Martin 9 68 

QUATRE BOUQUETS (Les) — Bénito 7 5o 

QUE VAS-TU FAIRE! — Drian 6 46 

REMORDS — Maurice Leroy 6 41 

RETOUR DES AUTANS (Le) — Slméon 7 55 

"SI ON RENTRAIT GOUTER! . ." — Pierre Bri^aud 9 7 o 

SOUBRETTE ANNAMITE (La) — André Marty 6 4Z 

VOICI L'ORAGE ! — George, Lepape 6 45 



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TABLE DES CROQUIS HORS -TEXTE 



N" Croquis 

MODE POUR L'AUTOMNE (La) — Simêon 7 xxxm à xxxvi 

TOILES DE TOURNON, LAMPAS, BROCARTS ET 

BROCATELLES — Raoul Du/y 8 xxxvn à xl 

UN BOUDOIR ET QUELQUES MEUBLES 10 xlv à xlvhi 

Bagge et Huguet. 
UNE SALLE DE BAINS ET DEUX PAGES DE CROQUIS . 9 xli à xliv 

Ruhtmann ■ 
UN STUDIO, UN COIN DE FEU, UNE CHAMBRE A 

COUCHER ET UNE CHAMBRE D'ENFANT. . . 6 xxix à xxxh 

FrancU Jourdain. 



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DEFENSE DE LA MODE 

(Conférence prononcée par M. Paul Poiret au Salon d'Automne) 



7 



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SOMMAIRE DU NUMERO 6 



Juillet 1930 3 e A» 



L'AGE DU LAQUE Henri DUVERNOIS. 

Dessins de Ch. MARTIN. 

LE PROLOGUE OU LA COMÉDIE AU CHATEAU (Horé-texte) 

par Pierre BRISSAUD. 
AH! MON BEAU CHATEAU Emile HENRIOT. 

Dessins de Pierre BRISSAUD. 

LES MARCHANDES D'ESPOIR SYLVIAC. 

Dessins de Ch. MARTIN. 
REMORDS (Horé-texte) par Maurice LEROY. 

L'IMPOSSIBLE HALLALI P. L. 

Dessins de EYRE DE LANUX. 

HÉRALDIQUE D'ANGLETERRE Jean de BONNEFON. 

Dessins de LORIOUX et CATTI. 

DJERSADOR DTSPAHAL CELIO. 

Dessins de SIMEON. 

GROS TEMPS (Horé-texte). par ZINOVIEW. 

LE DIVAN DE VÉRONIQUE LOUIS-LÉON MARTIN. 

Dessins de Robert POLACK. 

AVÈNEMENT DES AMAZONES MAYOTTE. 

Dessins de BENITO. 



PLANCHES HORS-TEXTE 

LA SOUBRETTE ANNAMITE. — Robe du soir, de DœuiUet. par André MARTY. 
ON T'ATTEND ! — Robe d'organdi et manteau d'enfant, de Jeanne Lanvin 

par Pierre BRISSAUD. 
VOICI L'ORAGE! — Robe d'après midi, de Faut Poiret . par Georges LEPAPE. 

QUE VAS-TU FAIRE! — Robe du éoir, de Worth par DRIAN. 

APPELEZ URBAIN DE L'AVENUE DU BOIS. — Manteau du éoir, de Béer 

par Pierre BRISSAUD. 
UN STUDIO, UN COIN DE FEU, UNE CHAMBRE A COUCHER ET 
UNE CHAMBRE D'ENFANT. — (Quatre planche* bore- texte) 

par Francis JOURDAIN. 




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Gazette du Bon Ton 

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JL r a@e oTûT liaoïmo 



A VEZ-VOUS des laques de Coromandel ? demandait un ama- 
-±\. teur à une charmante ingénue. 

— Je vous crois! répondit l'ingénue. Elles sont même 
signées de lui ! 

Il est de toute évidence que si l'on peut appeler l'époque 
i885, avec son style "atelier" aux pianos juponnés et aux 
chevalets drapés, l'âge de la Peluche et 1913, l'âge du Lamé 
or, nous vivons aujourd'hui l'âge du Laque. L'art chinois 
se porte énormément cette année. Des dames inofïensives 
jusqu'alors sont devenues collectionneuses. Elles ne craignent 
ni l'Hôtel des Ventes où règne cependant une douce odeur 
d'étable mal tenue, ni les boutiques suffocantes des pires 
brocanteurs, ni la Foire aux puces qui a l'avantage de se tenir 
en plein air et où l'on voit des gens très bien déguster des 
moules à la marinière et des pommes de terre frites arrosées 
du petit reginglard dit du « ravitaillement » . O Chine ! que ne 
commet-on pas en ton nom ! La porcelaine étant bien fragile 

i65 
Copyright Juillet 1920 by Lucien Vogel. Parié 




— ces domestiques ne res- 
pectent rien ! — le bronze 
étant bien chanceux, les laques 
font fureur. On se dispute des 
morceaux de bois sur lesquels les marchands affirment, la 
main sur le cœur, qu'il y a eu quelque chose, il y a trois cents 
ans. Des personnes qui n'ont rien à cacher, je vous le jure, 
cherchent avec frénésie des paravents du modèle le plus 
majestueux : douze feuilles et chaque feuille a trois mètres 
cinquante de hauteur. On en trouve de très gentils pour 
quatre cent soixante-quinze mille francs. C'est un chiffre 
admis, comme quatre francs quatre-vingt-quinze dans les 
magasins de nouveautés. Les modestes se contentent d' œuvres 
plus répandues et qu'il est loisible de se procurer contre une 
somme qui varie entre soixante et quatre- vingt mille francs. 
C'est, en général, la Réception au Palais reproduite par des 
générations d'artistes exquis et respectueux qui, se sentant 
incapables de créer un nouveau chef-d'œuvre, se contentèrent 
de copier celui-là. Vous le connaissez : des mandarins au 
sourire indulgent s'évertuent à un jeu qui rappelle le jeu 
de dames, tandis que leurs frêles épouses se promènent en 
devisant au bord d'un lac artificiel. Devant le palais 



166 





stationnent d 
et des chevaux 
danseuses. D 
en fleurs qui 



'qu 
:eux-ci £e hasardaient "à-^egarder 

mt transcrits sur les, petits panneau: 
dès bêtes apocalyptiques, d'un blanc 
sombre. Ce tigre, qui est peut-être un 



forr 






\e serpents. Le dè^s de ce dra 
aigUe.\Quel génie malfaisant a tour 
chien fabuleux? Ce porc-épic\puvre 
Les pinces de cet\énorme 
d'oiseaux dèxproie qù^ s'aflrontént 

Commen^'amour ^des laques," , 
peints mais en<We\de la nîatière elle-*™ 
ce goût qui porte^es^Chinois^à estimer 
nue, mais impeccable^ ëtxun panneau su| 
jeté ses plus divinesX^ 
inspirations, comment 
cette passion si rare, 
si noble, si poétique, 
si artiste ont-ils pu se 
répandre à ce point? 
Mystère... La plupart 
des gens qui mènent 
l'existence d'un Parisien 



basses 

jambes de 

arbres 

gère. C'est 

vivre dans 

u'une idée 

Le élégance 

gliiement aux\ clients si 

objets qu'il s\ achètent, 

du bas. Là se tordent 

ivoire ou d'un rouge 

at, a des sourcils en 

armé d'une\ scie 

la tête de. ce 

hippopotam 

de deux bec 



ulement des laques 
, soyeuse et glacée, 
îut autant une table 
el un artiste a 

















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ou d'une Parisienne de nos jours ne devraient-ils pas être 
épouvantés, quand ils rentrent chez eux, par l'ironie implacable 
de ce dieu de la Fécondité, par la grâce chaste de cette jeune 
prêtresse, par l'effroyable patience de ce dieu de la Mort? Vous 
voyez une grosse dame couverte de perles et qui vient de 
danser le fox-trot, coiffant un Bouddah de son horrible cha- 
peau, jetant ses bagues dans une coupe d'un bleu plus profond 
et plus rare que le saphir et se déshabillant, à la fin, devant 
les sages vieillards et les sublimes princesses du paravent ! 

JMais, comme dit Courteline, ça vaut mieux que d'aller 
au café. Ne croyez pas que cette rage ne fasse 
pas vivre quelques modernes. H y a des accomo- 
dements avec l'art des fils du Ciel ; des répara- 
teurs f ont jaillir des planches à peu près nues qu'on 
leur apporte les plus délicieuses imaginations de 
la Chine ancienne. Et les temps vont venir où l'on 
admettra des laques français, représentant nos 

femmes, nos maisons et 
nos jardins, notre prin- 
temps et nos idylles. 
Henri Duvernois. 





168 











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Akl Mon Beau Ck 



ateau. 




DIEU, Céline... Il faut vous dire adieu, pour trois 
longs mois. Car tel est l'usage ridicule : venu 
l'été, voilà nos belles amies qui vont aux champs. 
— Moi aussi, d'ailleurs : mais hélas ! ce ne sont 
pas les mêmes... Et tandis que vous courez les 
eaux et les châteaux, il ne nous reste qu'une ressource, 
qui est de vous imaginer. Ma foi, Céline, c'est toujours 
penser à vous. 

Vous avez une bonne grand'mère, dans quelque 
province lointaine. Elle habite un petit château que je 
vois d'ici : posé au bord d'une pelouse, entre deux tours 
à poivrière, sous de beaux arbres bien portants. Dans 
votre chambre il y a de fines boiseries, une cheminée à 
rocailles, de rustiques carreaux un peu disjoints, et de 



169 



vieux miroirs embués auxquels d'innombrables dames, vos 
aïeules, ont souri comme vous, dans des temps très 
anciens. — H y a aussi, dans votre château, — du moins 
;e me plais à le supposer — d'immenses greniers tout 
remplis de meubles désuets, où vous allez faire mille 
découvertes d'antiquailles, et des malles bourrées de robes 
d'autrefois, qui vous seront d'un fameux secours, lorsque 
vous donnerez la comédie, un soir, sur le petit théâtre. (Car il 
y a naturellement un petit théâtre dans votre château, fait 
tout exprès pour y jouer Musset ou Marivaux — Comme 
vous d'ailleurs : n'avez-vous pas commencé, avec votre joli 
cousin, sous les grands marronniers ? ) — Enfin, au-dessus 
des douves verdies, où, le soir, chantent les rainettes, il y 





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170 



a une balustrade. Vous vous y accoudez parfois, après le 
crépuscule : et là vous rêvez... A qui? De quoi? 
Peut-être à mol... peut-être a rien ? 

En tout cas, vous rêvez longtemps, le regard perdu 
dans la nuit immense, et devant toutes ces étoiles, vous 
nommez Aldébaran et Bételgeuse, et aussi Vénus, mais non 
pas sans trouble. Et tandis que l'heure s'écoule, que la 
hulotte pousse son gentil cri plaintif à travers les branches, 
que votre sœur au piano confie ses secrets à Chopin — vous 
savourez pour la première fois, en vous taisant, dans les dan- 
gers de la solitude, les délicieux enivrements de la mélancolie. 

— Céline, il faut rentrer. Tu vas prendre froid... 

C'est votre mère, du salon, qui vous appelle. Descente 








brusque à la réalité. Justement le vieux 
baron des Epinettes, votre voisin, est 
venu passer, suivant sa coutume, la 
soirée au château. C'est le flirt de votre 
mère-grand, Céline. Il lui faut offrir 
des liqueurs, mademoiselle : tel est votre 
emploi. Puis poliment écouter les histo- 
riettes de ce bon monsieur qui vous 
tapotera la joue, avec un compliment 
d'un autre âge. Vous lui ferez la révé- 
rence, pour le remercier. 

Demain... Au fait ! De quoi demain 
sera-t-il fait ? — Demain, promenade à 
cheval, dès le frais matin. Messe 
à onze heures, au bourg voisin. 
Le tantôt, des jeunes personnes 
des environs viendront vous 
voir, à l'heure du thé, 
sous le catalpa. Croquet, 
ensuite. Puis la nuit tombera douce- 
ment; les brumes qui la précèdent et 
l'accompagnent s'élèveront sur la prai- 
rie; les rainettes se mettront à chanter 
dans les roseaux des douves, la hulotte 
à se plaindre. De nouveau vous cher- 
cherez Vénus dans le vaste ciel, accoudée 
à la balustrade. . . Et ainsi de suite. 

Il se peut, ma chère Céline, qu'à 
l'automne vous nous annonciez vos fian- 
çailles. On ne peut pas toujours rêver. 

Emile Henriot. 



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LES MARCHANDES D'ESPOIR 




LLES pullulent en ce moment, car, ainsi que chacun le sait, les 
époques troublées sont particulièrement favorables à leur 
commerce. Or, nous vivons à une époque troublée. Beaucoup 
de gens n'ont pas l'air de s'en douter, parce qu'ils constatent 
qu'on s'amuse avec frénésie, mais ces observateurs superficiels 
ne se rendent pas compte que les fêtards sont généralement des tourmentés, 
et que, s'ils s'agitent, c'est surtout pour oublier leurs ennuis. En plus 
de ces brillants ennuyés il y a, pour le moment, les ennuyés moroses, les 
ennuyés furieux, les ennuyés préoccupés, bref les neuf dixièmes de l'huma- 
nité qui succomberaient sous le poids de leurs ennuis respectifs, s'ils 
n'avaient pour les secourir la merveilleuse et divine Espérance. 

Vieille et solide comme le monde, elle ne le quittera qu'à son dernier 
jour, heureusement pour nous. Elle se manifeste de mille façons, mais 
quand elle veut nous parler, elle emprunte la voix des devineresses qui 
nous font riches et heureux des choses futures, et nous vendent à bon 
prix le bienheureux mensonge qui nous aide à traverser les mauvais jours. 
Celui qui achète ces merveilleuses prophéties n'est pas toujours un fervent 
croyant ; souvent il se dit qu'elles ne seront peut-être pas exactes, mais il 
réfléchit qu'après tout elles pourraient l'être, et son optimisme ainsi renforcé 
aide à édifier son bonheur. Ne peins pas le diable sur le mur, car alors il 
viendra, dit un proverbe allemand. Peins la félicité sur ton cœur et dans 
ton esprit, elle finira par s'y installer, pourrait dire un proverbe de chez 
nous, où le bon docteur Pangloss est né. 

Hommes et femmes ont donc parfaitement raison, actuellement, d'aller 



x 7 3 




acheter du courage avec de l'illusion chez les p3^tho- 
nisses. Pourtant si les femmes avouent ces visites, 
les hommes se défendent de les faire, n'empêche 
que, bien avant la guerre, je savais un homme du 
monde que la nécessité avait forcé de devenir 
antiquaire, qui n'effectuait pas un gros achat sans 
consulter sa chiromancienne ordinaire, et un bour- 
sier qui, tous les jours avant de se rendre à son 
bureau, allait prendre l'avis de sa voyante. Vous 
me direz que ces précautions mystiques ne prou- 
vaient pas en faveur de leurs capacités et vous ne 
serez donc pas étonnés quand je vous dirai que ces 
deux personnages ont très mal fini. Néanmoins ils 
ont fait école, et, présentement, où le hasard et 
l'audace ont mis dans les affaires plus d'hommes 
que la science et le travail, la clientèle masculine de 
ces cabinets mystérieux ne fait qu'augmenter. Ce 
n'est certainement pas la galanterie qui l'y mène, 
car, à part quelques rares exceptions, la prophé- 
tesse garde le physique et l'antre de tradition. Si 
elle varie ses façons de faire, son aspect sordide ou 
repoussant reste bien celui de son aïeule la sor- 
cière. Elle habite dans un quartier misérable une 
maison galeuse, et si son mobilier est rarement 
propre, il est toujours affreux, mais cela n'est pas 
pour rebuter la clientèle, bien au contraire. De 
temps à autre, une de ces mystérieuses créatures 
devient à la mode, son étroite salle d'attente est 
encombrée de femmes appartenant à tous les mondes, 
au petit surtout, les clientes s'entassent devant 
sa porte qui refuse de s'ouvrir à cette affluence. 
Mais cette vogue ne dure jamais longtemps et pour 
cause. 

La majorité de ces prophétesses lit l'avenir 
dans des cartes crasseuses, et une 
minorité de cette majorité se sert de 
tarots plus crasseux encore dont l'as- 
pect vénérable et les signes cabalis- 
tiques frappent la cliente et 



17 -4 






permettent de hausser les prix. Quelques-unes 
vaticinent en examinant les mains qui, elles et les 
bagues dont elles sont ornées, révèlent si facilement 
celles à qui elles appartiennent. D'autres se servent 
du marc de café dont les groupements capricieux 
dans l'assiette blanche préoccupent vivement la 
cliente, ces petits amas de poussière brune ne repré- 
sentant pour elle rien que d'informe. La devineresse 
y voit, au contraire, des spectacles grandioses : 
bateaux voguant sur les mers démontées, forêts 
courbées par la tempête, cathédrales, palais, dont 
on ne soupçonnerait pas la présence dans ces 
minuscules espaces. Pas plus d'ailleurs que dans le 
petit carafon, où un blanc d'oeuf, en diluant ses filets, 
nous montre des voyages mouvementés : trains 
luttant de vitesse avec des autos, avions emportant 
l'être aimé. A première et même à seconde vue, on 
n'y voit rien de tout cela, mais la force de per- 
suasion de la prophétesse est si grande, qu'on finit 
par apercevoir nettement ces engins avec tous leurs 
détails. Cette personne, souvent acariâtre, tou- 
jours prévoyante, ne consent à lire vos destinées 
dans le blanc du bel œuf que vous lui apportez, 
qu'après en avoir mis soigneusement de côté le jaune, 
qui servira au déjeûner de sa progéniture. 

La femme aux épingles est plus aimable, quoi- 
qu'elle vous annonce invariablement les querelles 
affreuses que vous aurez avec votre amoureux, elle 
atténue ces catastrophes en les faisant suivre de 
raccommodements délicieux et rémunérateurs, mais 
sa science se borne à prévoir des conflits amoureux 
car sa clientèle est exclusivement féminine, les 
hommes ne prenant pas au sérieux les accessoires 
dont elle se sert. Ils réservent leur confiance pour 
la classique cartomancienne ou la somnambule qui, 
d'un air égaré, supplie qu'on L'aide, quand ses phrases 
hachées ne sont pas accueillies avec enthousiasme. 
Une autre, qui a disparu, lisait le caractère des gens 
auxquels vous vous intéressiez, non pas dans leur 



176 



écriture ainsi que cela se pratique journel- 
lement, mais dans le linge qu'ils avaient 
porté. On pouvait voir sonnant à sa 
porte, de jolies personnes, dont le manchon 
ou le réticule laissaient échapper une jambe 
de caleçon ou un pan de chemise. Une voyante 
qui a connu la célébrité parce qu'elle a, paraît-il, 
annoncé à une jolie actrice sa fin dramatique au cours 
d'une croisière, lit l'avenir dans une bougie. On le ht 
dans ce qu'on peut, et la cire qui dégoutte d'une bougie est 
une sorte de livre moins répugnant et pas plus ridicule après 
tout que les entrailles des victimes sacrées des autels de jadis. 

Le malheur c'est que l'un et l'autre ne sont que de bien 
pauvres romans -feuilletons. C'est en voulant en donner la preuve que deux 
amies de ma connaissance faillirent se brouiller. L'une était crédule, l'autre 
sceptique et voulait persuader la première. Elle l'emmena donc chez une 
prophétesse célèbre, demanda à cette voyante son avis sur une affairé qui 
n'existait pas, la laissa se tromper grossièrement, et, quand la porte se 
fût refermée sur cette 
tourna d'un air triom 




croyait désabusée. Elle 
visage affligé dont elle 
regard à la fois furieux 
Elle venait de sentir 
l'humanité a du mer 
absolu du bienfaisant 
prendre de même que 
ce n'est que pour aider 




séance grotesque, se 
phant vers celle qu'elle 
ne rencontra qu'un 
allait rire, quand un 
et désolé l'arrêta net. 
tout à coup l'amour que 
veilleux et son besoin 
mensonge, et com- 
si Dieu a créé le Mirage 
à traverser le Désert. 

SYLVIAC. 



, 7 6 




I M P S S I 



LE H 



L L 



Promenons-nous sous les grand* 

bois... — La chasse accourt; — elle 
est passée 

(La Tentative Amoureuse.) 

IA saison propose, et chacun l'interprète à sa guise. Pour 
-/ moi, qui n'ai point d'imagination, l'automne dans la 
forêt ne suggère que lui-même, ses habitants farouches, ses 
senteurs pluvieuses, et le chasseur que je deviens alors, avec 
ses vieux habits de velours à côtes et sa pipe familière. 

La chasse, méditation à travers champs, exercice patient 
des instincts retrouvés, robuste solitude... 

Or ce matin, tandis que j'emplissais des cartouches, mon 
fidèle Barnabe vint me trouver, l'air un peu scandalisé. 

— Y a du drôle de monde qu'est lâché à travers le bois 
des Goupils, déclara-t-il. 

— Quelle sorte de monde, Barnabe ? 

— D'aucune sorte. Comme qui dirait des masques. J'y 



177 




ons point regardé de près, rappor 
chez nous. Alors j'ai laissé courir 
s est répandu sous bois, sans m'ai 
avait une fille parmi eux. J'ons eni| 
ça vous amusait d'y aller voir. lW J 
peut le dire, accoutrés... 

— C'est bon, Barnabe. J'ail 

Et puis, naturellement, deux h»! 
un fusil au bras par contenance, \'i 
servais... J'observais des choses g 
d'appels et de cris drôles. Les éd 
c'étaient de jeunes chasseresses, bn 
enjambaient souches et ronces avJ 

La saison propose, et l'art dis 

On leur avait donné pour cai 
texte à leurs jeux, la poursuite d! 
fallu davantage pour déchaîner 
improvisations, que les divinités 
demeuraient, à coup sûr, éberluée 

Aline, la douce Aline, porte- 
des revers amarante, et un immep 
jambes enfermées dans de hautes 

Est-ce Gallienne la plus coq 
chausses en sa dignité — et auss 
séries, et leur col dentelé. 

Pour Luce, je sais qu'elle pri 
blanches, et les molletières de ci) 

Mais Clairette — je ne sau 

au ruisseau caillouteux, et je maudin 

est cachée au défaut de la berge 

Je laisse la troupe s'éloigner. 



A 



|le bois des Goupils, c'est pas de 
liez dit des écoliers en fête. Ça 
■en jacassant. Et pour moi... y 
ijui appelait " Aline I " Si des fois 
(pi sont accoutrés — oui, ça on 

Ihats à fouetter. 
I rôdant vers le bois des Goupils, 
lin d'aucun gibier déplume, j'ob- 
I- tandis que la forêt retentissait 
Ivait cru voir mon vieux garde, 
■ublées de vêtements mâles, et qui 
leur légère de faons adolescents. 

Ine, à ces enfants. Et pour pré- 
liprobables... 11 n'en avait point 
Lisie, et donner cours à telles 
[de la rivière et du bocage en 

nin vert à basques lourdes, avec 
îvé. Les mains aux poches, les 
e a l'air fragile et indomptable, 
ici qu'elle a rétabli le haut-de- 
et des belles amazones de tapis- 

ret, la redingote à minces raies 
des. 

ion costume, car elle se baigne 
qu'on appelle roseau. . . Clairette 
ne connais d'elle que son rire. 
îux d'entre elles, se tenant par 




M 






la taille, restent en arrière. Elles s'assoient sur l'herbe. 
Voici l'une qui s'explique avec soin, en fronçant le sourcil 
— et l'autre arrondit les lèvres pour mieux écouter. 

Elles sont si jolies, que je ne puis souhaiter le départ 
d'aucune d'elles, fût-ce pour demeurer seul avec l'autre. 

Il est question de quelque amoureux... 

— Tu connais son caractère, poursuit Aline. Si tu 
l'approches, il se tait brusquement. S'il te voit, il se cache. 

— Mais, dit Luce, comment faire alors ? 

— Va l'attaquer jusque chez lui. Là, tu t'y prendras 
doucement. Avec une longue paille flexible, tu le chatouil- 
leras jusqu'à ce qu'il sorte en colère. Tu boucheras alors le 
terrier avec une main et tu attraperas le grillon dans l'autre. 
Ne t'inquiète pas s'il gratte — mets-le sous ton chapeau, 
ainsi ai-je vu faire à papa. Une fois dans ton jardin, le 
grillon chantera pour toi. 

A ce moment, un gros oiseau fit : Coucou. 
Luce et Aline se regardèrent en riant, 
puis se levèrent, défripèrent 
leurs basques et rejoignirent 
la chasse. 

Maintenant je suis sûr 
qu'elles savaientmaprésence. 
La saison propose, mais 
les jeunes filles n'osent. 




M M ^ 





E soir-là il pleuvait sur les pelouses parfaitement vertes. Un 
brouillard, semblable à la fumée d'une cigarette blonde, mon- 
tait de la rivière jusqu'aux fenêtres du château. Les fleurs 
envoyaient des odeurs lourdes à nos grands fauteuils, des odeurs 
qui insistaient pour se mêler à celles des liqueurs fortes 
servies avec beaucoup de glace dans des verres fragiles et grands. La série 
23* des invités pour la saison avait pris congé après l'heure du thé. La 
série 24 e ne devait arriver qu'après une journée d'entr'acte et le duc N... 
m'avait gracieusement demandé de passer avec lui, dans la demeure silen- 
cieuse, cette soirée de repos. Je levai les yeux vers le portrait du VI e duc 
N... peint par Reynolds, du VI e duc si frêle, si beau, si las de ses 



181 




Nfc*NOSTffi 




vingt ans, qu'il semblait porter comme un travesti l'habit de 
velours bleu pâle aux boutons d'améthyste violents et le gilet 
de satin blanc brodé de bleu et de violet, l'un dans l'autre passés. 
Je dis à mon hôte : Ne pensez-vous pas que cette "soirée 
soit parfaitement convenable pour me donner des notions sur la 
pairie et l'héraldique ? 

— Oui, c'est convenable. Mais je vous demande la per- 
mission de faire éteindre les lumières, afin que ce portrait 
n'aperçoive ni mon sourire en parlant des sujets les plus dignes, 
ni votre ennui en écoutant. 

Un valet de pied, haut comme un mat, respectueux et 
insolent, parut en grande livrée d'été qui est de toile blanche, 
l'habit à la française orné de boutons d'argent sans armoiries, 
la culotte de satin blanc, les bas de soie blancs et les souliers 
vernis blancs à boucles d'argent. Quand il eût éteint le grand 
lustre de cristal et les lampes aux voilés variés, la pièce parut 
immense et profonde dans la lumière vivante du candélabre à 
six bougies de cire que je n'avais pas aperçu mais qui n'avait 
pas cessé d'être allumé sur la table du fond, où il éclairait les 
photographies de la famille proche. 

— La noblesse anglaise, je veux dire la pairie, est la 
dernière qui soit sérieuse en Europe, je veux dire qui ait des 
droits, des lois, des privilèges et qui soit enfermée dans des 
barrières, avec beaucoup de portes ouvertes pour l'entrée. 
Elle est dominée par le Roi, qui en est le gardien plus que le 
chef. Vous savez que Sa Majesté a daigné bouleverser sa 
propre maison à la suite d'une guerre que nous avons soutenue 
en 1914. Une décision royale de Juin 1917 a supprimé les noms, 
les titres et le sang allemands de sa famille. Les noms de Saxe- 
Cobourg et Gotha ont disparu et ont été remplacés le 16 Juillet 







par le nom" de Windsor. Tous les titres allemands ont été 
effacés, ce qui a rajeuni les vieillards et réjoui les jeunes hommes. 
S. M. a gardé les armes du Royaume qui sont : " écar- 
lelé en 1 et 4 de gueule*), a trois léopards d'or, l'un sur l'autre, armés 
latnpassés d'azur, qui est d'Angleterre ; en 2, d'or au lion de 
gueules enfermé dans un double trescbeur, fleurdelisé du même, qui 
est d'Ecosse ; en 3, d'azur à la harpe d'or, cordée d'argent, qui 
est d'Irlande". 

Nos anciens rois ont porté d'autres armes. C'est ainsi 
qu'Edouard III écartelait d'Angleterre et de France. Plusieurs 
de ses successeurs l'imitèrent et affirmèrent leurs prétentions 
sur le royaume dont Paris est la capitale. Ce souvenir n'est 
pas plus pénible pour vous que celui de Jeanne d'Arc pour 
nous. Cela est même bon à dire ; car cela prouve que les fleurs 
de lis sont le symbole de la France quel que soit son régime 
et non la propriété de la famille Bourbon. Edouard III n'aurait 
jamais pris "l'azur aux fleurs de Us d'or" si ces armes avaient 
appartenu à une famille. Ils les prit parce qu'elles étaient le 
bien de la France, qu'il cro3^ait avoir conquise. 

Mais laissons cela et passons à la pairie qui comprend 
les barons, vicomtes, comtes, marquis et ducs. 

Les barons par te mire forment le premier ordre de noblesse 
introduit après la conquête normande. Ces premiers barons 
tenaient leur dignité de la terre d'après le principe féodal. 
Moyennant certains services pour la guerre, ils étaient maîtres- 
souverains chez eux. Ils étaient de droit membres du Parlement. 
Mais les baronnies par tenure sont défuntes et remplacées parles 
baronnies de mandat. Ces baronnies sont des créations royales. La 
première remonte au règne d'Henri III. Le roi ne peut pas 
sortir une baronnie de la famille ; mais si le baron n'a que des 




héritières la baronnie reste suspendue jusqu'à ce que la volonté royale 
choisisse parmi les femmes. 

Le roi Richard II a inauguré la troisième forme de baronnie, la série 
des barons par lettres patentes, pour Jean Beauchamp. Depuis lors, le 
même système est adopté. 

Les barons ont un manteau de velours cramoisi bordé de fourrure, le 
capuchon doublé de même et bordé de deux rangées d'hermine coupées de 
queues noires. 

Les dames ont le même manteau, mais l'hermine a deux pouces de large 
sans mélange de noir et la traîne mesure trois pieds sur le sol. Cette lon- 
gueur de la traîne a une grande importance. Elle marque la différence entre 
les manteaux des pairesses selon le titre. 

Le second degré est celui de vicomte, qui est un titre depuis qu'Henri VI 
créa vicomte Jean, baron Beaumont. Cela se passait en 1440. Avant cette 
date le nom de vicomte appartenait au sheriff d'un comté. 

La dignité comtale est plus ancienne que la conquête normande. Elle 
représentait alors la possession d'un vrai royaume féodal. Cela est bien 
changé. Et certains comtes, créés par lettres patentes, portent le titre d'un 
modeste village. Ils sont si nombreux ! 

Les marquis avaient, chez nos ancêtres, le devoir de garder les marcher 
ou frontières du royaume. Henri VIII abolit leur autorité par une loi. 

Le premier marquisat anglais fut conféré par Richard II à Robert de 
Vére, marquis de Dublin. Sous Edouard VI ce titre devint à la mode et 
depuis lors il s'est multiplié. La Couronne traite un marquis de " très fidèle 
et très aimé cousin ", comme un duc. 

Ce dernier titre est au sommet de l'échelle. Edouard III fit le premier 
duc en la personne de son fils aîné, le prince Noir, qui devint duc de 
Cornwall, et plus tard prince de Walles. Le second titre ducal fut conféré 
en i35i à Henri Plantagenet, fils du comte de Derby, créé duc de Lancaster. 
Tout duc porte les titres de : "Son Excellence et sa Grâce". La traîne du 
manteau de la duchesse est de deux mètres sur le sol, ce qui est très long 
et remue beaucoup de poussière. 

Je pourrais maintenant vous parler des pairs ecclésiastiques, des pairs 

écossais, de la haute noblesse irlandaise. Il faudrait aborder le chapitre des 

préséances sur lequel mon vénéré père a réuni 7948 pièces et volumes. Mais 

les bougies vont s'éteindre et j'entends dans le lointain de la campagne la 

rupture sonore et discordante des cordes d'argent qui ornent la harpe d'or 

d'Irlande. Allons lire les journaux, ce qui est moderne, et dormir, ce qui est 

éternel. T , _ 

Jean de BONNEFON. 

184 



Diaz'dla 




djersador d JHLi^panal 

\JERSADOR d'Idpahal... où cela est-il, et d'abord 
est-ce un homme, est-ce un lieu, et peut-on lui 
envoyer le bonjour comme au Pirée? KcuhaveLla... 
qu'est-ce que c'est? DlazUla... l'aimez-vous ; où 
[le placez-vous; qu'en faites-vous? 
— La belle attrape, et comme si toute une chacune ne 
savait pas que votre premier est un jersey imprimé, et votre 
second et votre troisième des velours de laine ! — Les beaux 
noms de baptême, en vérité, pour des étoffes, et la riche veine 
pour les romanciers à la mode : « La marquise, nature 




i85 



Divin'déiS 
Asyrienne* 




essentiellement aristocratique et raffinée, 
ne se plaisait qu'au contact des djersadors 
les plus soyeux. Laissant errer voluptueuse- 
ment parmi les diazillas et les kashavellas 
les plus luxueux ses 
doigts chargés 
bagues... » 

Mais qu'est-ce 
ceci qui s'élève du 
désert comme une 
colonne de fu- 
mée (Sa- 
lomon, 
Cantique 

ded Cantique*!, III, vers. 6) : 

Burnoujjad de Djeb'det, idem 

du Gbéllz, Lej Cafetatu de 

Koutoubia... Ah ça! est-ce 

que toutes les caravanes 

du Sud vont arriver ici 

avec leur odeur de sable, 

de suint, de poil? 

Cbâled de Saïb, Thlbettine... Voici les Lamas, ran- 



gez-vous 



1 _ 




Certes, j'aime le grand Lama » — 



Dmnltéd Aééyrienned : les guerriers d'Assuérus et 
de Sennachérib même peints sur la robe d'Esther, et faisant 
le tour de celle dont la beauté était terrible comme une armée 
rangée en bataille. Char<t de ÏHellade : sur votre jolie chemi- 
sette, madame, le char lui-même, et reproduit à la queue leu 
leu, dans lequel Cléobis et Biton transportèrent à la fête de 
Junon leur mère vénérable. Puis ils moururent subitement 



186 



abure 




Le MagoL 



après cet exploit, don- 
nant l'exemple d'une 
destinée parfaitement 
enviable, tout entière 







consacrée à la vertu (Hérodote, HUtoired, 
Livre I, §3i). 

Pour l'Egypte, attendez ! Berceau 
d'Isis, mère de toute science et de toute 
divinité, elle ne saurait avoir été oubliée : 
Hiéroglyphe**... Vêtues du tissu portant ce 
nom, je vous vois, petites odalisques 
(pardon : obélisques) attendant chacune 
son Champollion particulier. Mais traver- 
sons la mer Rouge, voulez-vous ? 

Attention, il y a un pas! A gauche, 
le Sinaï et son tonnerre ; à droite, par là- 
bas, Mossoul et ses pétroles... Suivez le 
guide. Nous arrivons... L'Arabie: l'Heu- 
reuse et la Pétrée, les toufïes de lauriers- 
roses, les caravanes et les villes, tous les 



187 




Djeréadoi 
d'Iàpabal 



parfums de l'Asie en fleur... Tout cela 
dans Kadbemyrlna, point géographique 
omis sur les cartes, mais figurant parfai- 
tement sur les référence*) de Rodier. 

Grâces lui soient rendues, parce que 
ses belles clientes portent dans leurs 
toilettes des étoiïes dont les noms sont à 
coucher dehors, ce qu'à Dieu ne plaise, 
étant donné des personnes si charmantes. 
Qu'elles sachent du moins une porte où 
heurter dans un cas pareil. . . 

. . . Agnella, (tissu d'une habile contex- 
ture et nouvelle, et tout semblable à la 
douce toison Irisée des agneaux); Panécla 
(soie végétale) PeUidda, Drapella... Telles sont les litanies 
nouvelles dont retentissent nos 
modernes temples : les salons des 
grands couturiers 
— et qu'en répètent 
les belles prêtresses : 
mannequins et 
vendeuses, pre- 
mières et secondes 
comme les côte- 
lettes. 

Célio. 






PelUda 




LE DIVAN DE VERONIQUE 

JE ne puis mieux vous définir Véronique qu'en vous 
révélant que, près d'un bocal où nagent des monstres 
chinois, elle vit étendue sur un divan entre une traduction 
de Ruysbroeck l'Admirable et des poèmes sibyllins de 
M. Jean Cocteau. Défait, Véronique ne comprend à l'hermé- 
tisme du poète cubiste non plus qu'au mysticisme du chanoine 
flamand, davantage qu'à l'ensemble désordonné — pourpre, 
citron et turquoise morte — qu'elle doit à la fantaisie de 
son décorateur. Mais Véronique 
est faite pour les contrastes et, res- 
pectant d'instinct ce pour quoi Dieu 
l'élut, réalise dans ses choix des 
antinomies ridicules et délicieuses, ^k 

Ce jour-là, Véronique avait 
placé parmi ses coussins une négresse 
de velours aux cheveux de laine j aune . 




é 



189 





— Qu'en dites-vous ? fit-elle. 

De vrai je n'avais rien à dire et demeurais 
dans une " stupeur opaque. " 

— C'est que j'attends mon poète, expli- 
qua- t-elle. 

A quoi je reconnus que le dit 

poète, amateur d'art nègre, était 

dada. Véronique poursuivait : 

— J'ai une poupée pour chacun de 

mes jours et de mes amis. Voulez-vous 

les voir ? 

Et, sans attendre ma réponse, elle 
alla chercher ces demoiselles. Je vis une 
Espagnole en orange et vert, dont les yeux 
étaient deux boutons de bottine. 

— Est -elle 
drôle? fit Véro- 
nique ; c'est 



pour le mardi, 
quand j'offre le thé à mon Ar- 
gentin. Et celle-ci, ra- 
vissante, n'est-ce pas? 

Véronique m'of- 
frait au bout de son 
poing tendu un affreux 
bébé de coton rose 
dont la robe trop 
courte se levait sur 
un nombril provocant. 

— C'est la pré- 
férée de Georges. 




190 





Georges est un bon gros qui adore les 

enfants. La ballerine que vous voyez là- 
bas est la poupée du jeudi. Ce jour-là, 

mon ami de l'Institut ne manque jamais 

de venir me faire deux doigts de cour. 
... Et soudain j'admirai 

Véronique. Je l'admirai 

parce qu'elle avait compris 

qu'elle n'existait pas par elle- 
même. Véronique 
ne vaut qu'en 
fonction de son 
cadre et aussi 
des cinquante à 
soixante louis de 
ses robes. On ne \^L/ 
se la représente 
qu'habillée et 

parmi ses coussins sur ce divan qu'elle anime le 
mieux qu'elle peut. Et si l'on pousse l'audace 
— et la difficulté — jusqu'à l'imaginer dans ses 
draps augmentés de milans coûteux, Véronique 
n'est pas Véronique simple et nue, mais « Véro- 
nique en déshabillé de chez Machin. » 

Cependant Véronique avait terminé sa revue. 
Je revins à elle et à ses poupées : — Je n'en vois 
que six, remarquai-je. 

Véronique m'expliqua : — M.a porte est consi- 
gnée le dimanche. Car Véronique, s'étant efforcée 

toute la semaine de mettre un peu de ciel sur la terre, se 

repose le septième jour. Louis-Léon Martin. 



191 





AVENEMENT DES 

AMAZONES 

|ET hiver, je ne sortirai plus qu'armée. 

— Crains-tu si fort les attaques brusquées ? 

— Mon ennemi, tu le connais... 

— Je brûle de savoir. 

— Ne brûle pas : mon ennemi, c'est le 
froid. J'ai si peur des grands froids. 

— Comme disait notre brave Mélisande. 

— Tu sais que l'hiver me tue. Sitôt que pâlit le soleil, je 
m'enroule comme une couleuvre autour des radiateurs ; je me 
réfugie sous la cheminée, ou bien, recroquevillée dans le rayon 
du foyer électrique, je déclare n'en plus bouger. L'idée de 
sortir m'épouvante. 

Mais songe, songe, mon ami, à cet amant que je déteste, 
au vent qui s'engouffre dans ma robe, pénètre entre les 
mailles de mes bas, rampe au long de mes bras et rend ma 



192 



peau semblable aux vitrages où le givre 
dessine ses végétations mortes. 

— N'accuse que les folies de vos 
modes. 

— Les folies ! Les folies sont celles 
que vous nous faites faire. Cet hiver, mon 
ami, plus courtes que jamais seront les 
manches, et même il n'y en aura plus du 

tout. La cape 






orgueilleuse et 
vaine me dra- 
pera sans me 
protéger. Et 
l'on parle de 
certains bas tis- 
sés en fils de la 
vierge ... J ' en 
grelotte. 

— Les grelots de la folie... 

— Patience... N'es-tu pas 
encore fait à nos contradictions 
géniales? Je sais l'art d'accom- 
moder les contraires et de faire 
vivre les paradoxes. Prends exemple, 

petit logicien en faux-col. Le 
froid, comme toi, a cessé de 
me faire peur. Je le brave, au- 
jourd'hui : je suis armée. Nei- 
ges, tombez; 
fontaines, 
aiguisez vos 





stalactites ; ouragan, poi- 
gnarde-nous dans le dos ; 
verglas, prépare tes em- 
bûches ; onglée, solidifie 
les chairs! Hiver, ennemi héré- 
ditaire, qui déclares l'immobili- 
sation générale et pars en guerre 
contre la vie, tes menaces me font 
rire ! Je suis armée, te dis-je. Et 
voici mon équipement : d'abord, 
j'aurai des bottes jusqu'ici (elle 
souleva assez haut sa robe, qui 
pourtant était fort courte) et 
j'aurai des gants jusque-là (elle 
releva ses manches, qui cepen- 
dant effleuraient à peine le tiers 
de son avant-bras). 

— Hélas ! J'avais ouï dire 
que le cuir était rare et 
cher. 

— Petit logicien en 
iaux-col, le bel argu- 
ment que voilà ! Vous 
a-t-il empêchés, durant 
cinq années, de porter, 
aux frais de la princesse, 
force bottes, leggings, 
moufles, ceintures, et ces 
inutiles courroies qui 
vous ficelaient en tous 
sens ? A notre tour, 



194 



maintenant ! Nous sommes 
les guerrières du temps de 
paix. 

— Vos victoires m'in- 
quiètent! J'étais fidèle à mes 
souvenirs. Et j'ai peine, jel'avoue, 
à te réaliser en amazone. Encore 
si tu brûlais de conquérir la 
montagne, de galoper jusqu'au 
bout de la plaine, ou de vider les 
bois de sangliers imaginaires... 
Mais Diane n'est point ta pa- 
tronne. L'habit ne fait pas le 
moine; crois-tu que ces bottes 
terribles t'inculqueront du coup 
l'amour des grandes randonnées? 
A peine risques-tu cent pas avenue 
du Bois-de- Boulogne que déjà... 

— Quand j 'aurai 
ces bottes en peau de 
mouton retournée, en 
daim, en castor ou en 
antilope — et fourrées, 
mon cher — j'irai jus- 
qu'au bout du monde. 

— Jusqu'aux forti- 
fications ? 

— Vêtue comme 
un véritable cow-boy, 
je me sentirai tous les 
courages. On m'a dit 



: 



1 




i 



r\ 




iq5 




que certains d'entre eux, afin que 
l'harmonie soit parfaite entre l'homme et sa 
monture, découpaient la peau qui couvrait 
les pattes d'un cheval et s'en faisaient des 
bottes et des gants. Ces bottes s'assoupliront 
à ma souplesse ; le daim aura toutes les dou- 
ceurs, le chevreau toutes les finesses, l'her- 
m i n e 
glissera 
le long 
de mes 
bras et 
le singe 
voltige- 
ra sur l'an 



— Seigneur, quelle 
ménagerie ! Voici 
que tu m'entraînes 
vers les steppes ou 
dans les profondeurs 
des forêts vierges. T'y suivrai-je, 
chère imaginaire... « L'hermine 
glissera le long de mes bras, le 
singe voltigera sur l'antilope... 
Mais elle ne l'écoute pi 
et sortant d'une boîte deux 
pents noirs comme des 
tunnels elle y engouffre 
ses bras rieurs. 

Mayotte. 




196 




LE PROLOGUE 



LA COMEDIE AU CHATEAU 



N° 6 de ta Gazette du Bon Ton 



Juillet 1920 - PL 40 




REMORDS 

Costume de CLasse 




GROS TEMPS 

Gosfuine pour le yacîifirtg 



Gazelle du Bon Ton — N° 6 



Juillet 1Q20. — PI. 42 










\4%. 







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LA SOUBRETTE ANNAMITE 

Robe du soir Je Doeuillei, garnie de ruban 





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ON T'ATTEND! 

^obe a organdi et manteau déniant, de Jeanne Lanvîn 



xV° 6 de La Gazette du Bon Ton 



Juillet îgao. — PL 44 






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fc^*>V&N " ^/l^l 




• VOICI L'ORAGE ! 

Lobe aaprès-miai, de Paul Poirei 



:• 



N° 6 de la Gazette du Bon Ton 



Juillet !<}2o. — Pi. 45 




iOa^N 



E YAS-TU FAIRE! 



vote du soir, de Worél: 




APPELEZ URBAIN DE LAVENUE DU BOIS 

.Manteau du soir, de Béer 



A 7 " 6 de ta Gazette du Bon Ton 



Juillet 1920. — Pt. 4j 







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Un Otudio 

un v^om de leu 

une l^nambre à L^oucner 

et une Lnamore a JLvnlants 



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Gazette du Bon Ton, N a 6. — Juillet 1920. — Croquià de XXIX à XXXII 



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EXPLICATION DES PLANCHES 

PI. 4°' — Robe du doir en charmeuàe bleu de nuit, voilée de tulle roàe ptiààé. 

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PI. 4 1 • — Coàtume pour la cbadàc. Il eàl compodé d'une redingote a colleta àuperpoàé* et 
d'une courte jupe en " burnoudàa ". La cravate eàl en piqué blanc; leà botta en veau naturel. 

PI. 42. — tour le yachting, un coàtume en toile cirée citron, copié dur celui deô homme à 
de mer ; même veàte et même pantalon larged et rigided ; même chapeau et mêmeâ botte*. 



PI. 43. — Voici, de Dœuillel, une robe du àoir en paillcllcà claircà et foncée* formant de* 
loàangci de deux tond alternée . La ceinture eàl un ruban broché lamé prune et argent- 



PI. 44. — La robe de la jeune fille eàt en organdi lavande et eàt garnie de roàed effeuil- 
lée* aux pétale* d'organdi. La grande capeline, pareillement en organdi lavande, e*t ornée 
d'une roàe. Le manteau d'enfant eàl en duvetine verte avec un petit col de àkung*. L'une et 
l'autre dont de* modèle* de Jeanne Lanvin. 

PI. 45. — De Paul Poiret, une robe d'aprèà-midi en organdi pliààé blanc, voilée de foulard 
imprimée 

PL 46. — Cette robe du *oir, de Worlh, eàl un grand drapé en lamé broché rode. Un motif 
de broderie trè* d impie a la ceinture. 

PI. 47. — Grand manteau du doir, de Béer, en brocart bleu et or. L'empiècement eàt en 
velourâ bleu ; le col et leà garnilured en viàon. 

Croquis de xxix à xxxn. — Quelque* meuble* de Franci* Jourdain. — Croquis xxix. 
Un dtudio. — Croquis xxx. Un coin de feu. — Croquis xxxi. Une chambre à coucher. 
Croquis xxxn. Une chambre d'enfant. 

Imp. Studium. Marcel Rollembourg, Gérant. 



SOMMAIRE DU NUMERO 7 



Mil-neuf-cent-vingt 3 e Année 

ARRIÈRE- SAISON Roger ALLARD. 

Dessins de LABOUREUR. 

FOURRURES Emile HENRIOT. 

Dessins de SIMÉON. 

BOURRASQUE (Horé-texle) par SIMÉON. 

L'ILE TORQUATE. — DE LA COIFFURE DES TORQUATIENNES- 

Dessins de Ch. MARTIN. PIERRE MAC ORLAN. 

LE CHAPEAU EN PORCELAINE (Horo-texte) par Cn. MARTIN. 

CES CHÈRES VIEILLES CHOSES Denise VAN MOPPÈS. 

Dessins de Maurice VAN MOPPES. 

LA ROBE ÉGRATIGNÉE Marcel DUMINY. 

Dessins de BENITO. 

LES QUATRE BOUQUETS (Horé-lexte) par BENITO. 

COMMENTAIRE POUR DES MODES VILLAGEOISES DITALIE, 

TROUVÉ DANS JACQUES CASANOVA CHEVALIER DE 

SEINGALT. 
Dessins de Zoë BORELLI-ALACEVICH. 

BIARRITZ KEAN. 

Dessins de Gustave BUCHET. 

POUR CELLES QUI REGRETTENT Georges-Armand MASSON. 

Dessins de MAGGIE SALZEDO. 

CHEZ LES MAITRES DE LA COUTURE par André FOY. 

PLANCHES H0RS-TEX1E 

L'HEURE DU THÉ. — Manteau, de Jeanne Lanvin par BENITO. 

LE JARDIN DE L'INFANTE. — Robe du éoir, de Paul Poiret. par Ch. MARTIN. 

BROUILLARD. — Tailleur de promenade, de Worth. . . par Pierre BRISSAUD. 

LES DEUX SŒURS. — Manteau et robe, pour le éoir, de Béer 

par MARIO SIMON. 

LE RETOUR DES AUTANS. — Robe-manteau et tailleur, de Dœuillet 

par SIMÉON. 

LA MODE POUR L'AUTOMNE 1920. — (Quatre plancher boré-texte) 

par SIMÉON. 



Coiiïure par 




Ltd 



24-25, Conduit Street 
LONDON W.i. 

398-400, Rue Saint-Honoré 
PARIS 



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On trouve les modèles des grands couturiers reproduits par cette Gazette 

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7 OLD BOND STREET, LONDRES 
J98 FIFTH AVENUE. NEW YORK 




ARRIERE 



A I S O N 




son éclat fiévreux vous avez reconnu le 
dernier jour de la saison. La nuit fut si 
fraîche que le casino s'éteignit et que les 
yeux des danseurs se remplirent soudain 
d'adieux innombrables. Seuls, les visages 
émaciés des pontes sont demeurés impas- 
sibles, car les jardins du hasard fleu- 
rissent en tout temps et partout. 

M.ais nos chères joies balnéaires, ce matin, gisent pêle- 
mêle comme les coupons d'étoffes bariolées, à la montre d'un 
grand magasin, un jour de solde. On n'ose plus désirer ni 
choisir. Sachons du moins le boire avec délices, ce cocktail 
précieux et compliqué, cette mélancolie où se mêlent tant de 
sentiments divers. 

L'hiver des capitales rallume au loin des brasiers 



i 97 



Copyright SepLembre 1^20 by Lucien Vogel. Paru 




tournoyants; les amours d'aventure 
y pourront bien renaître, mais ces 
jeunes filles du bord de la mer, où 
donc les retrouver jamais. Nous les 
reverrons peut-être, épanouies sous 
la fourrure et contre le velours d'une 
loge de théâtre. Mais leur parfum 
ne sera plus le même, et cette fraî- 
cheur salubre... 

Qu'elles sont heureuses, les 
amours nées de l'écume marine et 
parmi les embruns! Longtemps elles 
gardent le goût âpre et sauvage de 
l'adolescence. De toutes les saveurs 
de la vie, aucune ne persiste mieux. 

Hélas, il a suffi du sifflet d'un 
express pour déchirer la belle trame 
des vacances, où tant de jeux étaient 
brodés. Les tennis aux angles stricts 
se rouillent comme des cages aban- 
données. Les oiseaux blancs sont 
envolés qui pépiaient dans un anglais 
de fantaisie. Sur les pelouses on a 
cueilli les derniers enfants : la rentrée 
ded cladded aura lieu le... 

Mais vous-même, amie, n'avez- 
vous pas d'importuns devoirs. Venez, 
il est charmant encore, après un long 
été, de faire une dernière promenade 
sur la digue, par un soir comme 
celui-ci, lorsque grâce à la pluie, le 



198 



ciel et l'eau ne sont plus qu'une 
douce vapeur verte et grise. 

Vos robes étaient si légères que 
le hâle de votre peau me semblait 
quelquefois devoir les roussir. Je 
vous aimais ainsi au temps chaud. 
Mais je me plais à voir reparaître les 
manteaux aux grands cols. Ils ne 
laissent voir que vos yeux. Voici 
le moment d'échanger des mensonges 
pour conjurer la vie et ses caprices. 

Vous partirez demain puisque 
la Saison est finie. Le monde a ses 
rigueurs. Quant à moi, je vous plains 
de devoir passer en tant de lieux 
divers sans demeurer vraiment dans 
aucun, sans jamais vivre dans l'inti- 
mité des paysages. Souffrez que je 
demeure ici quelque temps encore. 
Je verrai s'éveiller à sa vie provin- 
ciale et française cette rue que vous 
avez traversée si souvent sans devi- 
ner qu'elle était si jolie. L'une après 
l'autre le long des côtes de l'ouest, 
les stations balnéaires, comme des 
actrices après le spectacle, se déma- 
quillent et reprennent figure de villes 
maritimes. C'est alors qu'on peut 
saisir leur charme véritable. 

Et la campagne alentour aussi 
n'est plus la même. On dirait que 




199 



les mesures en sont changées. Plus rares, les autos effacent 
moins les distances, les routes s'allongent comme pour sereposer 
un peu et dormir à flanc de coteau, étirant leurs lieues au soleil 
de la saint Martin. Et le long de l'automne s'espacent les coups 
de fusil des chasseurs, acharnés à tueries derniers beaux jours. 

Et notre plage, amie, vous ne reconnaîtrez plus son visage. 
Pour moi, tout cet été, il se confondait avec le vôtre et j'aurai 
peine encore, parfois, à séparer vos traits des siens. Son sourire 
un peu triste sera pour moi celui d'une maîtresse qui voit 
revenir son infidèle. Déjà la mer a secoué les baigneuses tardives 
et prélude aux jeux farouches de l'hiver. Sur le sable s'allonge 
l'ombre d'un pêcheur qui revient, ses filets plies sur son dos, 
immense et noir contre le ciel couchant. Les oiseaux siffleurs 
qui descendent du nord et qui passent la nuit au ras de la 
falaise, donnent sans cesse le signal de mystérieux départs... 

Si vous saviez comme, au matin frileux, la dune déserte 
est plus belle ! On croirait voir frissonner au vent l'épaule 
nue d'une femme abandonnée. 

Certes non moins que la rose d'automne chère au poète, 
« plus qu'une autre exquise » est la plage d'arrière-saison. 

Roger Allard. 




AmÊi ) 




FOURRURES 



\ ORSQU'AVEC ses enfants vêtus de peaux de bêtes 
Caïn se fut enfui de devant Jéhovah, il ne se 
doutait pas, le pauvre homme, qu'ils portaient 
une fortune sur leurs dos ; et si vous aviez été 
dans son cas, Madame, il est vraisemblable 
que vous en eussiez oublié vos remords — ils 
sont légers, à une jolie femme — en rêvant au frivole usage 
que l'on pouvait tirer de ces peaux-là. C'était, j'aime à le 
croire, d'authentiques peaux d'ours, des visons fabuleux, de 





la vraie loutre, des renards 
bleus et argentés, des opossums, 
des chinchillas à n'en savoir 
que faire. Hélas ! autant de 
perles aux pourceaux. Et vous 
voilà toute triste à l'idée de cette 
belle marchandise gâtée... 

Ces gens-là, nos arrière- 
grands-pères, tout de même que 
nos cousins de Laponie, ne 
méritaient pas d'aussi rares 
fourrures : c'étaient d'affreux 
utilitaires qui ne les mettaient 
que pour avoir chaud; et vous 
seule, Madame, en usez conve- 
nablement, pour faire joli. On 
n en veut pour preuve que de 
vous avoir vue une 
fois — ce n'était pas 



il y a longtemps — couverte, au plus fort d'un été 
torride, de ces ravissantes toisons, auprès des- 
quelles celle qu'alla quérir Jason n'était qu'une 
peau de lapin. Et une fois de plus, 
il nous faut avouer que vous n'avez 
pas tort. Car on ne sait imaginer 
rien de plus voluptueux — ne fût-ce 
qu'à voir — qu'une belle personne, 
et rose, et tendre comme vous, sous 
ces pelages animaux, si doux à l'œil 
qui les caresse, à la main qui les 
touche aussi, si propres à retenir 




les parfums! Et quel juste symbole, en outre! N'est-ce 
pas par nos soins affectueux, comme aux temps rudes des 
cavernes, que vous voilà si douillettement revêtue, avec les 
dépouilles rapportées des chasses fabuleuses? Un moraliste 
mysogine, d'autre part, ne redouterait pas d'affirmer qu'il est 
séant aux dames de rappeler par leur vêture qu'il y a de 
l'oiseau en elles, et du carnassier, et qu'ainsi plumes et 
fourrures sont faites pour elles. — Ce serait méchant de dire 
cela : aussi nous ne le dirons point. 

Disons seulement que nous supplions les dames char- 
mantes de choisir des fourrures molles, de préférence à toutes 
autres. Car nous vîmes, l'an passé, nos amies couvertes de 
singe, horrible au toucher, comme l'astrakan autrefois ; et l'on 




ao3 



nous menace bientôt de cet affreux mouton, dont la laine est 
rude : et cela nous chagrine fort, car ce sont des fourrures 
revêches, inhospitalières, pour dames seules. Au lieu qu'une 
moelleuse loutre, l'opossum délicat, la flexible zibeline, le 
renard comme une caresse ont je ne sais quoi de favorable et 
de pliant, qui fait que, fussiez-vous une tigresse par-dessous, 
rien qu'à vous voir aussi confortablement emmitouflée, on a 
déjà envie de vous prendre dans ses bras et de vous emporter, 
sans en demander la permission, comme une proie et le plus 
charmant petit animal, dont on sent le cœur agité, et qui se 
débat sous sa toison. 

Emile Henriot. 





_L Xle Xorquate 
de la V^oillure des X orquatiennes 

LES Torquatiennes se font coiffer chez le potier. 
La boutique des potiers à la mode ne ressemble en 
rien à ce que nous avons l'habitude de considérer comme 
une boutique de potier. C'est un endroit d'une rare élégance. 
D'accortes vendeuses réunissant, pour leur usage, les plus 
récentes recherches de la mode, sans oublier les moins 
modestes, circulent, avec élégance et afïectation, parmi les piles 
de coiffures en céramique empilées çà et là ainsi que des 
pastèques au bord d'une darse dans un port méditerranéen. 
Le potier n'est pas un artisan à la manière de ses 
confrères d'Europe, par exemple. Il n'affecte pas les attitudes 
d'un maçon : il participe à la fois de l'artiste par sa vanité et 
du commerçant par son arrogance. 

2<>5 




Les jolies 
quatiennes tremb 
(levant cet homrn 
avec des attitudes d 
jeune bouleau au mois 
d'octobre. Elles ten- 
dent leur beau visage 
prétentieux dans la 
direction du Maître, 
un peu comme s'i 
s'agissait de confier h 
un bourreau mondai 
leur chef pour une 
décollation élégante. Le potier ^manipule le joli 
crâne, relève la tête minaudière d'un coup de pouce, 
fait un signe. Et tout aussitôt une vendeuse élevant 
une poterie en s'inclinant sur ses hanches souples, 
tend la merveille au Maître qui la soupèse et l'ajuste 
de guingois sur les cheveux de la cliente. 

Les chapeaux en céramique varient selon l'ins- 
piration du potier. 

Il y a le chapeau plat que l'on appelle : 
'Tassiette-de-Iokanaan", en souvenir de Salomé et 
de sa célèbre victime. 

Il y a le " Je-vous-vois- Jenny ", en forme de 
calotte, avec un œil au fond. 

Le " Vous-en-reprendrez-bien-un-peu ", char- 
mant bibi, de la forme et de la grosseur d'une tasse 
à thé, est un chapeau que les élégantes juchent en 
coup de poing au sommet d'un chignon monumental 
copié sur le modèle d'un temple 
d'Angkor. 

Les jours de pluie les élégante 




206 




se coiffent d'une sorte de saladier en grès 
flammé, divinement décoré selon les hasards 
du feu et la fantaisie de l'artiste. 

Tous ces chapeaux se cassent facilement, 
ce qui permet d'en changer souvent et de ne 
jamais courir le risque de porter un couvre- 
chef démodé. 

Les hommes portent des chapeaux de 

forme ronde en porcelaine blanche, en terre 

de pipe, ou en écume de mer. La mode veut 

que l'on y peigne des pensées tirées, pour la 

plupart, des œuvres les plus recherchées des 

moralistes de salon. 

C'est ainsi que l'on peut lire sur les chapeaux 
des élégants : 

— La vie serait beaucoup pLus Longue si on La 
commençait par La fin. 

— C'edt en pariant d'amour que L'on oubLie L'objet 
de son désir. 

— La misère rend Les hommes vaniteux. 

— Une beLLe fiLLe peut se mettre dans toutes Les pièces. 

— Une femme ne doit jamais Lire Le journaL quand 
eLLc edt nue. 

— Les voyages ne forment que Les jeunes gens 
qui veuLent devenir des 
empLoyés de wagons- Lits. 

Et d'autres. 

L'élégant 
ainsi paré peut se 
promener dans 
les rues sans at- 
tirer la curiosité 




des oisifs. Fait qui, à lui seul, donne à l'Ile Torquate un 
caractère d'originalité bienséante. 

Dans cette île, comme il fallait s'y attendre, les querelles de 
ménage, ou simplement entre amants et maîtresses, se règlent 
à coups de chapeau. C'est la seule manière que les jolies indi- 
gènes puissent utiliser pour casser la vaisselle, puisque, nourries 
d'essences, à la façon de cette belle Imperia dont le seigneur de 
Lerne fut la victime, les Torquatiennes se nourrissent d'essences 
et de parfums, ainsi que l'élément mâle du pays. Il serait bon, 
toutefois, de considérer que l'emploi de la porcelaine dans la 
chapellerie n es t pas une idée ridicule . Cette matière est légère et 
seyante au visage. Elle permet des combinaisons décoratives 
d'un effet prodigieux. Nous avons vu des demoiselles coiffées 
gentiment d'une sorte d'assiette transparente retenue par deux 
brides nouées sous le menton. Il nous a paru que ces chapeaux 
ne présentaient pas les inconvénients de la paille, qui est 
inflammable et par ce seul fait dangereuse. 

Les chapeaux construits en porcelaine sont naturellement 
lavables. Nous nous étonnons de constater que cette mode 
ne s'est pas encore propagée dans les pays de vie chère. 
Nous pourrions, dans notre pays, remplacer les inscrip- 
tions torquatiennes par d'autres plus françaises comme : 
Liberté, Egalité, Fraternité. 

On pourrait également trouver autre chose. Mais cela 
ne nous intéresse pas pour l'instant. C'est à Tor- 
quate que la vie est surprenante, dans sa dou- 
ceur compliquée. Et nous verrons, par 
la suite, que le corps souple d'une 
Torquatienne est la propriété de 
mille artistes, d'une imagination sou- 
vent indiscrète, mais jamais en défaut. 

Pierre Mac Orlan. 




208 




dément leurs jambes jusqu 
à boutons de nacre. 
Et je sais aussi que les 
petits garçons — qui 
s'appelaient Léon, 
Rodolphe ou Emile — 
portaient de grands 
bérets plats d'où pendait 
un gland magnifique 
— ainsi qu'on peut le 
lire dans les livres de 
Madame de Ségur. 



Ces chères 

vieilles choses 



Je ne sais pas exactement si 
c'était en 1850, ou en 1860, 
ou bien dix ans plus tôt, ou 
bien dix ans plus tard ; je sais 
seulement que les petites filles 
avaient des pantalons de toile 
brodée qui dépassaient de leurs 
jupes et enveloppaient candi- 
'aux tiges vernies de leurs bottines 



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I ■) Z~ o 



209 




galants. Toute la nuit, elles valsaient les valses 
de Strauss entre les bras des jeunes officiers ; 
et, rentrées chez elles, à l'aube, elles déta- 
chaient, d'un air languide délicieusement 
et rêveur, le camée qui fermait leur bra- 
celet — ainsi qu'on peut 
le voir sur un 
tableau célèbre 
d'Alfred Stevens. 



ACompiègne et à 
Fontainebleau, on 
batifolait tout le jour 
dans le parc ; coiffées de 
grandes capelines de 
paille, les jeunes femmes 
allaient donner à man- 
ger aux carpes, 
ou jouaient à 
colin-maillard 
sur la pelouse 
avec les vieux 
préfets 





A Paris, vers cinq heures, les jours de 
printemps, l'avenue des Champs- 
Elysées se poudrait d'or autour des che- 
vaux fringants et des calèches vernies où se 
prélassaient de nonchalantes jeunes femmes 



U^M^HS^ 




aux cheveux bouclés. En robe 
de tarlatane, de popeline Sol- 
férino, ou de tartan écossais, 
elles abritaient leur teint 
— oh ! si délicat ! — sous un 
tout petit dôme en dentelle de 
Chantilly. Vers cinq heures, les 
jours d'hiver, elles recevaient 
chez elles leurs amis dans un 
grand salon aux murs tendus 
de damas rouge, aux lourds 

rideaux fermés ; soulevant d'un geste mièvre leurs larges jupes 
à volants, elles posaient délicatement sur les chenets leur 

très petit pied cambré ; 
et lorsqu'elles se 
levaient pour servir, 
en souriant, le thé, 
on voyait se refléter 
dans les glaces des 
silhouettes adorable- 
ment absurdes et des 
nuques blanches entre 
les nœuds frivoles 
des longs « sui- 
vez-moi, jeune 
homme » de soie 
— ainsi qu'on 
peut l'imaginer 
d'après le journal 
modes qui est 



chez 'ma grand'mére. 




Sur la terrasse des casinos, à Bade ou à Vichy, les femmes 
en toilettes d'impératrice et les hommes aux plastrons 
éblouissants se réunissaient autour des tables couvertes de 
fleurs, d'argenterie et de cristaux où les bougies se reflètent, 
multipliées. Frôlant les blanches épaules à la Winterhalter, les 
propos légers et subtils voltigeaient parmi la mousseuse fièvre 
du Champagne, les parfums, les rires fous, le son des quadrilles 
lointains, la splendeur des feux d'artifice — ainsi qu'on peut 
l'entendre encore dans la musique de Jacques Offenbach. 

Denise Van Moppès. 




rrU 




la robe égratiçrnée 

L'AURORE avait mis au monde une matinée qui chantait 
à gorges de brises ou d'oiseaux et le soleil dans une âme 
de ciel bleu honorait la terre. 

C'était le premier âge de l'été. 

La jeunesse de la saison aimait encore se caresser de 
fraîcheurs et, seule, dans le jardin où il y avait des groseilles 

2l5 



de rosée, vous étiez une robe 
blanche, blanche, blanche... 

Je vous ai vue suivre un 
sentier que l'herbe tourmentait : 
vous savez, à peine esquissé, 
ce sentier des Mouvernes dont 
on eût dit qu'il ne conduisait 
nulle part — souvent il m'a 
fait penser à quelque souvenir 
négligé. Je ne sais quelle 
songerie vous a retenue là, mais 
vous ne vous en êtes allée que 
surprise par un odorant silence. 

Alors, vous avez cherché 
les fleurs qui venaient de se 
révéler et vous les avez trou- 
vées. C'étaient, un peu cachées, 
des roses dont l'une que vous 
vouliez cueillir a griffé votre 
robe. Vous l'avez prise, et puis 
deux autres... 

Et sur l'égratignure vous 
avez mis trois roses. 

O vous qui si délicatement 
avez fait ce sacrifice parfumé; 
vous qui savez si bien poser 
trois roses sur la neige, n'êtes- 
vous pas une grande amie de 
la Mode, une de celles qui 
inspirent et créent divinement 




2M 




pour l'amour des yeux. Devant 
l'image qu'il me reste de votre 
geste je ne puis me défendre 
de le penser. Je souhaiterais 
même grandement qu'il en fût 
ainsi puisque voici des robes et 
que voici des fleurs. 

Offrande à l'élégance, voici 
des hortensias à qui la Chine 
confia un secret de couleur 
rose, des hortensias dont j'aime 
assez le nom pour souhaiter 
vous l'entendre prononcer. 

Ces tulipes, j'en suis sûr, 
sauront aussi vous plaire. Cer- 
taines — vous en souvient-il ■ — 
sont allées fleurir jusqu'en ce 
mystérieux Jardin où l'Infante 
entend le page Naguère lui lire 
d'ensorcelants poèmes. 

Cependant qu'immobile, une tulipe aux 

[doigts, 
Elle écoute mourir en elle leur mystère. 

J'imagine bien la tendre 
Infante d'Albert Samain ayant 
piqué à sa ceinture la fleur 
aux formes si expressivement 
pures. 

Gageons, Madame, que 
c'est là une de vos conceptions 
et que vous ne dédaignerez 



2l5 




pourtant pas ces pavots, non 
plus que, du reste, ces coque- 
licots éclatants et vigoureux. Il 
y en avait beaucoup à Mou- 
vernes. Vous avez dû les 
voir en flammes dans les blés 
droits. 

Des coquelicots sur une 
robe... Une de vos amies qui 
la porte a du velours noir au 
fond des yeux. Oh ! ces yeux 
sombres et ces coquelicots qui 
se regardent, ardents ! 

Je vois aussi des guirlan- 
des, des volants de roses, mais 
vous en parler, je n'ose. Mou- 
vernes, comme vous m'avez 
fait chérir les robes en fleurs ! 
Je croirais volontiers mainte- 
nant que toutes les fleurs sont 
vouées à toutes les robes. 
Posée sur un meuble, la toi- 
lette que vous allez mettre est 
déjà vivante parce qu'elle 
est fleurie. Elle vous dédie sa 
chanson colorée. 

Madame, accordez-nous 
des robes à bouquets. 

. . . Mais au fait qui êtes- 



vous? 



Marcel DuMJNY. 





COMMENTAIRE POUR 
DES MODES VILLA 
GEOISES D'ITALIE, TROU 
VÉ DANS JACQUES CA 
SANOVA CHEVALIER DE 
SEINGALT. 



^6-a- 



N passant sur le quai de 
Saint- Job, je vois dans une 
gondole à deux rames une 
villageoise très richement coiffée. 
M'étant arrêté pour la considérer, 
le barcarol de proue s'imagine que 
je veux profiter de l'occasion pour 

aller à Mestre à meilleur marché, et dit au barcarol de 

poupe de revenir au rivage. Je n'hésite pas un moment en 

voyant le joli minois de la villageoise ; 

je monte et je lui paie le double 

pour qu'il ne prît plus personne. Un 

vieux prêtre occupait la première 

place auprès de la jeune fille : il se 

lève pour me la céder, mais je 

l'oblige poliment à la reprendre. 



— Cette fille, me dit alors 
l'oncle, telle que vous la voyez, est 
un bon parti ; car elle a trois mille 



217 





parler de mariage 
comme ceux q 
l'auraient voul 
n'ont pas été 
son goût. 

— Mais croyez 

vous donc, 

lui dis-je, 

qu'un mariage se fasse 

comme une omelette ? 

Coiffée en riche paysanne, 
elle avait sur la tête pour plus de 
cent sequins d'épingles et de 
flèches d'or qui retenaient les 
tresses de sa longue chevelure 
d'ébène. De longs pendants 
d'oreille massifs, et une chaîne 
d'or qui faisait vingt fois le tour de 
son cou d'albâtre, donnaient à sa 
figure de lis et de rose un éclat 



écus. Elle a toujours dit qu'elle ne 
veut épouser qu'un Vénitien, et je 
l'ai conduite à Venise pour la faire 
connaître. Une femme comme il faut 
nous a donné asile pendant quinze 
jours, et elle l'a conduite dans plusieurs 
maisons où des jeunes gens mariables 
l'ont vue; mais ceux 
qui lui ont plu n'ont 
pas voulu entendre 








2ig 



enchanteur. C'était la première beauté villageoise que j'eusse 
rencontrée dans cet appareil. 

Je regardais cette jeune fille avec étorïnement. Elle 
me semblait une princesse déguisée en paysanne. Son 
habit de gros de Tours galonné en or était du plus grand 
luxe, et devait coûter le double du plus bel habit de ville. Ses 
bracelets, semblables à son collier, complétaient la plus 
riche parure. Elle avait la taille d'une nymphe, et, la 
mode des mantelets n'ayant pas encore pénétré au village, 
je voyais la plus belle gorge qu'il soit possible d'imaginer, 
quoique son habit fût boutonné jusqu'au cou. Le bas du 
jupon, richement galonné, ne descendait qu'à la cheville, 
ce qui me laissait voir le pied le plus mignon et le bas 
de la jambe la plus fine. Sa démarche juste, sans aucune 
gêne, tous ses mouvements libres, naturels et gracieux ; 
enfin un regard charmant qui semblait me dire : je suis 
bien aise que vous me trouviez jolie, tout faisait circuler 
le désir du bonheur dans mes veines. Je ne pouvais concevoir 
comment une fille aussi ravissante avait pu être quinze 
jours à Venise sans trouver quelqu'un qui l'épousât ou qui 
la trompât. Ce qui contribuait beaucoup à mon ravissement, 
c'étaient son jargon et sa naïveté, que l'habitude de la ville 
me faisait taxer de bêtise. » 



-^rrrry^ 





I ARRITZ 




IARRITZ, ville des quatre saisons ! Est-ce la pureté 
de la perspective des Pyrénées, dont on voit à 
l'horizon s'incliner les contreforts; est-ce la fougue 
de l'Océan, qui ne capitule point devant les 
grâces en stuc des hôtels et du casino, qui « ne fait point le 
gentil » devant les étrangers comme une Méditerranée; 
est-ce un certain côté de la vie à Biarritz, chasses au 
renard, promenades à cheval, réceptions aux belles villas ; 
est-ce tout cela?... mais nous y ressentons plus qu'ailleurs la 




grâce d'une villégiature privilégiée. 
La mode, qui entraîne après soi 
la foule, la banalité, la contrefaçon, 
n'arrive pas tout à fait à tronquer 
notre idole ni à falsifier notre plaisir. 
Nous ressentons toujours, en dépit 
des profanes — et comme au premier 
jour — une belle ivresse à rencontrer 
Biarritz entre 
l'Océan superbe et 
la campagne ver- 
doyante, « étincelant 
comme un diamant serti 
dans une nappe d'éme- 
raude ». Quelqu'un a 
dit cela, nous ne savons 
plus qui ni où. Il n'im- 
porte, d'ailleurs, car ce 
n'est qu'une image facile 
à retenir et peut-être sans grand éclat. La 
vérité sensible est qu'on ressent à Biarritz, 
parmi l'âpre douceur de la Biscaye, la saveur 
d'une vie de luxe et de plaisir, au cœur 
d'un pays qui possède une âme. 

Contraste violent, continu, dont on 
subit l'enchantement à toutes les époques — 
sans même que vous preniez la fatigue de 
vous en apercevoir, mesdames, entre deux 
changements de toilette — car Biarritz est la ville des quatre 
saisons. Dans la vivacité saline de l'air du printemps, la 
fête des Fleurs de Pâques vous éblouit de gaies couleurs, au 




sortir de la procession du Vendredi- Saint qu'on va voir d'un 
vieux balcon de fer, montant les rues escarpées de Fonta- 
rabie, de l'autre côté de la Bidassoa. La chaleur ardente de 
l'été, qu'adoucit la fraîcheur du bain, pré- 
pare aux moiteurs délicieuses de septembre, 
cime de l'année mondaine... Biarritz na 
plus tout à fait le même visage. Impos- 
te ~ I p jPS sible d'y entendre le bruit de la mer 
dans sa grisante nudité. Il vous arrive 
assourdi, à travers le caquetage étour- 
dissant des Espagnoles aux petits pieds, 
et qui vous jettent, au 
passage, leurs yeux de 
velours noirs. Les lùikd, 
d'ordinaire vastes pelouses 
plissées de vent et soli- 
taires, deviennent toutes 
peuplées et sont rayées 
de rouge, de 
bleu, de violet, 
d'orange : dweatcrd 
des Anglaises... 
Que si vous êtes 
habitués à prendre le thé chez Tire- 
mont, vous n'y trouverez plus de 
place passé cinq heures. Vous vous 
heurterez à des tables pleines, 
embarrassées, et vous trouverez, 
dans le coin où vous avez flirté 
naguère, devant des toasts honnêtes, 
toute une compagnie paradante, 





225 



rieuse, un peu insupportable avec son air victorieux et ses 
manières envahissantes... Cependant, aux rythmes des 
jazz-band incessants, des croupiers, les paupières gonflées de 
sommeil, passent en dodelinant comme des automates, ainsi 
qu'en un conte de Marcel Schwob. 

En novembre, cette foule se dispersera. Biarritz vous 
restera dans sa vraie nature, un peu alanguie, comme une 
épaule lasse appuyée dans la soie de sa plage de sable doux. 
C est l'heure exquise pour ses vrais amants, ceux qui l'aiment 
pour elle-même, qui l'ont connue pendant ses quatre saisons, 
qui ont été respirer l'air salubre et craquant 
sous les pins d' Anglet, qui ont musé à Saint- 
Jean-de-Luz, été rendre visite à la villa du 
poète à Hendaye, et apprécié Cambo courbé 
comme une chistera sur sa colline. . . 

Nous vivons une époque dis- 
gracieuse, où toute chose s'altère 
au contact des richesses mal conte- 
nues. Des gens surviennent, qui 
vous ternissent vos plaisirs. Vont- 
ils, au cours du change, ces intrus, 
transformer cette Côte d'argent à 
la douce lumière en une Côte d'or 
implacable... De te savoir menacée 
de ces importuns, Biarritz, nous 
t'en aimons davantage, toi qui, 
même déchue, conserverait de ta 
grandeur, comme celle qui la pre- 
mière arrêta son regard sur ta 

beauté - Kean. 




224 



Sttà&ife 





Ayy^/Jx, cJiXJiSLt) cmaL hJuyi£ÂJb2mA/.„ 




y 



"E vous l'avais bien dit, folle, très folle amie, 
qu un jour viendrait vite où vous feriez la 
moue devant votre miroir, et maudiriez les ciseaux 
trop dociles de l'an passé. Souvenez-vous qu'au 
moment où je vous vis les cheveux coupés, j'inter- 
pellai véhémentement les lâches instruments du 
sacrifice : « Imprévoyants ciseaux ! Sacrilèges 
ciseaux ! m'écriai-je. Si vous aviez été d'intelligents serviteurs, 
n eusssiez-vous pas dû refuser d'obéir à la main qui vous plon- 
geait dans le flot de cette chère chevelure. Quelle audace fut 
la vôtre, ô vandales, d'attenter à ces nobles 
boucles brunes que naguère enviaient les amies 
de mon amie et qui gisent maintenant dans 
une boîte parfumée. Le poignard de Thisbé 
fut moins barbare, qui du moins rougissait de sa 
félonie. Mais vous, vous ne semblez pas vous rendre 
compte de ce que vous avez fait. Vous êtes là, sur 
la table de toilette, inconscients de votre crime ; et 




3*5 




vos mâchoires d'acier luisent sournoisement, 
prêtes à perpétrer quelque nouveau meurtre.» 
Vous vous êtes moquée alors, folle, très 
folle amie, de ma prosopopée, que vous avez 
taxée de mauvais goût. Il vous faut convenir 
aujourd'hui que j'avais raison. Un vieil ami 
de ma famille avait coutume, lorsqu'il goûtait 
au potage et ne le jugeait pas assez salé, de pro- 
noncer, avec une certaine solennité, tout en ajoutant du sel 




cette formule 
possible d'ajou- 
est quelquefois 



par petites doses circonspectes, 

sacramentelle : « Il est toujours 

ter du sel dans la soupe ; mais il 

difficile d'en retirer. » Vous avez 

appris à vos dépens que l'art de 

la coiffure se distinguait sur ce 

point de l'art culinaire. Car s'il 

est toujours aisé de se faire cou- 
per les cheveux, on ne raccroche 

pas ceux qui sont tombés. 

J'ai toujours estimé qu'il était fâcheux 

de retrancher du corps humain un de ses 

ornements, quel qu'il soit. Dieu, qui ne fait 
rien en vain, ne nous a pas 
donné un nez pour que nous 
l'arrachions, des oreilles pour qu'on nous 
essorille. Toute ablation est une erreur et 
un péché. Vous qui avez si légèrement 
sacrifié à la mode une admirable chevelure, 
pousserez- vous la logique, si demain la vogue 
est aux manchottes et aux culs-de-jatte, 
jusqu'à vous faire amputer. Vous rappelle- 





226 





\ 



\ 



rez-vous à temps cette personne dont parle 
Béranger, qui devait être affreusement 
mutilée et qui n'en était pas plus fière, 
s'il faut en croire la chanson : 

Combien je regrette 
Le tempj ai dodu 
Aîa jambe bien faite 
Et mon b rat perdu. . . 

Pensez-vous pas que les 

Amazones, quand l'heure était, venue de 
déposer l'arc, se devaient repentir de ne 
pouvoir offrir aux baisers de leurs amants 
qu'un pauvre sein dépareillé? Pensez-vous 
pas que des regrets, non moins cuisants que 
superflus, doivent hanter pendant les nuits 
de garde certains vestibules orientaux ? 
Bah ! me direz- vous, les cheveux repoussent et les coiffeurs 
sont là. Sans doute, sans doute, et aussi bien voici, tout 
autour de ces lignes qui ne vous convaincront pas de votre 
imprudence, de très jolies images qui vous convaincront 
de l'imagination des modistes et de la Toute-Puissance 
des posticheurs. De vos tresses d'an tan vous ferez 
des chichis. Mais songez, folle, très folle amie, à 
l'inquiétude où cette aventure m'a jeté pour jamais : 
que M 1U Parysis lance aujour- ^^^^^ 

d'hui cette idée, et demain peut- 
être retrouverai-je au fond d'un 
tiroir, pareils à des coquillages 
oubliés par la vague, votre nez 
rose et vos deux roses oreilles. 

Georges- Armand Masson. 





227 



CHEZ LES MAITRES DE LA COUTURE 




Je voudrait exactement le même modèle, tauf que 
j' aimerait qu'on change le col, qu on élargitte les manchet 
et qu'on remplace le littu par du taffetat changeant. 




Comment! vaut me mettez det pointt dur le* hanche*. .. 
Alait tavez-vout que c'est du dernier vulgaire. 



— C'ett pour le soir, F après-midi, le théâtre ? 

— Oh ! c'eil oour faire rager mes amie*. 




Je tient absolument a ce que l'enéemble /harmonise 
avec tiris de met yeux, la longueur de mon angle facial 
et l'ovale de met banchet. Je détire conterver mon genre 
trèt particulier. 




Modèle d'hiver. — Qu'ett-ce que voué ditet de la 
ligne qui patte par l'épaule ? 

— C'etl froid excettivementjroid. 




— Vaut comprenez que dai 
prendre un modèle cher. 

— Mais Madame, 6.000 c'ett déjà un prix. 




»<» UTJtUR>%.3 O^ME. 



Gazette du Bon Ton. — JY° 7 



SeDtemVire 1020. — P 1 ■<% 




LE CHAPEAU EN PORCELAINE 

Modes et Manières de Torquate 



Gazette du Bon Ton. — N° 7 



Septembre 1920. — PL. 49 




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L'HEURE DU THE 



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Manteau Je fourrure, de Jeanne Lanvin 




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LE JARDIN DE L'INFANTE 

jiiobe dû soir, de Paul Perret 



iV 7 'A' ta Gazelle du Bon Ton 



Planche 5 2 




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BROUILLARD 



/¥ 7 & /* Gazette du Bon Ton 



Planche 55 




LES DEUX SŒURS 

iVïantea;u et robe pour le soir, de Béer 



lV° 7 de la Gazelle au Bon Ton 



Planche 54 




LE RETOUR DES AUTANS 

Tailleur et Robe a après-midi, Je Dceuillet 



/ 



la Mode 

pour 1 Automne 1020 



DESSINÉE 

par 

uiméon 



uur les _A/Lodèles Je 
BEER, DOEUILLET, LANVIN 
PAUL POIRET ET WORTH 



Gazette du Bon Ton. — N° 7. — Croquû de XXXIII a XXXVI 



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EXPLICATION DES PLANCHES 

PI. 48. — Voici une cape, double en quelque sorte, dont la partie supérieure est en loutre, 
et l'inférieure en castor. Pas de manches : les bras peuvent se couler dans deux passants. 

PL 49. — " Petit-chapeau-pour-la-promenade-au-bord-de-la-mer ", en porcelaine tendre 
de l'île, décorée au pinceau de jolieâ couleurs vives. Une touffe de fruits et un flot de rubans le 
ferment a ton extrémité, au sommet de la tête; et il ressemble a un pot de fleur renversé l ' ! 
(Description extraite du Messager des Grâceà, Journal des Modes de Torquate). 

PL 5o. — Robe du soir en gaze d'argent, garnie, mélangéeé entre elleô, de roàcà de velours 
et de soie de tond anciens : vieux rouge, vieux bleu, violet, gris. 

PI. 5i. — De Jeanne Lanvin, un grand manteau de bure couleur " tête de nègre ", dont 
la fourrure intérieure et le trèà haut col éonl en hamster. Le chapeau, de forme " arlequin ", est 
en panne noire et la dentelle en " chantilly ". 

PL 52. — Voici une robe du soir, de PaulPoiret. Elle est composée d'un corselet et d'une 
jupe large en satin blanc bordé de satin noir. La jupe s'ouvre sur une gaze blanche; et un nœud 
en ruban de satin noir tombe devant. 

PL 53. — Un tailleur pour la promenade, de Worlh. Il est en duvetine beige et brune; 
la fourrure de la garniture est de ragondin. 

PL 5 4. — Voici, pour le soir, un manteau et une robe, l'un et l'autre de Béer. La robe 
est en velours de soie noir et lamé argent, brodée de motifs de jais, de tubes et de paillettes 
d'argent, ainsi que les panneaux de côté. Le manteau est en velours de soie couleur turquoise. 
Il est pailleté d'argent, de strass et de cabochons de jais. La doublure est de satin gris perle, 
et le col de chinchilla. 

PL 55. — De Dœuillet, une robe d'après-midi et un costume tailleur. La robe est une 
robe-manteau en lainage gris marengo ; elle s'ouvre sur un " écossais " rouge et noir. Le tailleur 
est en velours côtelé beige et est garni de lynx. 

+ 

Croquis xxxm. — Trois robes de Jeanne Lanvin. De gauche a droite : un costume tailleur 
avec un petit paletot en lamé noir, rouge et argent. Le corselet est rouge; la fourrure est en 
renard gris. Puis une robe d'après-midi en velours noir ; " quilles " rouges sur les côtés, broderie 
rouge et bleue aux manches. La robe de droite est une robe-manteau en velours de laine noir. Celle 
de Béer est un tailleur en sergé marine, garni de petit gris. 

Croquis xxxiv. — Trois robes de Worth et une de Béer. Les trois robes de JVorlh sont : 
celle de gauche en serge marine brodée de soulache bleue et de fils d'argent (ruban de faille) ; la 
suivante en lainage noir brodé de laine mousseuse blanche (bordure de lapin blanc); et la dernière, 
a droite, est un costume tailleur en velours de laine vert frangé de rouge. Le tailleur " couturier ", 
de Béer, est en salin et velours " tête de nègre ". 

Croquis xxxv. — Ces deux robes et ce manteau, pour le soir, sont de Dœuillet. A gauche, 
une robe d'une ligne égyptienne ; elle est en lamé or et noir et est garnie de galon incrusté de tur- 
quoises. Puis une robe pailletée et semée de brillants d'argent. Le manteau est en velours et en 
tulle; fourrure au col, et motifs en argent sur le tulle. 

Croquis xxxvi. — Trois robesd" après-midi, de PaulPoiret. De gauche adroile, la première 
en velours noir avec une veste a volants en satin" taupe " ; la seconde en velours rouge et bleu 
marine ; col doublé d'argent et cordelière d'argent ; et la troisième est en velours noir rebrodé de 
cabochons et de perles de jais. 

*J«. *J* Af. *|t *J* *J* *J* »|* *J* »J* *Jt «J» Af- *|» *J» 4f 3f *}s *|» *ft *f» *f>*gi«}«*}t«f«*fijjcjf**fijf»*gtjf*.»j«j^(jft«t» 

Imp. Studium. Marcel Rottembourg, Gérant. 






.OMMAIRE DU NUMÉRO 






jMil-neui-cent-vingt 3 e Année 

VOYAGE AUTOUR DE MON ASSIETTE . . . Georges- Armand MASSON. 

Dessins de Jeanne DUBOUCHET. 

LA FOURRURE DÉGUISÉE Marcel ASTRUC. 

Dessins de Ch. MARTIN. 

MONSIEUR EST-IL RENTRÉ ? (Hors-texte) par BENITO. 

NÉO-HELLÉNISME Robert BURNAND. 

Dessins de Pierre BRISSAUD. 

DEUIL Roger BOUTET DE MONVEL. 

Dessins de Bernard BOUTET DE MONVEL. 

LE DERNIER CARROSSE (Hors-texte). par Bernard BOUTET DE MONVEL. 

INSPIRATIONS ET REFLETS CÉLIO. 

Dessins de MARIO SIMON. 

POUR BERCER VOTRE AMIE AYANT LE CŒUR EN PEINE- 

Dessins de BORELLI-ALACEVICH. Eugène MARSAN. 

" JAMAIS PRÊTES! " ou LE PREMIER ACTE SACRIFIÉ (Hors-texte). 

par CL MARTIN. 

L'HISTOIRE DES FAVORIS Capitaine George CECIL. 

Dessins de Ch. MARTIN. 

VITE ! UNE ÉCHARPE Nicolas BONNECHOSE. 

Dessins de ZINOVIEW. 

PLANCHES HORS-TEXTE 

HINDOUS! AN. — Robe-manteau, de Paul Poiret par Ch. MARTIN . 

ENFIN ! QU'AVEZ-VOUS, CHÈRE AMIE?... ou LES NERFS. 

Robe de dîner, de Worlb par Pierre BRISSAUD. 

LE MIROIR OVALE. — Robe du soir, de Béer. par Jean-Gabriel DOMERGUE. 

LA COIFFURE ESPAGNOLE. — Robe du soir, de DœuUlet. . . par DRIAN. 

" IL N'A PAS PLEURÉ " ou NOTRE DÉFENSEUR DE DEMAIN. 

Robe de style et robe de baptême, de Jeanne Lanvin. par Pierre BRISSAUD. 

TOILES DE TOURNON, LAMPAS, BROCARTS ET BROCATELLES 
(Quatre planches hors-texte) par Raoul DUFY. 



Coiffure par 




EMILE l* 



24-26, Conduit Street 
LONDON W.i. 

398-400, Rue Saint-Honoré 
PARIS 



<S :: Z*C7=&&=&K^<s :: Z*C?&SZ2*(^^ 





oduits du ÏJ 



DARSY : 

54, Faubourg Saint-Honoré, PARIS 
63o, Fifth Avenue, NEW- YORK 

Un sachet du D' D_ys dans votre ablution, matin et soir, donnera 
à votre épiderme, Madame, le beau velouté de la pêche. 

En vente dané toideô leâ bonne,» maûono. 




à* ^fyp^ 



%?Londe! (jt 



*C~# M 



^TT^T/ 




On trouve les modèles des grands couturiers reproduits par cette Gasette 

criez 



E RC I 



3, Princes Street and 240, Oxford Street 
(OXFORD CIRCUS) LONDON W.l. 




LE T I 



I 



FORCÉ 



Ameublements de otyle 

CLez MERCIER Frères 

Tap'uàierà-Décoraleurà 

100, Rue du Faubourg Saint- Antoine :: PARIS 



la A\ode 
masculine 



BARCLAY 

Tailor 

1S &20,J*kseruœ, de /O/^éra 
PARIS 







. .•■■■^■■^ ■■= • ;•/■ 



3 








LA DAME AU MANTEAU DE TAUPE 

Fourrure de ^tf £, L ffi^ 

PARIS **, 4, Rue Sainte- Anne, 4 £? PARIS 




Service de toilette argent guilloché avec bandes or de 



i, Rue de 
la Paix 




PARIS 



&<£. 



BIJOUTERIE — ORFEVRERIE 

LONDRES □ BIARRITZ □ NICE □ MONTE-CARLO 



Verlaine 



© 



ib_, rue Je la x ai 



PARIS 




ses 
apeaux 

sa 
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ZyoàÀJAQK, 



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TÉCLA 



em bellit 
la beauté 





ro 



io ftUÈ DE LA PAIX, PARIS 
7 OLD BOND STREET, LONDRES 
3 9 8 FIFTH AVENUE, NEW -YORK 




die mon assiette 




A vez-vous remarqué comme le mois d'août est agréable en octobre? 
^^ Je ne sais si vous connaissez l'art difficile de prendre le temps quand il 
vient; pour ma part, j'en suis incapable. C'est à la venue de l'automne que 
le printemps m'est le plus doux, et comme ces fruits que l'on met à mûrir 
sur les claies d'un cellier, les plaisirs de l'été n'ont de saveur pour moi 
qu'aux premiers froids. Devant la cheminée où flambe en sifflotant la bûche 
inauguratrice de l'hiver, je perçois enfin le goût des glaces qui fondaient 
dans ma cuiller, il y a deux mois, sous les quinconces de Royan. Et comme 
c'est la rentrée, la période des vacances s'ouvre pour moi. Je vais donc 
partir en voyage. 



229 



Copyright Octobre 1920 by Lucien Vogel. Paru 




Il y a justement devant mes 3^eux 
tout ce qu'il faut pour une expédition 
au long cours. Un navire ? non. 
Simplement quelques plats de faïence 
accrochés au mur, et une assiette de 
vieux Strasbourg qui tourne entre mes 
mains. Rien ne ressemble plus à une 
mappemonde qu'une assiette de faïence. 
Je me rappelle, un jour que j'étais 
dans la lune, et que j'observais de 
là-haut notre globe terrestre, il avait 
tout à fait cette forme et la fraî- 
cheur de coloris de ce paysage céra- 
mique. Cette tache bleue, là, c'était 
l'Océan Indien; ces pétales d'azur, 
les petits chotts débonnaires de je ne 
sais quelle Afrique. 

C'est au cours d'un périple de 
ce genre que je connus combien la 
ligne droite est l'ennemie des poètes, 

\et que le plus court chemin d'un point 
à un autre n'est assurément pas la 
rêverie ; car, pour me rendre de ce 
Nevers à ce Rouen, puis à ce Delft, — le 
triangle de ces trois villes n'occupe pas plus 
d'un mètre de la muraille, — il me fallut 
passer par Ekaterinoslav et le sommet du 
Kilimandjaro, avec un crochet par Florence, 
pour y contempler ce cadran solaire dont 
parle Maeterlinck, «qui ne compte que les 
heures heureuses. » 



z3o 




Trois fois sage ce cadran 
solaire. Mais bien plus sage encore 
celui que me montre mon hôte. 
Un matin, parmi les heures heu- 
reuses dont il tenait fidèlement la 
comptabilité, il s'en trouva une 
plus chargée de joie que les pré- 
cédentes : une heure chaude, blonde 
et sucrée, où tournaient des femmes 
soyeuses, et où toute conscience 
chavirait dans un vertige de soleil, de chair 
et de fleurs. Le cadran philosophe sentit que 
pareille heure ne se pourrait retrouver, et il 
demanda aussitôt à être relevé de ses fonc- 
tions horlogères. Il obtint d'être suspendu 



m 



dans cette salle à manger tranquille, où il cuve pour l'éternité son 
bonheur d'un instant. 

Mais pour moi qui hélas ! ne suis pas de faïence, je ne puis attendre de 
mon destin cette sérénité minérale. Non seulement, comme au Juif Errant, 
il m'est interdit de m' arrêter, mais encore dois-je souffrir d'un défaut de 
concordance entre ma vie et mon désir. L'une court comme une déesse légère ; 
l'autre s'essouffle sans l'atteindre jamais. C'est une grave maladie de l'âme 
que cette sensibilité à retardement. Ce n'est pas à vous, Suzel, que je pense, 
bien que vous soyez peinte sur la naïve vaisselle que voici ; je suis en ce 
moment bien loin de vous, au Château d'Oleron, près d'une de l'an passé 
qui avait un peu votre air de poupée coloriée, et qui est maintenant en 
Pologne. Mais vous aurez votre tour. Vienne, à Pâques ou à la Trinité, 
quelque nouvelle amie, entre ses lèvres et ma bouche vous interposerez votre 
baiser de porcelaine. Et, elle, en voyant que je lui souris, pas un instant ne 
supposera que je la trompe en pensée avec une figure d'assiette peinte. 

Georges-Armand MASSON. 








LA FOURRURE DEGUISEE 




N manteau de chinchilla dans les deux cent 
mille, il peut avoir pour ce prix-là des reflets 
argent, que voulez -vous qu'on fasse d'une 
pareille misère si l'on n'en a pas un second, de 
loutre, et un troisième, de zibeline, pour changer, 
pour voir; et de quel front oseriez-vous, affu- 
blées d'un vêtement aussi peu renouvelé, aborder vos bonnes 
amies : ces juges ? 

Elles auraient vite fait de vous appeler « la mère 
Chinchilla » du nom de votre fourrure unique. « On voit 
bien que vous ne connaissez pas les femmes! » Il vaut mieux, 
plutôt que s'exposer à telles avanies, s'enfermer pendant tout 
l'hiver, voilà tout — si l'on ne peut se montrer habillées 
comme tout le monde. 

Or, voici que les organisatrices de la mode et du goût : 
ces modelidted que vous ignorez et qui, dans l'ombre, travaillent 
pour vous qui portez leurs créations sublimes, voici qu'elles 



2 33 



ont trouvé le moyen de faire trois 
manteaux d'un seul. Oh! rassu- 
rez-vous. Il n'est pas question du 
moyen employé jadis par Saint 
Martin, homme d'intentions pures 
quoiqu'un peu bien fruste (comme 
tous ces premiers chrétiens) et, dans 
tous les cas, déplorable tailleur 
d'habits, pour aller couper un 
manteau du tranchant d'une épée. . . 

Laissons les saints afin qu'ils 
nous laissent. 

Il sera temps de les intéresser 
à nos cas si psychologiques le jour 
où nous de- 





vrons compa- \ 

raître en âmed (car nous sommes 
bonnes chrétiennes, n'est-il pas vrai ?) 
devant eux, et dépourvues 
d'un corps charmant qui 
nous servit, dans ce monde- 
ci, à aplanir bien des diffi- 
cultés de l'existence. Ce 
qu'on vous propose, c'est de 
varier l'aspect de vos manteaux 
de fourrure en les recouvrant de 
chapes et de chasubles, inter- 
changeables et amovibles ; en satin, en 
soie, en mousseline, en tulle, en dentelle 
d'argent ou d'or; brochées, rebrodées 
comme on dit, pailletées ; opaques ou 



234 




transparentes selon leur destination, l'heure du jour ou on 
les revêt, le lieu où l'on se rend et la personne que 1 on va 
voir; ou bien transparentes et opaques à la fois — pour le 
théâtre, alors, la soirée, l'Opéra, et richissimes, dans ce cas, 
byzantines, embellies, fastueuses; nouées au col par une 
cordelière à pompons ou retenues comme les manteaux 
sacerdotaux, sur le devant, par une agrafe d'émeraude... 

... Ouf! Attrapé-je assez bien le style descriptif qui 
convient ? 

Allez donc chez votre couturier, cet homme génial et 
qui a pour vous, positivement, une adoration à cause de 
votre ligne unique et pour votre chic incomparable à porter, 
vivante réclame, les ravissants modèles sortis, telle Pallas, 
tout armés de son cerveau. Votre couturier vous arrangera 




2 35 



cela dans le temps compris entre deux essayages, du mercredi 
au mercredi suivant; et, pour un manteau, par le prestige 
d'une imagination jamais lasse alimentée par la savante ingé- 
niosité des modelidtej filles de son esprit, pour un manteau 
confié, il vous en rendra trois. 

Ainsi la semence symbolique tombée en une bonne terre 
et qui produisit cent pour un, et, aux jours de Tibériade, 
les pains miraculeusement multipliés... (Quels admirables 
exemples, dans l'Evangile !) Et ainsi, aussi, le couteau de 
Jeannot dont l'on changeait tantôt la lame et tantôt le 
manche, mais c'était toujours le même couteau. Multiforme 
sous ses parures différentes, votre manteau sera toujours le 
même manteau. Mais, en marchant vite, qui voulez-vous qui 
s'en aperçoive? Marcel AsTRUC _ 






Pourquoi vivent-ils de la sorte ? Quel intérêt, quel 
dogme, quel idéal les pousse ? Ce n'est pas le 
goût du lucre : s'ils vendent fort cher leurs tapis 
et leurs lainages, il ne semble pas que 
leur confort en soit augmenté et leur 
existence élargie. Hygiène ? Ils habitent 
un local sordide et ramassent sur leurs 
pieds nus, sur leurs jambes, toute la 
boue du quartier. Culte passionné de la 
beauté ? Ils devraient vivre dans l'air 
transparent de l'Orient, dans la lumière 
éternelle, au bord de la mer couleur de 
violette : ils ont choisi, pour prêcher la 
beauté antique, le coin de Paris le plus 
bourgeois, le plus Louis-Philippe, le 
plus province qui soit, à deux pas du 
jardin de Balzac, une rue étroite sans 
cesse ébranlée du tonnerre des autobus. 
Alors, pourquoi ? nul ne le sait, et 



2 o 7 




eux pas plus que les autres. 
Je me suis souvent 
demandé quelles pouvaient 
être leurs impressions, à se 
sentir toujours l'objet de la 
curiosité universelle. Contre 
les vitres de leur atelier, la 
foule s'écrase, du matin au 
soir. Ces pauvres gens ne 
peuvent faire un mouve- 
ment, sans provoquer des 
commentaires. Ils ne pour- 
raient se moucher sans que les badauds s'intéressassent au 

geste, mais, au fond, se mouchent-ils jamais ? 

S'adressent-ils jamais la parole entre eux : on ne peut 

supposer qu'ils parlent français, qu'ils parlent de choses 

banales, que 

la vie exté- 

rieure ait 

sur eux une 

répercussion 

quelconque. 

Nul ne les a 

vus lire un 

journal et la 

seule litté- 
rature qui 

paraisse les 

intéresser est 

celle qu'ils 

produisent, 




2 38 




laquelle est étrangement loin 
de la vie. Ils publient des 
brochures de propagande, 
d'un rythme incertain, et 
groupent un auditoire fer- 
vent autour de la chaire où 
le maître expose la Doc- 
trine. 

Elle s'exprime en 
formules d'un vague majes- 
tueux, en affiches où les mots 
se coupent suivant des 
lois insoupçonnées, en articles où les majuscules abondent. 
Les disciples, vivante expression du Rêve de Beauté, 
filent la laine sur des rouets primitifs. Des femmes aux attraits 
médiocres, des jeunes gens aux cheveux indomptés circulent 

tout le jour 
dans le quar- 
tier, au milieu 
de l'étonne- 
ment indul- 
gent de la 
foule . 

Ils ont l'air, 
dans le petit 
froid du ma- 
tin, de reve- 
nir du bal des 
Quat'z Arts. 
Ils sont inof- 
nrs. fensifsetleurs 




2 3 9 



enfants demi-nus, la tête couverte d'une épaisse toison, 
rappellent les jolis petits sauvages du Jardin d'Acclimatation. 

Je ne sais si leur propagande réussit, mais leur foi est 
touchante, et, dans les pires circonstances, leurs principes ne 
fléchissent qu'à peine. J'ai vu, cet hiver, par un matin glacial, 
une femme âgée, prêtresse de l'Idéal nouveau. Elle portait 
une jaquette de fourrure, un chapeau, une voilette et d'humbles 
gants de filoselle, mais elle étalait orgueilleusement ses genoux 
et ses jambes nues, que mordait la bise. 

Ainsi les demi-dieux ont froid tout comme nous et les 
mortels ne leur montrent pas tout le respect qu'il faudrait. 

Qui n'a pas vu Monsieur Raymond Duncan, lui-même, 
vêtu en berger d'Arcadie, sous une pluie battante, essuyer le 
refus injurieux d'un chauffeur de taxi, ignore la mélancolie 
des choses. 

Robert Burnand. 




rb-si^, <^T5 



240 




DEUIL 



LORSQUE feu M. le duc de Soré tomba malade pour la dernière fois, 
j'ai ouï dire que malgré de vives souffrances, il conserva jusqu'au 
bout la même dignité calme et le même souci des usages. Couché, 
sans force, pouvant à peine s'exprimer, jamais, devant qui que ce fût, il 
ne consentit à paraître autrement que vêtu avec recherche et coiffé 
ainsi qu'à l'ordinaire. Le jour qu'il mourût, son valet de chambre vint 
remplir auprès de lui ses fonctions habituelles ; ensuite on ouvrit les portes 
de sa chambre, ses enfants furent admis à son chevet et, leur ayant fait 
ses adieux, l'âme en repos, il rendit le dernier soupir. 

L'exemple ne manque pas de grandeur et mérite qu'on s'en souvienne. 
Il est rare, il est difficile de donner chaque jour les témoignages d'une 
politesse égale et sûre ; il est plus difficile encore et plus beau de garder 
l'attitude voulue aux heures critiques de l'existence. L'enseignement est là 
pour ceux qui restent, et aussi l'obligation où ils se trouvent de rendre aux 
morts les devoirs qui leur sont dus. 

Ces devoirs, on les connaît, au moins dans leurs grandes lignes, chacun 
s' autorisant de nos jours à les modifier un peu à sa guise. Rien cependant 
de plus contraire aux usages, la règle étant sur ce chapitre fort précise et 
fort stricte. Nous avons en France deux espèces de deuil, le grand et le 
petit, le premier en mémoire des parents, grands-parents, époux, frères et 



241 



sœurs, le second en mémoire des oncles, tantes, cousins germains, oncles à 
la mode de Bretagne et cousins issus de germains. La durée du deuil 
varie suivant le degré de parenté. Pour père et mère, six mois ; pour grand-père 
et grand'mère, quatre mois et demi; pour un mari, un an et six semaines; 
pour une femme, six mois; pour frère et soeur, deux mois. Telle est la 
coutume, la tradition véritable, et nous sommes loin de compte avec les 
fantaisies auxquelles on nous habitue depuis une trentaine d'années. Pour 
les deuils ordinaires ou petits deuils la durée non plus n'est pas la même : 
trois semaines pour les oncles et tantes, quinze jours pour les cousins 
germains, onze pour les oncles à la mode de Bretagne et huit pour les 
cousins issus de germains. J'ajoute que les grands deuils se partagent en 
trois temps : i° la laine et le crêpe noir; 2 la soie, le taffetas, les pierres 
sombres; 3° le crêpe blanc, les diamants ou les perles. Enfin ces trois 
périodes varient elles-mêmes suivant les cas. Ainsi pour les pères et mères, 
le premier temps dure six semaines, le second six semaines encore, le 
troisième trois mois. Par ailleurs il est bien spécifié qu'une veuve doit se 
consacrer au blanc uni lorsqu'elle touche au terme de son deuil. 





Nulle part il n'est fait mention des enfants. Chez nous l'usage interdisait 
qu'on portât le deuil de ses descendants. Jamais, pour un fils ou petit-fils, 
le Roi ne se mit en violet, et lors de la catastrophe du bazar de la Charité, 
je me rappelle que certains vieillards hésitèrent à se vêtir en noir, tant 
l'ancienne étiquette avait encore d'influence. De même il n'était point de 
mise que sur les faire-part figurassent au grand complet les membres de la 
famille ■ — • on ne citait que les proches • — ni que les femmes assistassent 
aux cérémonies à l'église. Sur ces deux points la coutume persiste. En 1912, 
il n'y eut que des hommes aux funérailles de la duchesse de Cars. Une 
messe fut dite pour les femmes à la chapelle des catéchismes. Il est vrai 
que, depuis, l'étiquette a perdu de sa rigueur et qu'à l'enterrement Dufort- 
Civrac, ainsi qu'à beaucoup d'autres, l'élément féminin ne laissa pas d'être 
fort nombreux. Je gagerais néanmoins qu'une dame de la société comme la 
marquise de Lévis-Mirepoix n'a jamais, de son existence, été présente à 
une cérémonie où figurât le corps du défunt. 

Messes des morts, messes de bout de l'an, messes pour le repos des 
âmes, la guerre sur ce chapitre ne nous a rien épargné. Nous avons eu 





même une messe glorieuse, dite pour François de Mortemart, prince de 
Tonnay- Charente, lequel, avant de mourir, s'était battu courageusement. 
Ce jour-là, les suisses revêtirent leurs habits les plus éclatants, l'église fut 
ornée de draperies fastueuses et les chœurs entonnèrent des chants d'allé- 
gresse. Il ne s'agissait point de verser des pleurs, mais de glorifier un héros. 

Peu à peu, cependant, il semble que les choses tendent vers plus de 
discrétion et de simplicité. L'impératrice Eugénie n'avait-elle point demandé 
qu'on n'apportât sur son cercueil ni fleurs ni couronnes ? L'on respecta ce 
vœu; mais, à défaut de couronnes, S. M. Alphonse XIII ordonna qu'on 
lui rendît les honneurs dus aux souverains. Députés de la Grandesse, de la 
Noblesse et du Clergé, courriers royaux à cheval et tête découverte, 
précédant fifres et cymbaliers, moines de toutes les confréries tenant en 
mains des flambeaux de cire vierge allumés, accompagnèrent la dépouille 
mortelle, cependant que de minute en minute retentissaient les salves 
d'artillerie. 

Le soir d'un enterrement du même genre qui eut lieu à Saint-Denis, le 
dernier, — je veux parler des funérailles de Louis XVIII — Charles X 
fit venir le grand maître des cérémonies et daigna le complimenter. Celui-ci 
prit un air modeste : "Sire, dit-il, nous tâcherons de mieux faire la 
prochaine fois." A quoi, souriant et bonhomme, le monarque répondit : 
"C'est bien, c'est très bien; mais ne vous pressez pas." 

Roger BOUTET DE MONVEL. 




M4 






INSPIRATIONS ET REFLETS 

LA femme — son sein a la forme d'une coupe, d'un dôme ; 
évoque, avec eux, l'idée de joie et d'orgueilleuse 
splendeur... La ligne de l'ampliore, qui résume tout un 
ordre de beauté et d'harmonie où entrent la courbe baignée 
des rivages, la croupe onduleuse des monts et les sinuosités 
douces des longs fleuves, la ligne de l'amphore et celle de 
sa hanche c'est la même ligne. 



245 






LES senteurs, haleine suave ou profonde de la nature, elle 
les porte. . . Joyeuse, elle porte dans sa chevelure l'arôme 
des forêts, et, pour peu qu'on s'y enfonce, leur nuit, leur 
vaste goût de sève, de bête, de terre. Les places de son 
corps sentent les plantes chaudes des serres, l'exotisme, les 
là-bas vers quoi l'on vogue, près d'elle, yeux fermés et 
narines gonflées comme des voiles, sur un navire immobile 
qui se nomme : lit. 



246 









ARRACHANT les couleurs autour d'elle comme on cueille les 
fleurs d'un parterre, elle les met dans ses habillements 
divins pour rappeler tour à tour les paysages colorés des patries 
baignées de lumière, les teintes des jardins septentrionaux, et 
les tons émouvants de toutes les moissons de la terre. Les 
formes les plus belles, les plus doux spectacles, elle prend là 
un reflet, ici une inspiration, et porte en elle un rappel 
de toutes les manifestations de l'universelle beauté ! 



247 






CAR « elle n'est pas la beauté du monde et tout ce qui 
l'approche ne s'orne pas des reflets de sa grâce » mais c'est 
elle, au contraire, qui est le reflet de la beauté du monde. 
C est en elle que la Nature (comme jadis la Divinité en un 
Homme) a mis toutes ses joies, pour qu'elle les porte, vivant 
symbole, comme une amphore, une corbeille et une coupe... 
— Qu'avez-vous bu ce soir?... et d'où vous vient, mon 
cher, ce lyrisme inattendu. CÉLIO. 



248 




POUR BERCER 




VOTRE AMIE 
AYANT £f^ ; : 

LE CŒUR 
EN PEINE 



=^ 



IS 




IL y a des instants qu'une jolie femme cesse de se plaire. 
Indifférente à la musique des couleurs et des lignes, elle 
soupire (ô tendre sein!) et le songe de la vie n'a plus de 
charme. C'est le plus souvent quand elle n'aime plus, ou 
c'est quand elle n'aime pas encore. Ainsi, l'autre matin, mon 
amie; et sage comme elle est, je veux dire intelligente, elle 
n'a pas accusé le temps sombre, mais sa propre misère, 

guignon. 

trez, lui dis-je, une 
joue sous le vert, 
triste. Lorsque 
deux ou trois mi- 
plus question de 
vous rirez, 
elle, avec un air 
quelle robe me 
verrez-vous tou- 
fille ? Il n'y a 
n'aie, et dont je 
tant lasse. Vous 



son humeur et son 

— Vous met 
robe où le noir 
pareille à une eau 
vous aurez salué 
roirs, il ne sera 
rien. Et même 

— Oh ! fit- 
de bouderie, 
plairait et me 
jours si petite 
plus rien que je 
ne sois pour 




M9 



comprenez que c'est comme si je n'avais rien. 
Et moi : 

— Voilà des sentiments, un jour qu'il 
fera gris, que vous devrez porter sur l'or- 
gueilleuse tombe de Chateaubriand (c'est 
non loin de Dinard), avec un bou- 
quet. M.ais aussi vous m'étonnez. 
Car je comprends que nos mères 
fussent de temps à autre fatiguées 
de leur costume, trop uniforme. Je 
me souviens que, petit garçon, il 
fallut une année que les dames portassent une 

jaquette beige, à 
boutons de nacre : 
là-dessus une pe- 
tite capote en 
violettes. Une 





que vous eussiez 

vue, vous les aviez vues toutes, ou 
c'est du moins ce que nous nous 
figurons, à travers la brume du sou- 
venir. Mais vous, nos contemporai- 
nes? Ah! ne soyez pas ingrate. Vous 
n'avez qu'à trouver, comme les poè- 
tes. Il vous suffit de vous connaître, 
et d'inventer ce qu'il vous faut; ce 
qui convient à la courbe de votre 
visage, à la nuance de votre teint, aux grâces, 
comme elles sont, de votre corps, soit qu'il ait 
forme quasi de déesse soit qu'il veuille plier 
comme une tige. Les belles filles que Maupassant 



a5o 



rf^ 



aimait, à taille fine et beau corset, ont été détrônées par des 
princesses nées dans l'esprit de Gabriel Rossetti. Puis nous 
avons permis à la beauté de régner, quel que fût son type, 
mais a son degré de perfection. 

Goûtez donc votre bonheur ! Sachez donc vous ingénier ! 
La jeune femme que le gazon de Chantilly verrait sous le 
chapeau haut de forme, paille ou castor, de la coiuitry girl, 
dans le tableau de Reynolds, croyez-vous pas que nous 
l'adorerions ? Elle aurait le visage assez plein, un air de gaîté, 
des roses naturelles à ses joues qui ne seraient pas si pâles, 
ce n'est plus ce qui nous effarouche. Et 
la dame qui, dans la salle d'un château, 
ferait admirer, avec de bouffantes 



mousselines, un cor- 
sage rond sur la gorge, 
et, sur la taille en 
pointe, la manche à mi-bras ? 

— Moi, je suis mince... 

— Et le visage : une 
rose froissée. Comme une 
femme, je sais (puisque 
vous y tenez) qui aurait 
quitté sa fresque du quat- 
trocento pour les préaux 
du lieutenant Hébert. Et 
que ne portez-vous donc 
le chaperon qu'on voit à 
l'un des archanges accom- 
pagnant Tobie, turban 
rebrodé où disparaîtrait ce 



flot de vos cheveux ? Que 




#fi-a 



ne posez-vous sur ce même or le bonnet à deux 
pièces de la Simonetta (dont vous n'avez pas le 
long nez) en l'égayant à plaisir d'une branchette 
fleurie, ou d'un rameau, pour ressembler à quelque 
Minerve de la première Renaissance, 
l'œil troublé? Que ne faites-vous des- 
cendre sur une jupe de châtelaine des 
manches carrées, une traîne de gaze ? 
Ou bien que ne désirez-vous une robe 
lilas, avec des bijoux verts, et toute 
godronnée, celle que je vois à la prin- 
cesse de mon en- 
fance, qui fut obli- 
gée de coucher 
dans le lit d'un chevalier? 
Mais, loyal serviteur, il mit 
entre sa Dame et lui son 
épée. Je le ferais aussi, 
pour vous voir dormir. 

Eugène Marsan. 





•24VCL 



a5a 




L'HISTOIRE DES FAVORIS 



Quoique les "élégants" Parisiens (étant satisfaits de porter la barbe, 
la moustache, ou d'être tous rasés,) n'ont pas envie de se faire pousser 
des favoris, à Londres quelques jeunes hommes chic ont eu l'idée de 
ressusciter la mode d'autrefois. Naturellement, ces arbitres ne sont pas des 
officiers de terre ; car bien que les favoris soient admis dans la marine royale, 
ils sont tabou dans l'armée. En effet, le téméraire lieutenant qui offenserait 
l'opinion régimentaire serait obligé de passer devant un soi-disant conseil de 
guerre convoqué par ses camarades — et avec un résultat toujours désagréable 
pour le délinquant. En général, les dandi.ee qui cherchent à dicter le faàhion 
ne sont que des personnes qui ont des cerveaux médiocres, trop de loisirs, 
et, peut-être, trop d'argent... " Il faut que je m'intéresse à quelque chose, " 
a dit récemment un de ces enfants gâtés; "je déterrerai donc les favoris de 
mon bisaïeul et je serai remarqué par tout le monde... " C'est vrai qu'il est 
remarqué ; mais tout le monde se moque de lui... 

Par conséquent, il n'y a qu'une petite coterie londonienne qui décore 
ses jeunes joues. Les autres considèrent les favoris comme un ornement bien 
superflu — et pas très joli... A Paris la jeunesse dorée préfère de raser 
ses joues... 



2 53 



" COUPEZ VOTRE LIERRE " 

Et quelle est l'histoire de cet embellissement hérissé, dont les 
jeunes Parisiens élégants se méfient ? Quelle est l'origine de ce 
bouquet de poils? Hélas! ses premiers jours sont perdus dans 
les brouillards de l'antiquité. Selon les Anglais, il n'y a rien sous 
le soleil brillant qui ne se retrouve dans la Bible ou dans les 
comédies de Shakespeare; mais les archives du passé ne nous 
donnent aucun renseignement. Ce qui est certain, c'est que sous 
Napoléon I" les favoris florissaient; à cette époque il était de 
mode de les avoir tout courts, pas plus longs que le petit doigt. 
Plus tard, ils commençaient à couvrir la figure comme le lierre 
cache un mur. Vers 1840, en Angleterre, une grosse paire de favoris 
à la côtelette de mouton était considérée comme preuve de la 
respectabilité : ils étaient l'orgueil d'un bon père de famille et des 
prêtres anglicans. Les officiers des régiments de la Garde étaient 
fiers de leurs appendices, auxquels le grand Dorsay avait donné 
son cachet spécial. Cependant les gamins et les personnes vulgaires 
manquaient de respect pour la côtelette de poil. Ils avaient même 
la mauvaise habitude de crier : "Coupez votre lierre, Monsieur," 
quand ils voyaient des favoris de nobles proportions. Les 
imperturbables fashionables, calmes et flegmatiques, ne disaient 
rien; ils continuaient leur promenade en caressant les whiàkeré adorés. 

Tenez; il y eut une exception. Le jour où la belle comtesse 

Blessington dé- 
clara être éprise 
du beau Dorsay, 
le fameux protec- 
teur des modes 
masculines se 
permit de ré- 
pondre à un 
individu qui 
avait oublié de 
se débarbouil- 
ler, et qui lui 
adressait le 
conseil courant : 
"Mon bonhomme, 







254 





aussitôt que vous aurez lavé vos mains je vous accorderai l'honneur 
de faire disparaître mon lierre. "Ajoutons que ce prince des 
arbitres, sur le point de mourir dans la misère, s'enorgueil- 
lissait de ses volumineux trésors. " Mon cher Dorsay ", lui 
demandait un fidèle compagnon, " comment se trouve-t-il que 
vous soyez dans si pitoyable état ? Votre belle fortune, que devient- 
elle? " — "Ma fortune, cher ami? Le jeu l'a mangée. Mais un 
homme chic n'a pas tout perdu quand il lui reste des favoris sans 
pareils. " Quel brave esprit... 

Avant que Dorsay illuminât l'horizon des élégances, ce fut 
" Beau " Brummel, aventurier très protégé de George IV d'An- 
gleterre, qui approuva les favoris, les siens étant couleur de 
sable, et bien minces. George, qui était fort jaloux de " Beau ", le 
bannit de la cour, et le pauvre exilé passa ses derniers jours à 
Caen, où il était consul britannique. Comme Dorsay, dans 
son malheur il se consolait avec ses poils rouges. 

LES FAVORIS D'OFFENBACH 

Vingt ans plus tard, celui qui pouvait montrer au monde 
admiratifles favoris les plus longs était un centre d'attraction. Il 
était au mieux avec les femmes... " Ce jeune vicomte, qu'il est 
beau!" — "Comment dites-vous? 11 est pâle 'comme la farine; 
son nez est trop retroussé; et il se courbe horriblement! Vrai- 
ment vous ne 
voyez pas très 
clair, ma chère." 
— " Oh, mais 
ses favoris, si 
fins, si longs — 
presque un demi- 
mètre ! Il n'en 
existe pas de 
pareils ..." Même 
les clubmen fai- 
saient de la 
réclame pour 
l'heureuxporteur 
de ces appendices 




255 



qui ressemblaient à l'aileron du requin, et qui, par leur longueur, enlaidis- 
saient leur fier propriétaire — pendant qu'ils volaient au vent... " Est-ce 
qu'on l'admettra comme membre du Cercle? " — " Mais, sans doute. Avec 
les plus jolis favoris de Paris, il n'a qu'à le demander au comité pour 
être nommé. C'est sûr... 

Qui a eu l'honneur d'introduire en France ce séduisant embellissement ? 
Quelques gentilshommes de bon ton se sont attribué cette distinction. Mais 
c'est Offenbach, le compositeur prolifique, qui fut un des premiers à faire 
parade de favoris immenses et pointus dans les rues de la ville où sa musique 
étincelante faisait fureur. Tout le monde se rappelle les airs gais d'Offenbach; 
et tout le monde a oublié l'autre agrément du séduisant Viennois. 

LES FAVORIS A LA VIRGULE INVERTIE 

Aujourd'hui, on voit les favoris courts et modestes en Espagne, étant 
favorisés par les grands de Madrid et de Séville. Dans le pays des toreros 
rien ne change. Le dicton national est " inanana " ; la mode est celle d'hier et 
d'avant-hiera^ injînitum, car les petits favoris noirs restent toujours les mêmes. 
Les autres races continentales ont été moins partisans des " poils de 
figure ": un pouce, deux pouces, deux pouces et demi... Les Hindous aiment 
bien des grands ornements buissonneux et bouclés, qui leur viennent de 
leurs aïeux... L'Afghan, au contraire, se contente d'une modeste collection 
de poils qui rappellent une virgule invertie. 

Le Parisien qui a envie de lancer une mode nouvelle n'a qu'à suivre 
l'Afghan. Je suis convaincu qu'il ferait sensation dans les dancincjé... 

Capitaine George CECIL. 




2 56 




Vite ! 



une 



Eck 



ar 




îfjj ÉPHISE s'en va-t-elle au bal, à l'Opéra, dîner 
en ville, elle s'avise qu'elle est nue. Vite, une 
écharpe, et la voilà décente. Au moins pour 
quitter de chez elle ; car, à la réflexion, — dans 
la voiture ou au vestiaire, n'est-ce pas? — il sera 

grand temps de changer d'avis. Caries robes 

de nos madames, c'est comme la culotte à 

Gros- Jean : suffit qu'elle ait poche et 

ceinture, le fond peut bâiller, il n'importe. 

Pour les robes, un demi-panier, et deux 

ronflonflons ; et deux rubans pour le corsage. 

" Et vous n'aurez pas froid, si peu vêtue?" 

Mais l'autre, comme cette charmante 

Pauline Borghèse qui posait sans voile chez 

25y 





Canova : " Quoi donc ? n'est-ce pas 
chaufîé ? " 

D'ailleurs, elle a son écharpe. 
L'écharpe n'est qu'un ornement; 
mais cet ornement sert à tout. Coiffure 
pour l'auto, châle contre les courants 
d'air, tour de cou, ceinture, bonnet — 
blouse au besoin ; et quel jeu 
ravissant, du bout des doigts, 
avec le gland qui la termine, 
tandis que, dans l'indécision, 
Glycère écoute, l'œil baissé, 
dans une embrasure, les 
^^^^ tendres propos 
d'un ami pres- 
sant ! Car les dames ont bien de la chance, qui 
ont toujours pour occuper leurs mains oisives, 
un mouchoir ou un éventail, un sac, un carnet 
de bal, un bouquet, ou le bout 
d'une écharpe... Au lieu que 
nous, que faire de nos mains 
inutiles, sauf à les mettre dans 
nos poches ? 

. . . Phillis, qui lit par dessus 
mon épaule, hausse les siennes, 
et trouve oiseux ce bavardage : 
" D'abord, vous n'y entendez 
rien, mon pauvre Nicolas. Et 
si vous croyez que vos lectrices 
seront bien avancées, après 
vous avoir lu..." — " Voulez- 



2 58 





Elle sera large, 
longue, et d'une par 
nouée autour de la 
ront flotter sur les 



vous ma place, 
Phillis ? qu'y diriez - 
vous, je vous prie?" 
— Je n'irais pas 
par quatre chemins, 
Nicolas. Je dirais 
simplement ceci : 
"Cette année, on 
portera l'écharpe. 
sinueuse, à grands plis, 
faite souplesse, telle que, 
taille, les extrémités en pour- 
bras, s'enrouler même autour 



du cou, un pan vous recouvrant la tête. 
Ou bien on se la jettera sur les épaules, à 
la façon d'un châle. On la choisira dans 
les tissus les plus divers, la soie, le tulle, 
la mousseline, le velours ou la laine, en 
fourrure ou en effilés. 

" Elle sera lamée d'or ou d'argent, bro- 
chée, unie, peinte ou 
brodée de perles, d'oi- 
seaux, de fleurs, de 
personnages, garnie de 
singe ou de plumes 
d'autruche, terminée de 
pompons et de glands. 
On la voudra en har- 
monie avec la robe et la 
coiffure, ou bien toute 
blanche — ou dans les 




tons les plus nouveaux : soufre, citron, vert poison, rouille 
ou cornaline. Elle sera bonne pour la ville et la soirée, le bal, 
la promenade et la ruelle, pour l'intérieur ou le grand air. 
Enfin on s'en servira comme bon semblera, pourvu qu'on s'en 
serve. Ainsi le veut la mode. Un point." 

— C'est tout, Phillis? 

Mais Phillis, occupée à sertir ses ongles, ne répondit 
qu'un peu plus tard à ma question. 

— Bien sûr, c'est tout, dit-elle. 
Puis : 

— C'est étonnant comme les hommes montrent peu 
d'imagination, quand il s'agit de choses sérieuses. 

Nicolas BONNECHOSE. 





EST -IL RENTRE? 

Robe d'après-midi en " Kaska " et " Djersador " r de Rodier 




LE DERNIER CARROSSE 




" JAMAIS PRÊTES! " 



LE PREMIER ACTE SACRIFIE 

Robes de ckez soi, Je Becker et fils 







H1NDOUSTAN 

Lobe-ineinteaLï, de Paul Poirer 



N° S' de la Gazette du Bon Ton 



Flanche 59 




@ 



ENFIN ! QIJ'AVEZ-VOUS. CHÈRE AMIE ?. 



LES NERFS 

Robe de dîners, de WortL 
N° S de la Gazette du Bon Ton 



Planche 60 




<s 



LE MIROIR OVALE 

Roibe du soir, de Béer 



iV° S de la Gazelle du Bon Ton 



Planche 6j 




LA COIFFURE ESPAGNOLE 



Lobe du soir, de Ijœuîlleé 




"IL N'A PAS PLEURE 



NOTRE DEFENSEUR DE DEMAIN 

Robe de style et rooe de baptême, Je Jeanne JL&nvin 



TOILES de TOURNON 
PAS, BROCAR 

ET 

C AT ELLES 



DESSINÉS PAR 
RAOUL DUFY 
EXÉCUTÉS PAR 
BIANCHINI 
ET FÉRIER 



@> 



%+♦*** 



© 






Gazette du Bon Ton. 



N° S. 



Planchée de XXXVII a XL 




LE TENNIS " 



Toile de Tournon 




LONGCHAMP 



3>i'Ocart 




PEGASE " 

Brocart 




LES FRUITS " 

Broca telle 




LA JUNGLE 



La 



rpas 




LES ARUMS 

Toile cle Tournon 



s* 



4* 4* 4» 

PI. 56. — Robe d'aprèd-midi en " Kadha " et en " Djerdador d'Idpahal ", tiàdud de RodUr. 
Le col et led manchette*) dont en " Pelidda " , imitation de fourrure en éoie végétale 

4- 

PI. 57. — Le dernier Carrosse. 



PI. 58. ■ — ■ Une robe de " chez doi " en velourd " chiffon " garnie de broderie de laine 
dite " Ghiorde " . Et une robe de repod en velourd " chiffon ".' — ■ Afodèled de Becker et fit). 



PI. 5g. — Voici, de Paul Poiret, une robe en velourà frappé marron et or ; fourrure de 
panthère. Le manteau eôt en peluche couleur marron, avec une ceinture de cuir marron et or. 

4* 

PI. 60. — Cette robe de dînera, de W^orth, eôt composée d'un fourreau de éatin noir bordé de 
ruban bleu " Natlier " et voilé de tulle noir. La ceinture edl de roded dégradées piquécà dur un 
ruban noir. 

4- 

PI. 61 . — De Béer, une robe du éoir en velourà noir, garnie de diamant et de jaià, dur un 
fond de lamé d' argent. 

4- 

PI. 62. — Robe du doir, de Dœuillet, en velourd noir. Led pand dont doubléd d'argent. Une 
dorle de pompon en plumed d'autruche, a hauteur de la ceinture, tombe dur le côté. 

4* 

PI. 63. — Une robe de dtyle tout en tulle brodé de pelitd deddind d'argent. A la ceinture, 
une cocarde de peliteà roded d'oïl d'échappé un flot de ruban rode qui dépadde un peu le bad de la 
jupe. Cette robe, de Jeanne Lanvin, fut portée a l'Olympia, par Aime René Fauchoid. 

4* 

Planches de xxxvn à xl. — Etoffée d' ameublement dedôinéed par Raoul Dufy et exéculéed 
par Bianchini et Férier : Planche xxxvn. " Longchamp " (brocart). — xxxvin. " Pégase " 
( brocart). — xxxix. " Les Fruits " (brocalelle) . — xl. " La Jungle " (lampaâ). 

*:<*x|*»jc^^^^^*|c.»^^^^^*;^^*|**^*j*^*^4 

Imp, Studium. Marcel Rollembourg , Gérant. 



SOMMAIRE DU NUMERO 9 



jM.il-neuI-cent-vingt 3 e Année 

PRONOSTICS Jean-Louis VAUDOYER. 

Dessin de MARIO SIMON. 

PLUMAGES Nicolas BONNECHOSE. 

Dessins de BENITO. 

GÉOGRAPHIE VESTIMENTAIRE Georges-Armand MASSON. 

Dessins de L'HOM. 

...MON ENFANT, MA SŒUR... (Horé-t'exle) . ........ par L'HOM. 

VERSAILLES QUI DORT . . Marcel DUMINY. 

Dessins de LABOUREUR. 

EN PARTIE DOUBLE. . . . Hervé LAUWICK. 

Dessins de ZYG-BRUNNER. 

LES NEIGES (Hors-texte) ± . ', ..par. Maurice LEROY- 

LA MODERNE HÉLOISE OU LETTRES DE DEUX AMANTS 
HABITANS UN VILLAGE AU PIED DES ALPES 
(A L'OCCASION DES SPORTS D'HIVER). ... Gérard BAUËR. 

Dessins de Marcelle PICHON. 

DE QUELQUES ATTRIBUTS MASCULINS. Roger BOUTET DE MONVEL. 

Dessins de Bernard BOUTET DE MONVEL. 

" MAITRE... EL RELICARIO ? " (.Boln hors-texte) par SIMEON. 

A PROPOS DE BOTTES... ET DE GANTS . . . LOUIS LÉON-MARTIN. 

- 
PLANCHES HORS-TEXTE 

LA FEMME A L'ÉVENTAIL. — Robe du éoîr, de JTortb .... par DRIAN. 

LA PROMENADE A MONTMARTRE. — Etuzmble, de Béer. par Ch. MARTIN, 

LES EMBARRAS DE PARIS. — Costume tailleur, de Dœuillet. 

par André MARTY^ 

SI ON RENTRAIT GOUTER! — Tailleur et robe* d'enfanté, de Jeanne Lanvin. 

par Pierre BRISSAUD. 

]£'HEURE DU RENDEZ-VOUS. — Manteau d'après-midi, de Paul Poiret. 
! par IACOVLEFR 

<JNE SALLE DE BAINS ET DEUX PAGES DE CROQUIS* (Quatre, 
U i planches en fithograpbie hors-texte). .......... par RUHLMANN. 

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JUSTE Percier, " homme d'un certain âge ", personne ne le 
connaît à Paris. Il y demeure cependant depuis bientôt un 

demi-siècle, et ses parents, ses grands-parents y demeu- 
raient aussi. Les quelques gens qui le fréquentent ont, pour 
lui, à la fois de l'amitié et une sorte de vénération. En prin- 
cipe, il vend, dans le quartier du Temple, du papier peint; et 
il ressemble à un petit notaire pour familles obscures. Mais 
vous l'avez croisé vingt fois sans le remarquer : Juste Percier, 
avec une obstination modeste, suit fidèlement les ventes à 
l'Hôtel et chez Georges Petit; toutes les expositions, tous 
les concerts, et il connaît les livres d'hier, d'aujourd'hui et 
de demain. 

Juste est le type de l'Amateur, celui qui " ne se pique 
de rien " et qui connaît tout. Ce petit personnage, dont vous 

261 



Copyright Novembre 1920 by Lucien Vogel. Paru 



(liriez, à le voir, qu'il est expéditionnaire à la Préfecture ou 
scribe dans quelque administration, est cependant l'homme 
qui, depuis plus de vingt ans, a suggéré, préparé, prédit, à 
Paris, toutes les modes de l'esprit et du goût. 

Tout ce qu'un petit groupe de gens " avertis " offre chaque 
année à l'appréciation aveugle et soumise des " snobs ", 
Juste Percier l'aimait, le dégustait avant que personne (ou 
presque) en parlât. 

Vous êtes trop jeune, Madame, pour soupçonner qu'il 
y a eu une époque où les mobiliers n'étaient pas Louis XVI ; 
trop jeune même pour vous souvenir du temps où l'on ne 
trouvait pas chez tous les tapissiers et chez tous les anti- 
quaires des laques de Coromandel et des miniatures 
persanes, des peintures chinoises et des pots coréens. 
Eh bien, j'exagère peu si je dis que, sans l'humble Juste, 
le style Louis XVI en 1890, et l'Extrême-Orient, aux 
environs de 1910, eussent connu de moins retentissantes 
destinées. 

Dans le petit groupe qui l'entoure, les uns sont ses amis, 
les autres ses exploiteurs. Ces exploiteurs (sont-ils une 
douzaine ?), lancent " dans la société parisienne " les goûts 
nouveaux. Ces arbitres prennent leur mot d'ordre dans un 
petit café caché dans l'ombre de Saint-Nicolas-des-Champs, 
où Juste, chaque jour, va boire, avant le dîner, un verre d'un 
certain Madère qui s'appelle, là, le " Madère de Mon- 
sieur Juste ". C'est un Madère excellent. 

Autour de ce Madère, avant la guerre, Juste a parlé 
pour la première fois, un soir de printemps, de Nicolas Pous- 
sin et de Piranèse. Et vous savez, n'est-ce pas, que les " gens 
du monde " font maintenant profession d'aimer Piranèse et 



Nicolas Poussin. Presque en même temps, il célébra les 
beautés délicates et riantes de ces meubles peints que l'on 
fit beaucoup à Venise, lorsque Goldoni et Casanova y 
vivaient. Or, vous n'gnorez point que ces meubles, qui valaient 
jadis cinq ou dix louis dans les petites boutiques sans nom 
de Venise, sont actuellement hors de prix (et généralement 
modernes) dans les palais du Grand-Canal où les fastueux 
antiquaires soudoient ou chagrinent les fantômes. 

De qui parle, en ce moment, Rue Gridaine, le subtil 
Juste Percier? 

Vous saurez avant tout le monde, Madame, que Percier, 
pour l'heure, s'occupe presque seulement de musique. 
D'abord, son vieil amour pour Mozart est en recrudescence. 
Et vous allez assister à un regain de Mozart, n'en doutez pas. 
On va aimer Don Juan, plus que la Tétralogie (si "démodée"); 
et toute la musique de chambre de Mozart va être préférée 
aux quatuors de Beethoven eux-mêmes. Si le quatuor Poulet 
veut faire, pour le " dieu de Salzbourg ", ce que le quatuor 
Capet a si bien fait pour le " titan de Bonn ", la fortune de 
cet excellent quatuor est assurée. 

Mais, cette mode mozartienne, on pouvait à demi la 
deviner, l'an dernier déjà. Juste Percier, sachez-le, égale à 
Mozart le Cimarosa du JUatrimonio Segreto, et parle, à propos 
de ce musicien, d'un " Ariel latin ". Enfin, l'autre jour, Juste 
a négligemment raconté qu'il venait de découvrir la JUcddt 
du Sacre àe Cherubini. Madame, quand vous entendrez parler 
de Cherubini, demain, n'ayez pas l'air trop étonnée. Il ne 
s'agira pas d'un nouveau restaurateur italien, ou, plutôt, d'un 
nouveau "traiteur" (il n'y a plus de restaurateurs, il y a des 
"traiteurs"). Cherubini est un musicien oublié qui fut, voici 
cent ans, très célèbre et très honoré. Il y a un portrait de 

265 



lui, au Louvre, par Ingres : Ce vieux monsieur si triste, qui 
a derrière lui une Muse qui fait semblant de lui enlever sa 
moumoutte "... 

En peinture, je vous annonce que d'ici dix-huit mois 
Cabanel et Baudry auront du talent. Il paraît qu'il y a des 
portraits de femmes, par Cabanel, qui sont aussi beaux que 
des Bronzino; quant à Baudry, nous eûmes tout à fait tort, 
dit Juste Percier, jusqu'à présent, de ne pas quitter notre 
loge, à l'Opéra, pour aller lever le nez dans le foyer de 
ce théâtre, et dont le plafond n'est pas plus mal que certains 
plafonds que Véronèse, en Italie, fit peindre par ses élèves. 

Les antennes littéraires de Juste Percier ne sont pas 
moins sensibles et délicates que ses antennes artistiques. 
Ce vieil amateur, qui a été le premier, jadis, à parler de 
Marceline Desbordes- Valmore et de Gobineau, s'intéresse 
tout particulièrement, aujourd'hui, aux vers de Vauquelin de 
La Fresnaye, poëte du temps de Henri III, qu'il faudra 
prochainement, Madame, que vous n'ignoriez plus. Pro- 
chainement aussi, vous apprendrez que Théodore de Banville 
a écrit une prose admirable, (et vous aurez les Lettres Chimé- 
rique*) de ce dernier sur votre table. Enfin, je signale à votre 
curiosité le conteur P.-J. Stahl, dont Percier a dit qu'il avait 
autant d'esprit que Musset et que Heine, ses contem- 
porains. 

Notre souhait serait que Juste Percier collaborât à 
cette Gazette. Il écrit bien. Il y a eu, sur votre table, 
naguère, un livre un moment fameux, et d'un écrivain qui, 
depuis, n'a pas donné grand' chose. On m'a affirmé que ce 
livre, tout baigné d'une grâce mystérieuse et triste, était de 
notre Juste Percier. 

Jean-Louis Vaudoyer. 

264 








Plumages 



ip\ ans mon enfance, il y avait un beau jardin 
provincial, et dans ce jardin, une volière. 
Dans mon enfance, il y avait aussi un grand 
chagrin. C'est que cette volière était vide. 
Mais depuis si longtemps qu'elle Tétait, quel- 
que plume pourtant, demeurée accrochée au 
grillage, parlait encore pour moi du menu 
peuple volant qu'elle avait autrefois contenu. 
Ainsi, sans voix, sans vie, inhabitée, cette 
vaste cage plaisait à mon cœur : j'y menais 
rêver mille songeries. Je la supposais pleine 
d'ailes, de cris, de ramages, de couleurs chan- 
geantes, venues des confins du monde, réunies 
là pour le plaisir des yeux. Seul, un jet d'eau 



2 65 




\ 






continuait à pépier dans son bassin de 
marbre ; on n'avait qu'à tourner une clef, 
il s'élevait, jasait, s'éparpillait. C'était 
charmant — et c'était triste. 
On me disait que depuis long- 
temps cette volière ne servait 
plus. — « Pourquoi ? » deman- 
dais-je. Et l'on me répondait : 
« C'est parce qu'il n'y a plus 
d'oiseaux. » 

On s'aperçoit tardivement 
qu'à tous le s "pourquoi" de notre 
enfance, les "parce que" distraits 
des bons vieillards qui ont 
veillé sur elle n'ont jamais 
donné qu'une réponse 
insuffisante, qui n'expli- 
quait rien. Je sais aujour- 
d'hui pour quelle raison il 
n'y a plus assez d'oiseaux 
parle vaste monde pour en 
pouvoir peupler 
dans les jardins ces 
volières vidées. 
C'est qu'on a besoin 
de leurs ailes et de leurs huppes pour orner les 
robes des belles madames. Et c'est pour nous plaire 
avec leurs chapeaux, leurs éventails et leurs 
écharpes que l'aigrette, le flamant rose, l'autruche 
et le bengali vont bientôt, dit-on, disparaître, et 
s'en aller rejoindre dans la mémoire poussiéreuse 




h 




266 







ment ! 
des îles 



des zoologistes le souvenir lointain du ptérodactyle et de 
l'iguanodon. 

C'est peut-être très bien ainsi. Je connais une personne 
charmante, à qui certes l'idée d'écraser une mouche ferait 
mal au cœur, tellement elle a lame bonne, qui ne s'est jamais 
demandé combien de massacres, de tueries représentait sa 
robe la plus délicate, chargée — si légère- 
de vos dépouilles colorées, ô oiseaux 
.. Et si, malgré soi, on l'y fait songer, 
elle en prend son parti, ma foi, 
philosophiquement. — « Bah ! que 
voulez-vous, dit-elle, c'est la vie... » 
Et comme elle sourit, en disant 
cela, et qu'elle est charmante, et la 
grâce même, il faudrait avoir le goût 
bien misogyne et inhumain, pour trou- 
ver en somme qu'elle ne serait point 
du tout femme, si à tant de 
raisons de plaire elle n'ajou- 
tait la cruauté. 

Au reste, si la volière de 
mon enfance était vide, je 
ni en consolai, avec' 
l'âge. Ilyenad'autres. 
Et nos salons, et tant 
d'endroits où Ton boit 
le tea, ne sont-ce pas volières ? 
Mêmes ramages, et, aujourd'hui, 
mêmes plumages. On dit que les 
oiseaux émigrent: en voilàla preuve. 
Ils émigrent, et ils se transforment ; 



y 













267 





les ornithologues disent mieux : ils muent. 
Ainsi la mode, comme les redoutables fées 
des contes, excelle à modifier l'aspect de nos 
belles princesses. Transfiguration continue 
à vue, et charmante! Quelle est donc cette 
ourse inouïe, cette visonne fabuleuse qui descend 
de sa Royce, empaquetée dans cet épais pelage ? 
Toc 1 la peau tombe, et c'est un colibri, un ibis 
rose, parfois même à nos yeux éblouis c'est l'oiseau 

bleu 1 u i- 
même qui 
paraît. Et 

pas sauvage. Il ne faut, 
pour l'apprivoiser, 
qu'une poignée de mil 
(en billets, de préfé- 
rence), le moindre sau- 
toir. Car les poules ont 
beaucoup changé depuis 
le fabuliste ; et quand 
il leur arrive — edcam 
quaerau — de tomber sur un collier de 
perles, ma foi, elles ont appris à s'en 
servir. 

Cette mode est exquise. Il ne man- 
quait qu un peu de plumes à nos amies 
légères. Les en voilà pourvues. — Toute- 
fois, il faudra faire attention à ne pas 
leur laisser les ailes devenir trop longues. 
Elles finiraient par s'envoler. 

Nicolas BONNECHOSE. 



268 



GEOGRAPHIE VESTIMENTAIRE 



P 



) EUT-ÊTRE, chère amie, en contemplant vos robes 
successives, finirai-je par apprendre la géogra- 
phie, que ni l'éloquence de mon bon professeur 
M.. Duplessis-Kergomard, ni les fabuleuses 
couleurs des atlas Vidal- Lablache ne,- 
réussirent, au Lycée, à me faire entrer 
dans la cervelle. Quand vous vous . 
habillez pour aller à la Comédie 
ou au Salon, l'Europe se déplace 
avec vous. Naguère vous por- 
tiez le Japon dans vos 
manches ; ce matin la 
Turquie parfumait 
vos babouches; ce v 

soir, parmi les 
broderies de 
votre jupe 
s'inscri- 
vent 
les 










4» 



%y 






269 




merveilles de Bratislava et de Zagreb, 
et la Moravie dort dans votre man- 
chon comme un petit King Charles. 
C'est très instructif. Rien qu'en 
jetant un coup d'oeil sur votre chapeau 
rond à gland bleu, j'apprends, mieux 
que par les dictionnaires, que les Slo- 
vaques peuplent le territoire compris 
entre le Danube et la Tatra. Je 
retrouve dans vos fourrures bohé- 
miennes l'odeur des sapins de 
l'Erzgebirge, et dans les brande- 
bourgs de votre épaisse houppe- 
lande de laine blanche, pareille au 
«*££/* dont les marchands de fromages 
du M. ont de s Géants se couvrent par 
le mauvais temps, il me semble que 
sont restées accrochées quelques 
strophes de l'épopée de la princesse 
Libousza : 

... IF^ellawa, W^ellawa, pourquoi lu eaux êont-elleo Iroublet, 
El pourquoi leé vagueà roulcnl-elleà celte écume couleur de neiges 
Est-ce que lec venlt mécbanU ont tondu lu Jlotô comme la laine 

d'un troupeau, 
Ou bien onl-ilJ effeuillé dur ton éein loua leé nuageédu vaôte ciel! 

Je vous sais gré de cet ensei- 
gnement profitable. Cela me rajeu- 
nit et me reporte sur les bancs de 
ces classes d'autrefois, — ah ! que 
l'encre rouge sentait bon, et que 
j'avais de plaisir à faire sauter 
dans mes paumes les plumes 




270 




sergent-major toutes neuves, dans leur étincelante 
virginité ! 

Mais vous n'avez pas l'air, chère amie, 
plus enchantée que ça d'être comparée à une 
école primaire. Votre antiutilitarisme s'en 
émeut : une mode didactique, de la péda- 
gogie dans des chiffons ! Vos cheveux s'en 
dressent d'horreur. 

Pourtant le cinéma fait 
bien du film documentaire ; 
pourquoi la mode ne s'amu- 
serait-elle pas à instruire ? Ne 
vous souvenez- 
vous pas qu'au 
temps de Char- 
les d'Orléans 
les seigneurs 
portaient, bro- 
dées sur la soie ou le velours de leurs vêtements, 
des pages de musique ou de belles maximes ? 
Cette mode mariait fort spirituellement 
l'agréable et l'utile, et je verrais revenir avec 
satisfaction le goût de ces solfèges ambulants, 
de ces vivantes rhétoriques. Comme mon 
esprit s'enrichirait vite, et comme je devien- 
drais volontiers philosophe si, baisant le 
satin de vos épaules, je rencontrais 
sous mes lèvres une sentence de 
Marc-Aurèle, toute chaude et 
odorante ; si, du manteau à la 
chemisette , je pouvais en vous 





u 7 y 




déshabillant refaire mes humanités ! 
JMais laissons là ces rêveries 
et revenons à notre géographie 
vestimentaire. Savez-vous que vous 
renouvelez, sans avoir l'air d'y 
prendre garde, l'exploit d'Atlas, 
îi portait le globe terrestre à son 
let comme une modeste breloque. 
Baudelaire, qui se plaisait à fourrager 
lans la toison crépue de sa négresse, 
prétendait découvrir « un hémisphère 
dané une chevelure *. Pour moi, c'est le 
long des plis de votre robe que je fais 
mes plus longs voyages. En ce moment, 
grâce à vous, je suis à Prague et me 
laisse glisser au fil de la Moldau. Demain 
je traverserai peut-être la Grèce 
et m'embarquerai pour Cythère. 
Vous êtes, chère amie, la plus 
aimable des mappe- 
mondes. 

Georges- Armand 

Masson. 




272 




ersa 



Quelques chocs de cristal. Ce sont des voix et leurs 
espoirs d'Avant-Dormir, d'élégants souhaits, des billets 
de sommeil valables jusqu'à ce demain de 1920. 

Sur la Nuit où sont des arbres et des eaux, la lune met 
sa plaque d'identité. Le vent ne respire plus. L'écorce et la 
pierre font des marbres. 

Souffleur aux cerveaux l'invisible des songes demande : 
"Est-ce aujourd'hui? Est-ce autrefois?" 

L'eau est sans âge et toujours il y a la lune avec sa plage. 

Fidélité du Parc à l' Autrefois des Soirs. 

Voici, Hors-texte en l'herbe la page d'eau du grand canal. 
Tout le reste de l'album est relié. Les fontaines et les bassins 
sont des feuillets qui se suivent avec des images nautiques et 
des marges d'allées. 

Meurt en ses branches, de faîte en faîte, un Automne 
sans date et le Château se retranche de la lune 

Dieu veuille JVlajesté vous laisser bien dormir. 



273 



J'ai parcouru l'Automne de cette nuit et nul ô Louis XIV 

ne profane le Parc. De solitude en solitude, le Silence a 
transmis l'ordre de se taire. 

La haute Garde forestière se dépouille avec honneur et 
Votre Jardin — c'est ainsi comme pour vous aimer — 
s'effeuille cœur à cœur. 

Dans un bosquet habité par la grâce d'un visage d'Amour, 
désobéit seul à la saison, un tendre arbuste. Son geste 
de branches implore, son geste qui appelle des feuilles 
perdues. 

Un nuage enfle la joue de la lune et tout se tache. 

Disparaissent peu à peu les ondes sages et leurs hôtes et fond 
aussi l'orgueil de Neptune qui a voulu plus d'eau que les autres. 
Les arbres montent aux nues en ballons d'ombres. 

Deuil. 

Versailles î Versailles ! Il n'y a plus rien en ce stérile 
instant. 

La lune vient de faire au nuage ennemi une blessure 
d'argent et maintenant elle dépèce l'énorme morceau de 
tristesse. De secondes en secondes des clartés trouvent des 
pierres. 

Enfin les fenêtres du Château et la lune se regardent 
en face. Elles s'aveuglent. 

Sire, votre Domaine et tout le ciel sont blancs. J'ai 
trouvé dans le Parc un vrai chemin de terre qui monte par 
l'horizon jusqu'à la lune. Là-bas il doit y avoir des présences. 



VERSAILLES-LE-PARC 1920. — J'aurai donc osé, 
Majesté, si ce n'est pas Autrefois, vous rendre compte 
d'Aujourd'hui. Je ne vous parlerai pas des Journées. L'on 



274 




275 



ny comprend guère pourquoi votre Château ne s'est pas 
écroulé, pourquoi les arbres ne sont pas morts, pourquoi les 
grandes eaux même, dans le soleil, jouent. Veuillez imaginer 
que ce spectacle est donné parmi des hommes qui portent 
veston court, pantalon jusqu'aux chevilles et talons bas. 

Votre Majesté se consolera peut-être de ces choses en 
sachant que les nuits sont identiques à celles de son époque. 
Elle pourrait y figurer sans que nul ne soit surpris. 

Elle pourrait même — et sa promenade ne serait pas 
troublée — assister dès l'Après-lune au réveil de Trianon. 

Seigneur en Cendres, vous pouvez venir à Versailles 
chaque nuit jusqu'à l'Aube, mais le Soleil n'est plus à vous. 

Marcel Duminy. 




27c 





EN PARTIE DOUBLE 



Je me souviens des belles après-midi d'hiver où, 
quand j'étais petit garçon, on me menait, à 
Auteuil, sur la butte Mortemart. Le pesage 
d'Auteuil est délicieux ; les pentes, depuis les 
tribunes jusqu'à la haie 
d'arrivée et jusqu'à la 

rivière du huit, ont cette courbe 

onduleuse et molle qu'ont les plus 

douces collines de la campagne fran- 
çaise, l'herbe est verte sous les 

arbres dénudés, le brouillard est 

frais sous le soleil pâle; une brume 

sort des naseaux des chevaux. Parmi 

les gens qui demandaient la cote 

rose et la cote jaune, je jouais 

aussi, mais aux billes. 

Et je donnais de bons tuyaux. 

A onze ans, j'indiquai pour le 

Grand Prix, Semendria, qui fit 





277 




33o francs pour 10 francs. Malheureu- 
sement, je ne l'avais pas joué. En ce 
temps-là, je n'avais jamais dix francs à 
la fois... 

C'est tout de même là 
que j'ai pris le goût invin- 
cible des beaux chevaux, 
des folles galopades, des 
brillantes couleurs et des 
vives casaques... Une entre 
autres, celle de l'écurie 
Thiébaux, m'a 
toujours frappé. 
Le programme 
indiquait : Mi- 
noire, mi-rose, 
toque idem. Et 
c'était très amu- 
sant, parce que le 
jockey, qui filait, 
rose, sur la piste 
des fortifications, devenait brusquement noir, 
après le tournant, se présentant de l'autre côté; 
et on le perdait dans le peloton... 

Tout Paris va-t-il porter l'ancienne casaque 
de l'écurie Thiébaux, ou celle de Wysocki, qui 
était verte et rose ? On parle beaucoup des robes 
mi-parties. Et, ce qui est plus grave, on en voit... 

Les robes de deux couleurs se diviseront- 
elles en long, en large, en travers ? Peu 
importe; elles seront bicolores. 




a7 8 



Il est seulement étonnant que cette mode 
n'ait pas été inventée plus tôt. Car enfin, 
nous avons eu des pièces médiévales, au 
théâtre, ces temps -ci. Nous avons eu de 
ces spectacles que le public qualifie de 
« moyenâgeux ». Je ne parle pas de 
Gringoire, Mais l'opéra, et même l'opé- 
rette, nous en donnent tous les jours 
des exemples. 

Et le Moyen Age, pour la foule, 
est une époque obscure, inexpliquée, 
où tout le monde s'habillait comme 
devaient s'habiller plus tard les jockeys 
de l'écurie Thiébaux, où les gens les 
plus sérieux portaient invariablement 
un maillot mi-parti : une jambe rose, 
l'autre verte... 

Ne croit-on pas que 
ce genre ait été à l'époque, un peu bouffon ? 
Ne craint-on pas qu'il ait été, pour parler 
techniquement, un peu... fol? 
Mais peu importe que 
nous imitions les fous au lieu 
des sages ! Est-ce que le bario- 
lage des habits n'est pas, en 
ces temps absurdes où 
nous vivons, le symbole 
du trouble des âmes ? 

Autrefois, une jeune 
veuve passait insensible- 
ment du noir au gris pour 





2 79 




ne venir que progressivement au blanc. 
Maintenant, elle s'affichera soudainement, 
un beau jour, en mi-noir mi-blanc. C'est 
la couleur du signal carré, croyons-nous, 
au pont de Juvisy, qui veut dire qu'il 
faut aller lentement, mais que la voie 
est libre... 

Quelles merveilles les Parisiennes 
pourront inven- 



ter en ce sens ! 
J'ai confiance 
en elles... 
Je vois d'ici 
la robe de la 
dame qui ira aux 
courses avec un 
ami et un raseur. 
Mi -brun, mi- 
bleu. . . Côté du raseur : le brun 
couleur conversation sur la vie 
chère, histoires de province, 
santé des tantes ; et, pour l'ami, 
le côté bleu, nuance fumée de 
thé, couleur des promenades 
nocturnes au printemps, du silence 
et des abat-jour, — et des pneu- 
matiques qui décommandent... 

Hervé Lauwick. 




280 




LA MODERNE HÉLOISE OU LETTRES DE DEUX AMANTS 

HABITANS UN VILLAGE AU PIED DES ALPES 

(A L'OCCASION DES SPORTS D'HIVER) 



Saint- Preux à Julie. 

A vez-vous fait, Julie, le serment de me désespérer; m'avez- 
^*- vous conduit jusqu'au pied de ces montagnes, en ce pays 
glacé, uniquement pour me donner du souci, m' agiter le cœur, 
et me jeter dans une jalousie que je sais bien sans action, 
mais à laquelle je ne sais pas résister? Je ne devrais pas vous 
avouer ces tourments : mon orgueil, hélas 1 n'a point long- 
temps raison de ma faiblesse. Je me promets de vous laisser 
agir sans y prendre garde, je me réfugie dans une dignité 
hautaine, je cherche mon repos dans l'ignorance de vos 
divertissements, je vais rêver sur les pistes à l'heure que 
vous n'y êtes plus et je m'enferme dans le fumoir à celle 
que vous consacrez à la danse. Ah! que n'ai-je avec persis- 
tance le courage de cette solitude": un peu d'application dans 
l'oubli me permettrait peut-être d'atteindre au calme. Mais je 
ne sais pas monter jusqu'au faîte de ces cimes ^d'où l'on a 
une vue apaisée des choses et des êtres ; je m'arrête en route, 
le cœur battant, et je redescends vers vous 
dans le moment où un effort poursuivi 
m'aurait peut-être permis de m'en détacher. 




Ces agitations, ces peines, ces impatiences ne sauraient me remuer 

continûment sans m' amener à quelque éclat, sans m'abîmer ou sans 

détruire le sentiment que je ressens, pour mon malheur, à votre endroit. 

M'expliquerez -vous enfin quel est votre jeu? Si votre mère, Madame 

d'Etanges, se trouvait là elle vous remontrerait 

que ce n'est pas la façon de traiter un honnête 

homme et qu'à force d'insulter à la sincérité on 

finit, un iour, •'par être dupe du mensonge. Ce jour 

viendra, Julie, et vous serez fort malheureuse. 

Vous regretterez ce que ma naïveté m'inspirait 

de dévouement et de tendre attachement. 

Rien de ce que j'entreprends ne vous inspire 

de satisfaction. 11 suffit que je témoigne un désir 

pour que vous le trouviez sans imagination et sans 

nouveauté : vous n'avez d'attraction que pour 

les jeunes audacieux qui vous proposent d'absurdes 

folies. Est -il une entreprise dangereuse, un 
parcours de luge qui vous 
mette en péril, des bonds en 
skis, qui vous portent aux 
bords des abîmes, il faut que 
vous y participiez. Si j'essaye 
de ralentir votre zèle, si mon 
amour se fait soudain frater- 
nel pour vous interdire une 
imprudence, vous avez 
façon de me répondre 
qui m'inonde d'amer- 
tume et me remplit de 
chagrin. 

L'autre matin, 
j'arrive en ces lieux 

escarpés, qu'on nomme la corde de iourà. Je me flattais 
d'y rêver sans trop songer à vous, lorsque tout à 
coup, je vois dévaler des hauteurs un traîneau qui 
filait comme flèche dans l'air. Vous y étiez ; je ne mis 
pas un long temps à reconnaître votre jolie personne, 
enfouie dans ce singulier manteau d'agneau qui vous 
transforme en un petit animal gris parmi la blancheur 

282 






des neiges. Un instant, un massif vous 
dérobe à mes yeux — vous et vos compa- 
gnons. Puis vous réapparaissez : cette 
machine avance avec une force effroyable. 
Je vois bien que votre conducteur n'en 
est plus le maître. Il aborde le tournant 
sans guider, son char se dresse presque 
sur le flanc du mont et retombe lourde- 
ment en faisant un sillage dans les neiges 
et en les soulevant derrière lui comme des 
vagues marines. Je vous croyais morte, 
pour le moins atrocement meurtrie. J'ac- 
cours, prêt à vous donner mes soins aux 
uns et aux autres. Vous formiez à terre 
à vous trois, un assemblage, un tableau 
que je tremblais de trouver tragique. Vous 
étiez toute blanche de neige, 
sauf le nez, tout rouge 
dans vos foulards de 
laine. Ciel qu'allais-je voir? N'aviez-vous pas déjà perdu 
tout sentiment? Ahl Julie, se peut-il? Vous étiez propre- 
ment dans les bras de ce peintre tchèque, les pieds sur 
les épaules de ce danseur russe, et vous leur disiez : 
■ — ■ A quatre-vingts à l'heure! Tout est permis pourvu 
que cela réussisse 1 

J'étais dévoré de confusion, de rage et de douleur. Le 
soir vous dansiez en robe de soie. Vous aviez abandonné 
vos laines, vos fourrures, vos àweaterj, comme vous dites, 
hérissés de poils rugueux, mais vous aviez gardé le même 
cœur indifférent, la même âme glacée. Prenez-y garde, 
Julie ; le plus pur amour est comme la neige. A force de le 
triturer, vous le retrouverez fondu dans vos petites mains, 
■ — • sale et noirci. Craignez qu'il soit trop tard pour le 
regretter. 

Julie, a Saint- Preux. 

Vous êtes ridicule, mon ami. Quand on n'aime pas les 
sports on ne vient pas s'enfermer dans un palace à cinq louis 
par jour, on ne s'achète pas des chaussettes blanches, des 



=83 





chemises blanches, des gants de laine blanche. 

Je ne vous interdis pas de flirter avec votre 
amie M elle S . . . qui a tour à tour l'air d'une 
Jeanneton ou d'un épouvantail à moineaux. 
Laissez-moi mon danseur russe et surtout mon 
chandail d'agneau, qui est une chose délicieuse et 
confortable. Le seul inconvénient est d'avoir mis 
la fourrure dehors : elle prend la neige et mouille 
terriblement. 

Il y a deux fois par semaine un excellent 
train pour la Côte d'Azur. On y joue à la 
roulette, et la Comédie et l'Opéra... Made- 
moiselle L... y donne Werther à Cannes.. . 
Si cela vous dit... 

Ne faites pas le grognon. Vous écrivez 
des lettres comme devait en recevoir 
mon arrière -grand'mère. Avouez que vous 
retardez. 

Levez-vous demain à cinq heures et 
montez, avec moi, jusqu'aux pistes de 
l'ours. Je vous apprendrai un nouveau saut 

qui est un ravissement. Allons, donnez- 
moi la main, que je vous hisse, et mettez 
des gants chauds. 

Votre agneau enragé. 

^ 

Pour copie, 

Gérard BAUËR. 





284 




de cjuelcjues attributs masculins 

« Le plus beau à l'heure présente, note Monsieur de 
Corberon dans ses mémoires, ce sont les moustaches et la 
barbe de nos élégants. Il y a du capucin, du lansquenet, 
du mignon Henri III. Le collier de mon jeune cousin, 
Astolphe d'Armagne, figure parmi les plus réussis. » Cela se 
passait vers i835, époque à laquelle en effet Astolphe brilla 
d'un éclat incomparable dans les fastes de la vie parisienne. 
Il eut donc le visage garni d'une barbe florissante, les cheveux 
artistement roulés, un haut-de-forme qui lui entrait jusqu'aux 
oreilles. Digne, satisfait, imperturbable, on le vit à la fenêtre 
des clubs de jockeys, aux bals des Variétés ou dans les salons 
de Tortoni, absorbant des sorbets et des punchs. Il faisait bon 
alors explorer le passage des Panoramas où Fleschelle étalait 
ses bronzes et Lapostolle ses chapeaux ; il n'était pas 
désagréable de flâner Passage Choiseul où les galants 



aS5 





venaient attendre la sortie des 
Italiens. Astolphe eut son logis 
rue Le Peletier, avec des fau- 
teuils gothiques, une pendule 
gothique, une écritoire gothique 
et partout, le long des murailles, 
des gravures de courses évo- 
quant le souvenir d'Epsom et 
de Newmarket. Vers 1860, Astolphe changea son nom pour 
celui de Ludovic. Il avait toujours le cheveu abondant, très 
frisé au-dessus des oreilles, d'agréables moustaches ; mais de 
sa barbe il n'avait conservé que les favoris, dits favoris en 
nageoires. Aux favoris il joignit un tuyau de poêle gris, haut 
comme une tour, des pantalons mastic, un veston pince-nez, 
saute-en-barque ou montretout; et, le col à l'air, un monocle 
dans l'œil, s'en fut aux courses, roulant avec un bruit d'enfer 
dans son cabriolet azur et argent. Beau temps que celui où il 
croisait au passage la daumont de M me de Quinto avec ses 
jockeys vert-perruche, celle de M.. M.ercy d'Argenson avec 
ses jockeys bouton-d'or, et cette autre à rechampis bleus, 




286 








livrée à la française, 

toques bleues de 

velours et perruques 

poudrées ! 

En 1872, néan- 
moins, il changea sa 

manière. D'abord il 

s'appella Paul, plus 
justement Paupaul, et du coup supprima barbe et favoris, 
ne gardant que la moustache. Il eut des manches pagodes 
et des pantalons en pattes d'éléphant, une énorme cravate- 
plastron et, sur le sommet du crâne, un canotier minuscule qui 
se maintenait là comme par enchantement. Mabille existait 
encore et la Grenouillère. Paupaul, chacun le sait, y connut 
Amanda et chacun sait aussi qu'ils firent de longues prome- 
nades en bateau et témoignèrent pour la friture un goût 
très vif. 

On se lasse de tout. Quelques années plus tard Paupaul 
s'appelait Gaston, adoptait cette fois la barbe en pointe, des 
bottines effilées, des vestons beaucoup trop courts et des 





287 



chapeaux en forme d'œuf d'autruche. J'ajoute qu'à partir de 
cette époque on a peine à le suivre dans ses transformations 
tant elles se succèdent avec rapidité. En 1896 il ne portait 
plus que la moustache. En 1900 il n'avait plus ni barbe ni 
moustache. En 1908 il reportait la moustache dite moustache 
brosse à dents, et en 1912 il avait une moustache de rien du 
tout, roulée au petit fer et comme peinte au pinceau. Vint la 
guerre et cette moustache prit un aspect belliqueux, 
s'agrémenta de petites pointes courtes et menaçantes. Puis ce 
fut l'armistice et derechef Gaston modifia sa tenue. En 1920, 
il porte un habit dont la taille lui vient sous les épaules et des 
pantalons plissés aux hanches, le tout complété par une 
moustache réduite cette fois à deux petits triangles de poils 
blonds ou bruns dont le sommet touche aux narines et la base 
effleure juste le haut des lèvres. 

Mais je connais le jeune homme. Il est capricieux, 



fantasque et je ne 
l'année prochaine il 
en nageoires ou à la 




serais pas étonné si 
revenait aux favoris 
barbe de capucin. 

Roger 

BOUTET DEMONVEL 



gf \ 





^ E titre dévoilera mes intentions, lesquelles sc>nÇjp 

pures en leur simplicité. \^^30fW^ / 

J'aurais pu m'élever à la métaphysique, 
ou du moins y tâcher, ainsi qu'avec une 
agréable aisance, et sur les sujets les plus 
futiles, de ravissants essayistes — j'entends qu'on prenne 
l'épithète suivant son étroite étymologie — de ravissants 
essayistes vous le font voir ici-même ; 

Ou m'abandonner à la poésie en évoquant le frêle souvenir 
des féeries enfantines, le bon monsieur Perrault, l'agile 
Cendrillon et ses pantoufles de vair ; 

Ou encore feindre la naïveté et admirer qu'en nos climats 
miraculeusement modérés l'instant choisi 
pour placer partout de la fourrure soit 





précisément celui que l'on n'en trouve plus 
nulle part. . . 

Résolument j e renonce à la métaphysique 
et à ses pompes, à la poésie et à ses œuvres, 
à la naïveté et à ses roueries. Aussi bien 
un point de vue me paraît-il appréciable : 
celui de l'honnête homme que nous sommes, 
vous et moi, et dont les cinq-à-sept sont à la fois un souci 
certain par notre goût de la réussite, et un agrément que nous 
nous efforçons tous — je pense — de maintenir quotidien. 
Or, j'ai songé tout de suite à vous, mon adorable amie, 
qui réalisez l'art de porter un nom du meilleur monde et le 
prénom délicieux de Marie- Madeleine où s'inscrit votre goût 
dû péché. J'ai songé à vous parce que je vous sais attentive 
aux jeux les plus divers de la mode; et, je l'avoue, j'ai souri. 
J'ai saisi que la théorie d'Azaïs et le système des compen- 
sations n'étaient pas de vains mots, 
puisque, vous qui ne drapez votre 
corps qu'en des robess 
si minces, vous allez 
cet hiver protéger vos 
mains et vos pieds à 
la façon de Shackelton 
au pôle sud ! Vous 
m'êtes apparue blottie dans 
votre auto douillette et que 
vous ne quittez que si peu ; 
et ma joie, qui n'en a été 
que plus vive, a pris une 
teinte littéraire en se sou- 
venant de "la Précaution 




390 




inutile' qui fut un titre de 
M. de Beaumarchais. 

Je vous entends : "Méchant!" Il est vrai, quand vous 
viendrez chez moi, votre voiture vous laissera "au coin de la 
rue", à cent mètres... Quel trajet mon amie ! Vous décrirai-je 
la scène? Vous courez, non point dans la hâte de ces heures 
que votre fantaisie veut tour à tour délicates ou passionnées 
— la modestie et la confiance me commandent de m'en 
remettre à votre seul caprice — mais simplement parce qu'il 
est décent de ne pas s'attarder. Vous courez avec vos bottes 
de mousquetaire, et dans le naïf désir de passer inaperçue : 

mais l'on se retourne, 




A? /.Ci ^ 



imprudente, parce que vous 
avez des gants qui montent 
jusqu'aux épaules, et que 
votre coquetterie, je vous 
en remercie, vous accom- 
pagne dans votre péché... 



291 




\ A / 






Je vous guettais; je vous ouvre. Vous tombez 
dans une bergère et moi, dans le même temps, 
si j'ose à ce point abréger, à vos pieds. Vous 
êtes ravissante, mon amie, la tête inclinée sur 
vos fourrures, les yeux agrandis par la course, et 
le sein, comme on disait au xvm e ,- que je peux 
croire amoureusement soulevé. 

Kt soudain, je comprends la vertu de vos 
bottes fourrées et je les loue et je les bénis I 
Car voici que je les retire, mon adorable 
amie, et que votre pied apparaît en un 
escarpin minuscule et que j'enlève preste- 
ment; et voici que je tiens à deux paumes 
une chose ravissante, douce comme la 
colombe et vive comme la souris, qui palpite 
et vit, toute tiède, entre mes mains et n'est 
plus ce petit glaçon, ce petit glaçon agité, implacable et terrible 
dont vous jouiez, cruelle et que je redoutais tant, l'an passé, 
lorsque, l'heure venue, vous vous glissiez enfin près de moi... 




Louis Léon-Martin, 




292 




...Mon enfant, ma éœur 

Songe à la douceur 

D'aller la-baé vivre ensemble. 

Manteaux inspirés des costumes écnéco-slovaques 



nt L- £ . 







LES NEIGES 

Costume pour les sports d'Liver, en " agnella " de Rodier 




■-. (k • ' 















l* 



a haïtre 



EL fELUAK19 



vo.be de amers garnie de ruban 



iV 9 i3e la Gazette du Bon Ton 



Planche h 6 




LA FEMME A L'ÉVENTAIL 



^obe du soir, 



ortia 






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N° i) de la Gazette du Bon Tôt- 



Année 1Ç20. Planche 6~ 




;enade A MON' 

Ensemble, de Joeer 












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LES EMBARRAS DE PARIS 

Manteau d'après-midi, de Ijœuillet 



Gazette diL Bon Ton. — N° g. 



Année 1920. — Planche 




1 ON RENTRAIT GOUTER. 



TaiUeur et Robes déniant, de Jeanne Lan -vin 



















I 



L'HEURE DU RENDEZ-VOUS 

Manteau d après-midi, de Paul Poiret 



Une Salle de Bains 

et deux pages de croquis 

par 

Ruhlmann 




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Gazette du Bon Ton. — N° 9 



Année 1920. — Croquis de XLI à XLIV 




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pcx-cje-ô cÀjz, (-^riD-cxsvwà 




©Uuuée 1520-Sfoui/telie XLIV 



EXPLICATION DES PLANCHES 

PI. 64. — Ces deux ensembles sont inspirés des coâlumeà tchécoslovaques . Le manteau 
est en dlallalne blanche brodée noir et or, sur un gilet de couleur mousse, âerré dans une ceinture 
de peau à boucle de jais. La redingote, en velours de laine, est brodée de ganse noire; et le gilet eél 
de satin noir brodé rouge. 

* 

PI. 65. — Voici un costume de sports d'hiver en agnella, fermé par des boulons de galalite. 

PI. 66. — Robe de dîners, garnie de ruban. Le corsage est un ruban broché blanc, noir et or. 
La jupe, sur un dessous de salin noir, est composée de bandes de ruban noir et or, cousues sur le 
dessous de jupe, et alternant avec de larges rubans blancs rabattus dans le bas. 

PI. 67. — De JVorlh, voici une robe du soir, en damas vert et argent, garnie de dentelles 
d'argent et de diamants. Ceinture et fleur de côté en salin ciré noir. 

PI. 68. — Un ensemble , de Béer, composé d'une robe de charmeuse « violet évêque » Userée de 
rouge... et d'une cape de velours noir doublée de violet et garnie d'un col de loutre. 

PI. 69. — Ce tailleur « deux pièces » de Dœuillet, est en cheviolte bleu marine a broderies 
rouges, avec un col de drap rouge. 

PI. 70. — Les deux fillettes sont habillées pareillement de la même robe de crêpe marocain 
brodée noir et argent, portée sous une jaquette de velours noir, brodée aux parements et aux poches. 
Les chapeaux bretons sont de velours cerise bordé de gros grain noir. La dame porte un tailleur de 
kasha blanc brodé noir et garni de singe, avec un chapeau de taffetas blanc garni de singe. Ces 
robes et ces chapeaux sont de Jeanne Lanvin. 

PI. 71 . — De Paul Poiret, un manteau en buravella rouge, brodé de jais et de perles blanches. 
Le col est doublé de Loutre. La même fourrure borde le bas des manches et les deux pans du dos. 

4. 

Croquis de xli à xliv. Une salle de bains et deux pages de croquis par Ruhlmann. — 
Croquis xli. Une salle de bains en mosaïque. La coifleuse et le Ut de massage sont de marbre blanc 
et de mosaïque d'or. — Croquis xlii. Autre face de la même salle de bains, présentant la piscine 
et les Lavabos. Les lavabos sont de marbre blanc et de mosaïque d'or. — Croquis xliii et xliv. 
Pages de croquis. 

Imp. Studium. Marcel Rottembourg, Gérant. 



SOMMAIRE DU NUMERO 10 



JM.iI-neuI-cent-vingt 3 e Année 

LES AMUSEMENTS DE LA VIE PRIVÉE Robert BURNAND. 

Dessins d'André MARTY. 

LA MORTE D AMOUR (HorMexle) par Ch. MARTIN. 

LTLE TORQUATE. — SPORTS PIERRE MAC ORLAN. 

Dessins de Ch. MARTIN. 

LES VENTRES DORÉS Hervé LAUWICK. 

Dessins de Marcelle PICIION. 

LES REGRETS SUPERFLUS Georges-Armand MASSON. 

Dessins de MOURGUE. 

LA DERNIÈRE LETTRE PERSANE (Hon-texte) par BENITO. 

LA CHASSE AU RENARD Roger BOUTET DE MONVEL. 

Dessins de Jacques BRISSAUD. 

MÉTAMORPHOSES Marcel ASTRUC. 

Dessin» de BENITO. 

CIRCÉ (Horà-texte) par BENITO. 

LA BELLE CANNE Eugène MARSAN. 

Dessins de Bernard BOUTET DE MONVEL. 

PETITS PORTS DE LA MÉDITERRANÉE Roger ALLARD. 

Dessins de SIMEON. 



PLANCHES HORS-TEXTE 

HÉSITATION. — Déshabillé, de Béer par Ch. MARTIN. 

LE PARFUM DE LA ROSE.— Manteau du àoir, de DœulileL par André MARTY. 
A L'OPERA. — yJIanleau et robe, pour le doir, de Jeanne Laiwin. 

p*r Pierre BRISSAUD. 
EFFET DE GLACE. — Jlanleau du soir, de Paul Polret . . par IACOVLEFF. 
LE PAS DE SCOTTISH ESPAGNOLE. — Robe du soir, de Worlh. par DRIAN. 

UN BOUDOIR ET QUELQUES MEUBLES (Quatre planche* en lithographie 

horo-texte) par BAGGE et HUGUET. 




SOCIÉTÉ DES ÉDITIONS LUCIEN VOGEL 

24, Rue du Mont-Thabor à PARIS 



VIENT DE PARAITRE : 



FLORA 



Suite de Dessins de Paméla Bianco 
Agrémentée de Quatrains par René Chalupt 

L'idée de ce volume est née à la suite de l'exposition des peintures de Paméla 
Bianco à Londres, au printemps de 1919. Le remarquable talent de cette enfant 
de douze ans, ses dons d'imagination décorative et sa poétique fantaisie attirèrent 
une véritable foule aux Galeries de Leicester et suscitèrent autour d'elle l'entbou- 
siasme unanime de la presse. 

GRAND IN-8° CONTENANT 4° ILLUSTRATIONS DONT 8 HORS-TEXTE EN COULEURS 

PRIX DU VOLUME RELIÉ : 60 francs 



Lo5tumes de 

Théâtre, Ballets 

et 

Divertissements 

par 
Georges LEPAPE 

Ce premier Recueil est composé de 24 Planches tirées en phototypie 
et coloriées au patron, contenues dans un cartonnage d'un goût char- 
mant. Chaque planche reproduit le dessin d'un des costumes 
imaginés par l'artiste pour Le Ballet ded Afarionneltej et le spectacle de 
L' Enfantement du Alorl. 

Prix du Recueil : ÎOO francs 




la A\ode 



masculine 



BARCLAY 

Tailor 

16 &20,J&tserute, de /Opéra 
PARIS 




Service à thé 

en argent 

de 

BIJOUTERIE 

LONDRES □ BIARRITZ 



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NICE □ MONTE-CARLO 




ET SURTOUT, NE PRENDS PAS FROi: 
Ameu olements de Style 

Ckez MERCIER Frères 

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100, Rue du Faubourg Saint- Antoine :: PARIS 




Coiffure par 



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24-25, Conduit Street 
LONDON W.i. 

398-400, Rue Saint-Honoré 
PARIS 







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IE du/XELUES- 



Restaurant de 



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v cwT7x&*<xs3c Agacer' »/«• Vi n./" 

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Pau.1 Bouillrsrd Prop.- 



^ 



EDITION 

de 

GRAND LUXE 

de la 

Gazette du Bon Ton 

© 

TL est tiré de chaque numéro de 
-*- la Gazette du Bon Ton 
3o exemplaires sur papier du 
Japon, dont : 

10 Exemplaires» numérotés 
de 1 à 10, avec un dessin original 
et deux remarques originales, une 
à chaque semestre, au prix 
de 600 francs 

20 Exemplaires numérotés 
de 11 à Jo, avec deux remarques 
originales, une à chaque semestre, 
au prix de . . . . 400 francs 




DELETTREZ <~> VIVAUDOU 

i5, Rue Royale, i5 
LONDRES PARIS 



ARLÏ 



NEW-YORK 



LXXXVl 1 





io RUE DE LA PAIX, PARIS 
7 OLD BOND STREET, LONDRES 
3 9 8 FIFTH AVENUE, NEW- YORK 



IHïVlll 




1VTOUS sommes revenus de vacances les yeux pleins de 
soleil. Il s'agit maintenant de reprendre terre, d'oublier 
les chauds trésors de l'automne, de songer aux grisailles, aux 
demi-teintes, au clair obscur que nous apporte la saison qui 
vient. Restons chez nous, ou mieux, allons aux pieds 
de nos amies apprendre à goûter la poésie des choses. 

C'est pourquoi 
je vais souvent chez 
Ariane, que j'aime en 
secret — surtout 
depuis qu'elle a 
changé d'apparte- 
ment. Jadis, elle 
habitait une maison 
Louis XIV, hautaine 
et grave, dont les 
fenêtres s'ouvraient 
sur d'imposantes 
perspectives. Rien 
n'était plus noble, 
rien ne faisait mieux 
comprendre la gran- 
deur du passé et le 







Copyright Décembre 1920 by Lucien Vogel. Paru 



néant de ce que nous sommes. Quand je montais l'escalier, je me 
croyais à Versailles ; et Ariane est si belle que ce cadre de 
beauté mystérieuse semblait créé pour elle. Mais dans ces 
grandes pièces inondées d'une lumière implacable, sous ces 
hauts plafonds, devant ces cheminées à brûler un chêne, 
je ne savais que m' extasier avec un feint lyrisme, et je m'en 
allais bien vite. 

Aujourd'hui, Ariane me reçoit dans un petit salon, à la 
fois lumineux et plein de mystère. Le jour meurt derrière la 
vitre close, sur les arbres penchés d'un jardin étroit, moussu, 
où pleure une fontaine. C'est le plus doux moment pour rêver, 
pour s'allonger au creux d'un divan, pour feuilleter le livre 




294 




que déjà on ne peut plus lire et qui 

glisse aux doigts entr'ouverts. Le jour 

meurt, le jour est mort. Un dernier 

éclat subsiste au cadre d'un portrait 

de femme, à l'eau ternie 

d'un miroir. Ariane se 

met au piano et joue pour 

moi le nocturne que je 

préfère. La mélodie emplit 

le salon , emplit mon cœur ; 

elle ne se perd pas dans 



GLLLAoJè&Ls 



les échos sonores d'un plafond 
inaccessible. La poésie de cette 
heure est intime et familière, elle 
est à notre mesure 
et ne nous écrase 
point . Est-il rien 



^ 




de plus char- 
mant qu'une 
voix aimée, 
dans la nuit 



GxÇc^tLOje^ 



295 



tombante, cette nuit pleine encore de lumière éparse : 
heure indécise, heure fausse délicieusement et qu'on vou- 
drait voir se prolonger encore, et toujours. M.ais puis- je 
regretter la lumière brusquement apparue, puisqu'elle me 
montre le sourire d'Ariane ? 

Les rideaux sont tirés, un feu de sarments craque dans la 
cheminée : un petit feu d'avant-saison qui permet à mon amie 
de s'asseoir sur le tapis, d'éclairer à la flamme dansante son 
fin visage; une seule lampe brûle sous un grand abat-jour. 

Voici le thé. Ariane joue avec de claires porcelaines. 

Pourquoi les poètes vont-ils chercher leur inspiration si 
loin, dans les ténèbres de la psychologie? Rien n'existe que ce 
petit salon, où flotte un parfum léger. Tout l'amour est dans ce 
bras pur, accoudé à la table, dans la courbe de cette épaule ; 
comme toutes les grâces de l'automne finissant sont dans cette 
rose qui s'effeuille, dans cette rose couleur de pourpre. 

Robert BuRNAND. 




296 




L'ILE 



RQUATE 

uports 



COIFFÉES de porcelaine et chaussées au goût du jour, il 
nous est facile de penser que les Torquatiennes et leurs 
suivants ne restent pas dans l'inaction. 

Mais dans cette île aimable où l'initiative, en ce qui 
concerne le travail et même la plupart des gestes communs 
aux autres hommes, est considérée comme une faute de goût, 
voire un manque d'éducation, les jeux dont les filles disposent 
sont d'une autre essence que les nôtres. La société de 
Torquate admet quatre éléments nobles : l'air, le feu, la terre 
et l'eau. Ces quatre éléments servent de base, et les sports 
en faveur leur sont dédiés. 

Les unes et les uns font partie des clubs de l'air, d'autres 
s'enthousiasment pour le feu, la terre et l'eau, mais jamais, 
sur le gazon piétiné, les navigateurs qui découvrirent Torquate 
ne purent apercevoir des joueurs de rugby aux bas rouges, 
aux jerseys fumant dans le crépuscule des nuits d'automne. 



297 




Tous les sports se pratiquent à la manière de « la feuille 
morte » . Toute la vie athlétique du Torquatien et de la Torqua- 
tienne dépend de cette figure mise en vogue, d'abord par la 
feuille elle-même, et plus tard par les aviateurs combinant 
leur perte. 

Le jeu de la feuille morte, appliqué aux sports dans cette 
île fortunée, permet toutes les nonchalances ; ce n'est pas la 
négation du mouvement, mais tout au moins celle de l' effort 
que peut ou doit fournir un individu des vieux pays. 

A Torquate, les quatre éléments nobles apportent aux 
jeunes filles et aux jeunes gens l'énergie nécessaire aux 
exigences de la mode. 

C'est le vent qui pousse les balles de tennis; 

C'est l'eau qui porte les jolies noyées au concours de fin 
d'amour; 



C'est le feu qui rythme les danses ; 

Et c'est la terre qui apporte aux joueurs et à leurs 
compagnes les mille et une surprises charmantes de ses petits 
coins. 

Ainsi Torquate offre à l'étranger des spectacles curieux 
et gratuits dont il tirera des souvenirs profitables. Les vieux 
pays les connaîtront. 

Ah! Torquate! Le navigateur se rappelle l'essaim magni- 
fique des belles Ophélies descendant le courant de la grande 
rivière, comme un banc de poissons rouges ; car les robes de 
ces belles filles étaient teintes en rouge. Sur la rive, les 
parieurs des deux sexes, que là-bas comme ici on nomme des 
sportsmen, jouaient leur destin sur la gagnante : celle qui la 
première franchirait les écluses où la connaissance de l'homme 
se perd pour ne pas devenir tout à fait la connaissance de Dieu. 

Cette course étonnante et peu dans nos mœurs, où les 
filles amoureuses réalisaient une conclusion à leur amour 
selon l'usage torquatien, n'offrait pas l'aspect macabre qu'on 




299 



pourrait craindre. Nul désordre indécent dans les costumes, 
mais une belle tache de pourpre dans l'eau claire et verte. 
Telles étaient les concurrentes de cette course, et chaque Tor- 
quatien, enthousiasmé le long du rivage, possédait une amie 
dans le «peloton » flottant des chéries désespérées. 

Çâ et là au bord du fleuve une vie foraine s'organisait. 
On tirait à la carabine, on mangeait des massepains, et l'orgue 
de barbarie que rien ne peut remplacer en ces sortes de 
circonstances broyait les notes mélancoliques de la fameuse 
chanson du pays : 

J'ai dur la rivière 
— Non pad un -bungalow — 
Aîaid une amie à med couleurd 
La femme morte qui la première se heurte maladroite- 
ment à l'écluse mugissante donne à celui qu'elle aimait autant 
de gloire qu'il en peut désirer. 

Ainsi, au point de vue sport, tout finit pour le mieux. 

Pierre Mac Orlan. 




3oo 








Si l'on en croit Homère, il est certain que la déesse 
Vénus était « toute d'or », et l'on trouvera cette expression 
dans la traduction du bon M. Pessonneaux. 

Un autre des plus délicieux poètes de la Grèce, venu 
plus tard parmi nous sous le nom de M. Maurice Donnay, 
a chanté Vénus ruisselante d'argent, bien que ses cheveux 
fussent probablement oxygénés, lorsqu'elle apparut aux 
naïades, et 

Tordant L'or de ôcô cheveux éclatante, 
Naquit, un matin du jeune printemps, 
ftotà argentée, de votre onde amère... 

Je me rappelle une nuit de Deauville, où le grand vent 
du large balayait les branches mystérieuses des arbres, 
au-dessus des rues endormies où les hortensias faisaient des 
taches claires... Une dame sortit du Casino, et marcha vers 
sa voiture, une formidable six -cylindres qui luisait dans 
l'ombre. 



3oi 



Et elle était vêtue 
d'or, comme dans les 
contes de fées. Sur une 
robe vaguement rose 
qu'on ne voyait pas, son 
manteau tout entier scin- 
tillant était un éblouisse- 
ment. 

Jolie avec cela, brune 
et les cheveux coupés 
courts, elle semblait dé- 
cidée comme une Cen- 
drillon longtemps oubliée, 
qui a résolu de se venger. 
Le carrosse attelé de rats 
— je veux dire la limou- 
sine — l'emporta. Un 
pauvre monsieur l'accom- 
pagnait. Un pauvre 
monsieur riche. C'était 
lui qui avait payé le 
manteau. Il n'avait l'air 
de rien du tout 

Beaux souvenirs, 
inspirations de l'été ! 
Vous êtes loin, et la bise 

de l'hiver est venue, qui défend les tissus arachnéens et la 
féerie de minuit dans les rues. 

JMais la puissance de l'or est forte. Et voici venir les 
ventres dorés, carapaces et cuirassés comme l'avantageux 
estomac des matadors espagnols. 




3o2 



M. Emile Fabre 
avait baptisé de ce nom 
les gros financiers dont 
la rotondité s'ornait de 
lourdes chaînes d'or, 
signe un peu démodé de 
richesse. Ont-ils désor- 
mais chargé de ce luxe 
représentatif leurs « da- 
mes » et leurs « demoi- 
selles »? 

Parlez à de jolies 
personnes de cette in- 
vention, de ce bouclier 
d'or serti au milieu 
d'une étoffe. Elles s'é- 
crieront : 

— C'est nouveau- 
riche ! 

Mais attendez . 
Attendez qu'une amie 
intime, qu'elles n'aiment 
pas par conséquent, 
exhibe un bouclier ma- 
gnifique, et leur tour 
viendra.. . 
Jadis, bonne renommée valait mieux que ceinture 
dorée. Maintenant, comment garder une bonne renommée, 
dans le monde, si l'on n'a pas son ventre doré, à l'instant» 
où cela se fait ? 

Qui se rappelle la naïve chanson du Pont du Nord, que 




3o5 



chantait au music-hall une petite débutante blonde qui devait 
devenir Mme Yvonne Printemps ? 

Sur le Pont du Nord 
Un grand bal... e fut donné. 
Adèle demande 
A da mère à y aller... 

La mère refuse. Son frère l'y mène : « Mets ta robe 

blanche et ta ceinture dorée... » Ils dansent sur le pont. Ils 

tombent à l'eau. 

Voila, voilà le jort 

Deé enfanté oélinéél (sic). 

Allez, allez au bal, belles personnes timbrées d'or. Vous 
y coudoierez des dames insolemment fortes, qui, pour 
vous imiter, sautilleront en robes puériles, et sembleront 
avec leur cachet d'or sur le ventre, des 

pots de moutarde de ISfcÉ^ vieille marque. 

Voila, voila le jorl ^4||ïilli3^ ^ eâ en f an ^ oélinêesl 

\ -\ Hervé Lauwick. 




3o4 




IEN ne sert de récriminer. Nos pleurs et nos 

grincements de dents ne seront pas entendus. 

£\, iVlais Cassandre fut-elle écoutée ? Hélas, 

hélas! le sort en est jeté!... Heu! heu! aléa 

jacta est ! . . . Alas poor Yorick ! . . . 

— Qu'y a-t-il donc — s'écrie Claudine, à qui je sou- 
mets cet exorde impressionnant, — et que veulent dire 
ces gémissements polyglottes? 

— Il y a, chère amie, que tout s'en va, que le monde se 
désagrège, qu'une grande mélancolie va s'appesantir sur nous 
comme une nuit polaire. Il y a que nous ne connaîtrons plus 
le rêve, que la poésie s'enfuira loin de ces rivages inhos- 
pitaliers . . . 

— Prenez garde, vous devenez pompier. 

— ... Il y a que l'Amour va quitter nos climats, comme 
un premier ministre remercié par une nation ingrate. Il y a... 

— Mais encore... 



3o5 




— Pan ! le grand Pan 
est mort î... Il y a, Claudine, 
il y a que les robes s'al- 
longent, que la jupe courte 
a vécu. 

— Vous me rassurez. 
J'avais cru un instant que 
la guerre était déclarée ou 
que la révolution venait 
d'éclater. 

— L'événement n'est 
guère moins grave. C'est un 
peu de notre joie de vivre 
qui s'en 



va. Nous ne verrons plus les jambes 
des promeneuses tendre, à en faire craquer 
le fragile réseau, le bas de soie gris d'ar- 
gent ou chair de banane. Nos yeux de 
boulevardiers seront privés de leur spec- 
tacle le plus précieux, le plus chaste et 
le plus économique. Mais que faire contre 
un décret des grands couturiers? Les 
couturiers sont les maîtres de l'univers, 
puisqu'ils sont les maîtres de la femme. 
Certes, je ne méconnais point l'élé- 
gance de ces robes - clochettes qu'une 
maison à la mode lance cet hiver ; je ne 
nie pas la distinction de ces robes - 
sonnettes, l'utilité de ces robes-éteignoirs, 
le galbe de ces robes- carafon s, la splendeur 
de ces robe s -paniers, le confort de ces 




3o6 




ou 

sommeil 
mo na - 
cal. 
— De 

grâce, évitez donc d'emprunter 
vos comparaisons à la verrerie 
où à la céramique. Tant va 
l'amphore..., qu'elle devient 
cruche. Ne pourriez-vous plutôt 
évoquer les bourgeoises de Por- 
bus ou les impératrices de 
Winterhalter ? 

— Soit! Mais cela ne nous 
rendra pas les jambes de naguère, 
les jambes de la passante ano- 
nyme, entrevues un instant à 
peine, assez cependant pour nous 
renseigner sur la psychologie de 



robes -hangars, excellentes pour le 
camping, la vastitude de ces robes- 
bessonneaux, la magnificence de ces 
robes -coupoles, la sublimité de ces 
robes-cathédrales. . . 

— N'exagérez-vous pas ? 

— Vous ressemblerez, ô femmes, 
à d'aimables presse-papiers, à « ces 
amphores admirablement évasées » 
dont parle Anatole France, ou 
encore à ces spirituelles fiasques 
au buste étroit, à la bedaine rebondie, 

le vin de Chianti dort son 




Zoy 



leur titulaire, mieux que ne l'eût pu faire une heure de 
conversation. Jambes, indiscrétions réticentes ! Jambes, 
confidences interrompues ! Chemin de soie où notre imagi- 
nation s'engageait, avec le petit frisson de l'aventure, et qui 
évoquait toujours pour moi 

l'aimable promenoir de ced double** allées, 
dont parle le poète Colletet, dans le seul bon vers qu'il lui 
advint d'écrire. Jambes d'acier des danseuses de maxixes, 
jambes de coton des bourgeoises prudentes, jarrets durs ou 
mollets moelleux, chevilles... Claudine, vous boudez? 

— M.on ami, vous vous intéressez singulièrement aux 
jambes des femmes. La robe nouvelle a peut-être du bon. 

Georges -Armand Masson. 




Jo8 




LA CHASSE AU RENARD 

^/^'Q^ON Dieu! ce cheval, comme je dus l'ennuyer la 
~^7 première fois que je suivis une chasse au renard. 
fit Je montais fort mal — ce n'est pas qu'aujour- 
d'hui je monte fort bien — et je m'accrochais 
V>fl&>v3 ^ e toutes mes forces à tout ce que je trouvais. 
Assurément il se demanda ce qu'il avait sur le dos. Mais il 
était si courageux, il aimait tant galoper avec ses camarades 
qu'à lui seul il se chargea de toute la besogne. Les Anglais 
m'avaient dit : " Chaussez vos étriers à fond et empoignez 
vos ficelles. " Préceptes étranges pour un disciple du manège 
Pellier. Néanmoins c'est ainsi que je franchis la première haie, 
découvrant tout un coin du paysage entre ma selle et ma 
culotte. Il en fut de même de la deuxième, de la troisième, de 
la quatrième. Après la douzième j'espérais souffler; mais le 
moyen, quand la chasse file grand train et que pour la suivre 
il faut sauter, encore, toujours sauter? Brusquement on 
s'arrêta. Il y avait un ruisseau, un talus et sur le talus un 
gros arbre dont les branches descendaient assez bas. Point 
d'autre passage et nulle possibilité de le franchir autrement 



3og 




qu'un à un, en se couchant sur l'encolure de son cheval. 
Pressés les uns contre les autres, les cavaliers flattaient leurs 
bêtes et leur parlaient. Moi j'invoquais Saint-Hubert. Arriva 
mon tour. Que se passa-t-il, je ne sais. Mais cette fois 
encore, malgré l'embarras et les tortures que je devais lui 
infliger, mon cheval s'accrocha, s'agrippa, grimpa, et tous 
deux nous sortîmes de l'aventure sains et saufs. 

De quels tours de force n'était-il pas capable ? Quelque 
cent mètres plus loin, nous nous heurtâmes à une haie que 
le propriétaire du champ avait omis de tailler, et qui formait 
un buisson haut et dru. Cela s'appelle un bull-finch. De 

l'autre côté, on entendait les 
piqueux sonner de la trompette et 
crier : " Tally ho! " Coûte que 
coûte il fallait passer, faire un 
trou. La perspective d'avoir un œil 
en moins ne me souriait guère. 
Mais mon cheval n'hésita pas 
et sans me consulter, à l'aveuglette, 
fonça droit devant lui. Je laissai 
mon tuyau de poêle dans les 
branches, et comme sous aucun 
prétexte il ne voulut que je perdisse 







3io 



mon temps à le rechercher, 
force me fut de continuer la 
chasse les cheveux au vent. 
Cet animal avait le feu aux 
quatre 1er s. De plus, il avait 
horreur de la solitude et tenait 
essentiellement à galoper au 
milieu de ses amis, les autres 
chevaux. Ah ! qu'il aimait donc 
son métier, et comme il abor- 
dait les clôtures, sans laisser 
aux gamins le temps de les 

ouvrir, avec un air de leur signifier qu'il en avait vu bien 
d'autres et qu'il n'était pas cheval à s'étonner pour si peu. 
A la chasse au renard, il y a un renard. Il y a également 
des chiens. Mais en définitive tout cela n'a guère d'importance. 
On bat les taillis, on fait débucher l'animal, et quand la 
meute empaume la voie, on se lance à sa suite. Qu'on prenne, 







^v* } 


--xT-Va 




f\ <^f 


\ — 
\ 


> N 



V 



\ 




qu on ne prenne point, qu'on fasse change, peu importe. 
L'essentiel est d'avoir la campagne devant soi et de marcher 
vite. Sauter, galoper, tout est là. Mais quels obstacles et 
quelle étonnante course au clocher ! 

J'ai monté bien des chevaux depuis celui qui me fit faire 
ma première chasse au renard. Je ne pense pas en avoir 
jamais monté de meilleur. Par contre j'en ai connu qui avaient 
une imagination surprenante. Voyaient-ils une flaque d'eau, 
ils croyaient voir une rivière et faisaient un bond à décrocher 
la lune. Voyaient-ils une rivière, ils croyaient voir une flaque 
d'eau et s'arrangeaient pour tomber juste au milieu. D'autres 
s'appliquaient à me jeter par terre; mais les pauvres, une fois 
que je n'étais plus sur leur dos, ils avaient l'air si désorientés, 
si désœuvrés, si repentants, que je n'ai jamais pensé qu'ily eût 
là malice de leur part. 

Roger BOUTET DE MONVEL. 







\ 







MÉTAMORPHOSES 



TpAR la voile de Thésée, blanche du bon côté, noire de l'autre, 
et qui amena, par suite d'une erreur de manœuvre, 
bien fâcheuse, la chute dans la mer du bonhomme Egée; 
par les deux visages de Janus, dont l'un annonçait la guerre, 
et son camarade — que l'on ne vit, à Rome, que sept fois en 
mille ans — la paix ; par tout ce qui change à vue d'œil et 
varie : la couleur du caméléon, la foi solennelle des chefs 



3i5 




d'Etat, et les amours des 
hommes ; par le dieu herma- 
phrodite, par les sirènes moi- 
tié femme et moitié poisson, et 
par l'hôte du Satyre, qui 
soufflait alternativement le 
froid et le chaud. . . vous avez 
là, madame, une robe qui 
vous sied. 

Car elle est trompeuse, 
différente du devant et du 
dos, de l'avers et du revers, 
comme la carte double et la 
pièce de monnaie, lancée, et 
sur quoi joue à pile ou face le 
Destin. 

De grâce, Beauté, ralen- 
tis tes prestiges. C'est vrai, 
on ne peut pas te suivre dans 
tes exercices à transforma- 
tions. Il y faut une attention 
fatigante, et je n'ai pas la santé 
de Pomone, qui suivit avec 
patience les diverses incarna- 
tions, en maçon, en bouvier 
et en vieille femme, de 
Vertumne — attendant, 
brave petite déesse terre-à- 
terre, que le dieu eût repris 
après ses brillants exercices, 
si inutiles, sa forme naturelle, 



3i4 



la seule convenable à l'office 
qu'elle attendait de lui. 

Ne pouvez-vous donc 
vous tenir un instant en 
repos, que l'on ait le temps de 
vous causer cinq minutes de 
toute la vie ? Vous êtes là, 
près de moi. Je vous tiens, 
un peu inquiet cependant. 
Que va-t-il arriver? Ily a dix 
minutes que vous êtes tran- 
quille. 

Pour savourer mon 
bonheur, je ferme les yeux. 
Fatale imprudence ; en les 
rouvrant, ;e ne vous trouve 
plus. Vous êtes là, pourtant, 
visible et méconnaissable, à 
deux pas de ma main tandis 
que je pleure, sur ma flûte à 
moi, votre fuite. Passez mus- 
cade : vous vous êtes retour- 
née, et vous m'avez montré 
l'autre côté de votre robe. 

Comment voulez-vous 
qu'on vous retrouve au 
milieu de toutes ces complica- 
tions. L'amour lui-même s'y 
perd ; et elle se trompe, pour 
une fois, la voix du cœur î 
Cessez, je vous prie, ces dan- 




3x5 



gereux exercices. Il faudrait l'expérience particulière d'Ovide 
pour vous démêler dans vos métamorphoses. Je sais bien ce 
qui arrivera un jour. A force de vous quitter de vue je vous 
perdrai tout à fait, et je suis bien tranquille qu'il ne se 
passera pas cinq minutes avant qu'un autre vous ait trouvée... 
Ou bien je me tromperai (et vous, ce qui est bien plus 
grave) en allant offrir mes hommages à la dame qui 
possède le devant du dos de votre robe, et que, bonnement, 
je prendrai pour vous. 

Marcel AsTRUC. 









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5i6 




la Beiie caaae 

E consens que vous sortiez les bras ballants si vous êtes 
dans le printemps de la vie et qu'il vous plaise de faire 
valoir la belle taille de votre veston, une jeune épaule bien 
accrochée. Alors vous n'aurez aux mains que vos gants, 
lesquels seront larges et rebroussés. Ou bien, comme le veut 
Ni. Marcel Boulenger en certains cas, vous ne serez pas 
même ganté et vous porterez des mains parfaites mais viriles. 

Si vous avez passé la vingt-cinquième année, cet âge où 
M. Bourget désirait qu'un nomme élégant finît de suivre la 
mode (mais c'était en i885), si vous avez un peu de carrure 
ou seulement un air d'assurance et d'autorité, maniez, je 
vous en prie, une belle canne. C'est ce qui s'est toujours fait 
depuis le siège de Troie. 

Vous ne choisirez pas cet objet sans discernement, 
selon les circonstances et même selon la couleur du temps. 



>i 7 





Et je veux que déjà vous ayez écarté 
presque tout ce qui n'est pas jonc, bambou 
\f mmss£ ou rotin. 
j^ Les botanistes vous diront que ce sont 

plantes de même race, de la famille du calamud rotang. 
La différence est dans l'émail de ces précieux roseaux 
et dans la longueur de l'entre-nœuds, si grande pour 
ce qui est du jonc, et pour le bambou si courte... 
Vous pourrez avoir d'abord deux gros joncs de 
couleur différente, l'un foncé et l'autre clair. La 
pomme sera d'écaillé blonde ou de cornaline, ou de 
cnrysoprase, d'héliotrope ou de jaspe sanguin, 
toujours parfaitement sphérique et reliée au bois 
par un léger tore de métal. Plus minces, les autres 
joncs seront coiffés d'or ou d'argent, soit d'un tronc 
de cône tenant par la plus petite de ses bases, soit 
d'une capsule plate ou bombée. Les rotins, il en 
faut un qui soit sombre et tacheté, volumineux, 
pareil à quelque serpent naturalisé dont les écailles 
aient été poncées ; un autre, au moins, qui soit clair, 
avec une pomme de cristal. Quant aux bambous, 
leur plus bel ornement sera leur racine même qui 
peut être seulement cloutée, d'or si le bois est brun 
et s'il est jaune d'argent. Je crois bien que le goût 
d'à présent ne permet guère d'autre essence que 



3i8 




— 



l'ébène ou quelque noire épine pour le 

deuil ou le soir, et pour les champs, l'été 

ou bien l'automne, un frêne, un merisier, 

dont l'écorce demeure visible. Mais, 

naturellement vous avez toujours licence d'inventer 

quelque chose à vos risques et périls : nous en 

reparlerons. 

Il va sans dire que tous les joncs que vous aurez 
seront mâles, c'est à dire marqués dans leur longueur 
par un léger renflement. Connaissez-vous (je vous 
demande pardon) la lemniscate ? Ce n'est pas une 
danse, c'est une courbe qui peut affecter (je vous 
demande encore pardon) la forme d'un huit, dont la 
boucle au lieu d'être molle et arrondie serait acutangle. 
Eh ! bien, la section horizontale d'un jonc mâle est 
approximativement hémi-lemniscatique (ne me mau- 
dissez pas !) Plus l'arête est tranchante, mieux c'est. 
Entre tant, vous en aurez de simplement recourbés 
pour les suspendre à votre bras. La trace de la 
flamme y peut être belle. Vous en aurez surtout qui 
soient couronnés, corne, écaille, ivoire ou métal, 
de cette étrange olive oblique qu'il n'est pas commode 
de définir : une grosse prune tirée des armes du 
Colleone. Cela fait une canne bien en main, qui était 
à la mode sous l'Ordre moral, et que nous avons pu 








âl 9 




reparaître avec honneur... Environ le temps que nous imagi- 
nions aussi de rétablir ce lacet de cuir ou de soie, tellement 
galvaudé aujourd'hui que vous n'en userez que peu, avec 
une prudence extrême. Si vous percez un rotin, veillez par 
exemple que les œillets soient d'argent, parce que la corne 
et l'écaillé et l'or lui-même conviennent aux seuls joncs. 

Je discourrai une autre fois aussi des dtickd ou, pour 
parler français, des badines. 

Sous aucun prétexte, vous ne balancerez votre canne 
tenue par le petit bout comme faisaient il y a plus de vingt 
ans les nigauds. Mon Dieu, n'était-ce pas tout le monde ? 

Eugène Marsan. 





etits 



Jtorts de la JWédit 



erranee 



C'est avec toi, Tobie Smollet, ancêtre de tous les 
touristes anglais, toi qui premier eus à souffrir par le fait des 
hôteliers nissards, et qui fis leur fortune par tes écrits, c'est 
avec toi que je veux refaire ce voyage dont tu nous as laissé 
une relation par lettres, infiniment plus divertissante que 
Roderlck Random, ton fastidieux chef-d'œuvre. Avec toi, 
cher voyageur atrabilaire et morose, nous traverserons 
Marseille où le Vieux Port continue de fumer vers le ciel 
suffoqué, comme une bouillabaise aux relents âpres et salés. 
Aux alentours, dans la campagne pierreuse, les bastides 
blanches et basses, toujours pareilles, sèchent les gerçures du 
dernier mistral. Nous ne ferons que passer à Toulon qui 
souffle au visage du visiteur nocturne l'haleine de ses quar- 
tiers rouges. Nous traverserons Fréjus et laissant sur notre 
gauche l'aqueduc immuable pour déboucher par l'est de la 
vieille cité romaine, nous abandonnerons l'hiver sur le versant 
provençal et nous entrerons dans l'enchantement. Regarde 
maintenant du côté de la mer : les éléments sacrés n'ont pas 
changé. Comme de ton temps, Tobie Smollet, les collines 
couvertes de pins, de lauriers, de cyprès et de genévriers, les 



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collines au pur dessin sont les autels 
où brûlent les parfums qui forment 
ici l'atmosphère. Entre les bords 
de ces cônes délicats, repose une 
mer sombre et massive. A travers 
les bois du Canaille où les doigts 
brûlants du jour font résonner le 
cistre des cigales, descendons vers 
Cassis. Là, des blocs de rocher, 
chauffés au rouge aveuglant, 
trempent dans un golfe d'indigo 
et la falaise semble aspirer le ciel 
par la cime des pins, et se nourrir 
de sa lumière. Il fait bon dormir au 
creux des cagnards, en attendant 
le premier petit nuage ovale, qui 
présage la brusque nuit, de même 
qu'à travers les ruelles jaunes, 
l'odeur d'huile et d'anchois grillés 
annonce midi par tout l'Esterel. 
Là-bas fleurissent les Marguerites, 
vraie s perle s roses de la mer. Bandol 
rêve au loin sous sa couronne d'oli- 
viers. Voici Cannes où tu cherche- 
rais en vain le petit village de 1763. 
Sous les palmiers africains et les 
cactus, flore en zinc découpé d'un 
décor d'opéra-comique, une villa 
trop rose abrite le poète riche et 
sa Dame aux camélias. Au flanc 
des coteaux blanchissent les 



caravansérails modernes du plaisir nomade et de la mort 
exilée et, seule tristesse de ces bords heureux, le souffle de 
secrètes agonies se mêle à la respiration des roses. 

Gardés par la tour blanche du phare, voici Antibes, 
Saint-Tropez assiégés par les peintres qui dressent partout 
leurs chevalets menaçants et crachent l'outremer à plein tube. 




Dans la baie les tartanes 
balancent leur charge 
de tonneaux et, s'il vient 
à pleuvoir, nous verrons 
les matelots aux jambes 
nues s'abriter sous leur 
parapluie, en attendant 
que les "voiles au sec" 
refleurissentlamer.Nous 
irons écouter les guita- 
ristes italiens au « Côte- 
d'Azur-bar » à l'heure 
où le yacht de M. Signac 
glisse légèrement dans 
un azur divisionniste. 

Mais je te vois pen- 
sif, cher vieil oncle Tobie, 
tu songes au chant 
rythmé, sur la mer, des 
galériens du roi de Sardaigne, au canon lointain du pirate barba- 
resque. Il n'y a plus ici d'autres galériens que ceux de la maladie, 
de l'art et du plaisir, d'autres pirates que ceux des casinos. Mais 
regarde bleuir au loin les forêts de chênes-lièges que l'incendie 
menace et la main des hommes plus redoutable encore. Qu'im- 
portent les destructions et les profanations : la terre, le ciel et 
l'eau ne peuvent pas changer. Comme l'a dit le chantre harmo- 
nieux des Martigues : « Pour une beauté de perdue, deux 
naîtront et quand il n'y en aura plus, l'ample nature saura bien 
arranger qu'il y en ait encore. » Les touristes professionnels 
sont dans le vrai. Il faut se hâter de tout voir et jouir de 
tout sans inquiétude et sans regret. Roger Allard 




324 




LA MORTE D'AMOUR 



et manières de I orqruat 



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LA DERNIERE LETTRE PERSANE 

Extrait de H Album édité par leâ Fourrure,) JKax 



Gazette du Bon Ton. — N° 10 



Année. 1920. — Planche 75 




CIRCÉ 

Robe «lu soir 



Gazette du Bon Ton. — N° 10. 



Année 1920. — Planche 74 



HESITATION 

)ésliaDillé, de Béer 



Gazelle du Bon Ton. — iV° 10 



Année 1920, — Planche 75- 







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LE PARFUM DE LA ROSE 

C/Ostume tailleur, de Dceuillet 



Gazelte du Bon Ton . — N° 2 o 



Année iQ2o. — Planche j6 




lanteau-e£ robe, pour le soir, de Jeanne Lan vin 



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EFFET DE GLACE 

laméeau au soir, de Paul JPoiref. 



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LE PAS DE SCOTTISH ESPAGNOLE 



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N° 10 de la Gazette du Bon Ton 



Année 1020. Planche jo 



Un Boudoir 

et quelques meubles 

par 

Bagge 
Huguet 

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Gazette du Bon Ton. — N° 10 Année 1920. — Croquis de XLV à XLVIII 




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EXPLICATION DES PLANCHES 

PI. 72. La morte d'amour. Modes et manières (non, celle-ci, la moins singulière) de 
cette Torquale où l'on voudrait vivre. . . et mourir comme cette jeune morte. Je parle pour les 
dames qui savent d'expérience que nul amour ne compte, qui n'aille jusqu'au sacrifice total et ne 
Dorte aux extrémités pires, si délicieuses pour un cœur généreux, comme a Torquale ils sont tous. 

PI. y3. — Planche extraite de l'album La dernière lettre persane, édité par Fourrures 
Max, place de la Bourse, Paris. Texte de Miguel Zamaco'is, dessins de Benilo, impression de 
Draeger. En vente aux Editions G. Crès et Cie, 21^ rue Hautefeuille, Paris. s 

PI. 74. — Robe du soir, dont le devant est de salin uni, et le dos de dentelle couleur 
" cuivre " . 

PI. 75. — Ce grand tea-gown est de mousseline brochée de velours. Très grandes dentelles 
d'argent aux manches. Les bordures sont de skungs; un ruban bleu turquoise a la ceinture. Ce 
déshabillé est de Béer. 

PI. 76. — De Dœuillet, un manteau pour le soir, en velours vert brodé d'or. Col de fourrure. 

PI. Y7- — Voici, pour le soir, un manteau et une robe de Jeanne Lanvin. Le manteau est en 
salin et est garni de moujfon. La jupe de la robe de taffetas noir est voilée de tulle et recouverte d'un 
court tablier de pétales. Sur les côtés, des panneaux de pétales tombent très bas. 

PI. 78 . — Manteau du soir, en brocart d'or, de Paul Poiret . 

PI. jg. — Celte robe, de Worlb, est une robe pour les dîners. Elle est de velours « cuivre » 
brodé de cabochons de jais. Le haut est de dentelle Chantilly, ainsi que le bas de la jupe. 

- * 

Croquis de xlv à ,xlviii. Un boudoir et quelques meubles par Bagge et Huquet. 
— Croquis xlv. Fond de boudoir. Lès meubles en laque forment le coin intime de la pièce. — 
Croquis xlvi. Dans un salon ; Une commode en laque rouge avec bronze doré ; une glace en bois 
sculpté doré. — Croquis xlvh. Dans un boudoir : Une table en laque avec motifs or en relief. — 
Croquis xlviii. Tables-gigogne. 

Imp. Studium. Marcel Roltembourg, Gérant.